24. Un dimanche en paroisse sous les Carolingiens (VIIIe-Xe siècle)

Christianisation du temps : le dimanche

Si les mois ont gardé leur nom païen, jusqu’aujourd’hui, l’année est désormais scandée par les fêtes chrétiennes ; ainsi l’entrée en hiver, c’est la Saint-Martin ; le début de l’été, la Saint-Jean, etc. Chaque semaine, le grand moment est le dimanche. « Les fidèles viennent à jeun dans la nuit du samedi au dimanche pour assister aux matines. Ils s’en vont après la messe et reviennent le soir pour les vêpres. »[1] Sont assimilées au dimanche, les grandes fêtes de l’année liturgique et celles des saints patrons locaux. Ce qui donne, avec les dimanches, autour de 85 jours festifs par an.

La messe

Elle est de plus en plus l’affaire du seul prêtre en charge du sacré. La messe carolingienne est vécue « comme un don fait aux hommes par Dieu descendant du ciel sur terre. Le moment de cette venue se situe pendant le canon récité à voix basse soulignant l’aspect mystérieux de la transformation du pain et du vin. » Le latin restant la langue liturgique, les fidèles, « présents physiquement à ce spectacle dont ils ignorent à peu près le sens, inhabitués à prier en privé, rarement invités à prier en commun, s’ennuient à la messe, faute d’y participer. »

Au même moment naît le chant dit « grégorien » qui n’est qu’une recension carolingienne du chant liturgique de Rome. Pour fixer et diffuser le nouveau répertoire, plusieurs notations neumatiques sont inventées vers la fin du IXe siècle à Metz, à Saint-Gall et en Aquitaine. En raison de sa nouveauté et de sa complexité, le chant grégorien séduit peu le peuple qui aime la musique et chante volontiers des chants religieux populaires peu orthodoxes. On demande donc aux fidèles de se contenter de chanter le Kyrie, le Gloria, le Sanctus. Après quoi ils écoutent les chantres et restent silencieux le reste de la messe.

Néanmoins, trois moments impliquent une certaine participation des fidèles.

Le premier est la prédication qui est quasi le seul facteur de formation chrétienne des paroissiens, et surtout des enfants. Ces derniers sont initiés à la foi au sein de la famille ; pour le reste, la participation à la messe assure le complément nécessaire, surtout grâce au sermon. Le sermon dogmatique se limite souvent à une simple paraphrase du Credo ; le sermon moralisateur développe les principes et les comportements qui s’imposent aux chrétiens.

« Après le Credo, hommes, femmes et enfants sont invités à venir apporter des offrandes devant l’autel. Cette procession des oblats, qui avait pratiquement disparu au VIIIe s., est rétablie lors de la réforme carolingienne. Chacun apporte du pain, du vin, mais aussi de la cire, de l’huile et même de l’argent à partir du Xe s. »

La communion, toujours sous les deux espèces, donne aussi lieu à une procession. On n’utilise plus du pain fermenté, mais des hosties blanches en pain azyme qui, à la communion, sont reçues dans la bouche, agenouillés au banc de communion. Ce moment de la communion perd son importance car les fidèles communient de moins en moins malgré les recommandations des évêques qui prônent la communion chaque dimanche. C’est que les gens craignent d’être insuffisamment préparés à recevoir dignement les saintes espèces, objet d’une vénération sacrée.


[1] Les citations de ce chapitre sont toutes issues de : André VAUCHEZ, La spiritualité du Moyen Âge occidental. VIIIe – XIIIe siècle, Paris, 1975, p. 14-23.