26. La paroisse de Sart naît du démembrement de celle de Theux (Xe-XIe siècles)

Au début du Xe s., l’évêque de Liège a obtenu la forestis de Theux. Elle est dégagée de son statut privilégié de forêt royale qui la soustrayait à l’usage général, avec interdiction de défricher, chasser, pêcher. Les défrichements (essarts) ne se firent pas attendre étant donné l’accroissement de la population et les besoins de l’agriculture. En bas latin, exsartum désigne l’action de sarcler, débroussailler, défricher. Ainsi naissent, dans la forêt, de nouveaux habitats, fin du Xe s. et surtout au XIe s. En témoignent les appellations de nombreux lieux en « sart » et en « ster » (Solwaster, Jehanster, Pepinster, etc.) qui tous se situent dans des endroits peu fertiles.

L’expansion de la population donne ainsi naissance au village de Sart où apparaît bientôt une chapelle, dotée par les habitants. C’est qu’il était difficile pour les habitants de Sart et environs de se rendre à Theux pour la messe du dimanche, comme pour le curé de Theux de se rendre à Sart pour le baptême et les derniers sacrements ; « il fallait traverser l’immense et dangereuse forêt du Staneux, traverser une rivière [la Hoëgne] qui en peu de temps se transformait en torrent infranchissable – il n’y avait pas de pont – ; en hiver, les chemins étaient impraticables. »[1]

Fréquenter une chapelle ne dispense pas de payer la dîme pour l’église et le curé de la paroisse ; l’entretien de la chapelle comme du prêtre qu’ils choisissent est à leur charge. Bien sûr, ils ont sur place la messe dominicale, mais les communions et confessions pascales annuelles, les baptêmes et mariages doivent avoir lieu à l’église paroissiale ; de même tous sont enterrés au cimetière sis autour de cette église. Pour arriver à une paroisse propre, « on demandait d’abord le droit de créer un cimetière autour de la chapelle et d’y enterrer les morts. Après l’ultimum [derniers sacrements], ils essayaient d’obtenir le primum, le baptême. Restait enfin à obtenir le mariage que seul le curé pouvait conférer. »

L’accroissement des lieux d’habitation conduisait nécessairement à multiplier églises et paroisses. Conscientes de ce phénomène, « les autorités ecclésiastiques et publiques carolingiennes se sont préoccupées de la possibilité pour toute collectivité d’habitants de rejoindre un lieu de culte, notamment pour y ensevelir les défunts. Une sorte de distance critique maximale entre le domicile des fidèles et l’église qui devait les accueillir fut dès lors établie dans un rayon d’une vingtaine de kilomètres, une distance qui sera presque réduite de moitié dans les recommandations des conciles du XIIIe siècle. »[2] (Devroey)

À la fin du Xe ou au début du XIe s., ce processus aboutit à la création d’une nouvelle paroisse à Sart, citée pour la première fois en 1130-1131. Elle est dédiée à Notre-Dame et saint Lambert, les patrons de l’église cathédrale de Liège, ce qui amène à situer sa naissance après la donation du domaine et de la forestis de Theux à l’Église de Liège, soit après 915.

D’une paroisse, Theux, on en fait deux : Theux et Sart. Les habitants de la région se répartirent naturellement entre les deux églises et paroisses en fonction de la distance à parcourir et de la localisation de la dîme à honorer. « Il arriva qu’apparurent par la suite des villages quasi aussi proches de Sart que de Theux, comme Spa et Jehanster ; il fallut bien leur assigner une paroisse. Il est évident qu’on a tenu compte pour ce faire des obstacles naturels : Spa – le Vieux Spa – est plus proche de Theux que de Sart, mais pour venir à Theux, il faut franchir le Wayai et la forêt du Staneux ; Jehanster pouvait rejoindre plus facilement Theux que Sart : un diverticule romain venant de la croix de Fays permettait d’atteindre Theux sans franchir de rivière. »


Le premier démembrement de la paroisse primitive de Theux


[1] Paul BERTHOLET, L’évolution de la paroisse primitive de Theux, Conférence à Becco, 2003 ; L’évolution ecclésiastique depuis le Concile de Trente, in Trésors d’art religieux au marquisat de Franchimont, Theux, 1971

[2] Jean-Pierre DEVROEY, L’introduction de la dîme obligatoire en Occident, in L’Église, la dîme et la société féodale, 2012.

Illustration : La tour de l’église de Sart est la partie la plus ancienne : XIIe-XIIIe s. ; elle a été reconstruite en 1441.