3. La poussée des Francs et leur installation (IIIe-IVe siècles)

Au IIe s., c’est la Pax Romana, la période la plus prospère dans nos régions, les villes grandissent et accueillent commerçants et artisans. Au début du IIIe s., les Francs (« les hommes libres » en langue germanique) et les Alamans (« tous les hommes » en langue germanique) font pression le long du Rhin et de sa ligne fortifiée. Rome entend soumettre ces peuples barbares avant de les intégrer et les gagner à sa civilisation et son art de vivre. Déjà, la frontière est poreuse et les échanges nombreux qui témoignent de l’attraction qu’exerce le monde romain. Des échanges commerciaux, des migrations de groupes, on passe aux incursions, puis aux raids de pillage.

Les Francs qui sont, en fait, une coalition de peuples germaniques, attaquent la Gaule en 255, puis en 276. Ils sont repoussés.

Finalement, Rome est contraint d’accepter les Francs comme colons-lètes (291 après J-C.) et  leur confie des terres en échange d’un service de défense militaire. Au IVe s., les Francs sont ainsi installés entre le Rhin et l’Escaut : « les Francs saliens, en 342, dans le nord de la Gaule, puis les Francs ripuaires ou rhénans sur le Rhin en 393. Ces deux royaumes rivaux seront unifiés par Clovis au début du VIe s. qui étendra ensuite son pouvoir vers le sud » [1].

Conséquence de ces incursions guerrières, les villes se rétrécissent et se retranchent derrière des remparts. Ainsi Tongres, nœud routier important, traversé par la chaussée Bavai-Cologne, ayant subi d’importantes destructions en 275, voit sa superficie réduite et entourée d’une nouvelle enceinte. Les campagnes, où sont disséminées villae ou vastes domaines agricoles, et vici ou agglomérations, connaissent aussi destructions et razzia.

Ainsi le vicus de la Hoëgne, soit ce qui est aujourd’hui Theux, et les villae voisines, qui ont connu un apogée au IIe s., sont au milieu du IIIe s. dévastés : « il semble que toute vie se soit éteinte… et la région connaît un dépeuplement tel que l’on pourrait le considérer comme total »[2].

Au IVe s., après l’installation pacifique des Francs dans l’empire romain, une certaine tranquillité s’installe et permet un retour au développement des villes et des campagnes. Ainsi, pour le vicus de la Hoëgne, dans la seconde moitié du IVe s., un regain d’activité, artisanale et métallurgique, se manifeste avec une démographie croissante. « La vallée de la Hoëgne ne vit cependant pas renaître l’agglomération importante qui y existait deux siècles plus tôt. L’absence de voie navigable pourrait bien avoir été déterminante dans cet abandon relatif. En effet, il semble qu’au IVe s., la circulation fluviale ait pris une importance au moins égale à la circulation routière » [3].


[1] Nicolas CHEVASSUS-AU-LOUIS, Qu’est-ce qu’un peuple barbare ?, in Les Cahiers Sciences et Vie. Histoire et civilisations, n° 158, janvier 2016, p. 35.

[2] Henri BAIVERLIN, Le Bas Empire, in Verviers et Theux à l’époque romaine, Musée de Verviers, 1974, p. 42.

[3] Henri BAIVERLIN, Le Bas Empire, in Verviers et Theux à l’époque romaine, Musée de Verviers, 1974, p. 42.