9. L’Église franque, une Église épiscopale

L’Église franque n’est pas une création originale, elle est l’héritière de l’empire romain et de son organisation. Ainsi, lorsqu’au Ve s., l’administration civile romaine se délite, l’administration épiscopale prend le relais.

L’évêque est un personnage-clef aussi bien dans la cité que dans l’Église. Sa nomination se fait sur élection par le clergé et le peuple, mais doit être confirmée par le roi. Du coup, les rois mérovingiens ont favorisé l’élection d’hommes qui ont vécu à la cour, leur sont dévoués et vont se montrer les relais efficaces de la politique royale. Des jeunes nobles comme de jeunes moines sont ainsi envoyés à la cour pour y faire leur apprentissage avant d’entrer au service du roi ou être choisi comme évêque. Les rois vont utiliser les monastères pour la formation des agents de l’État. « Les vertus de perfection chrétienne (humilité, obéissance, etc.) n’offrent-elles pas la meilleure formation possible à tous ceux qui auront pour mission de participer au ministère royal ? » [1]

Un bon exemple de ces évêques, agents du roi, est saint Lambert (ca 635-705), originaire de Maastricht, cité épiscopale et siège du palais royal. Il est issu d’une grande famille aristocratique. Confié à l’évêque de Tongres-Maastricht, Théodard, proche du roi, Lambert, avec d’autres jeunes aristocrates, fréquente la cour et y reçoit sa formation de futur serviteur du roi.

Proche du pouvoir, les évêques mérovingiens en retirent de nombreux avantages, mais en subissent aussi les aléas, les guerres de clans particulièrement. Ainsi, l’évêque Théodard est assassiné en 669. Le roi Childéric II (662-675) place Lambert sur le siège épiscopal.

Quelques années plus tard, le roi est assassiné et s’ouvre une sorte de guerre de succession. C’est au cours de cette période troublée que l’évêque Lambert est déposé sous la pression d’un clan adverse et relégué à l’abbaye de Stavelot pendant 7 ans.

Lorsque Pépin II s’empare du pouvoir (679), il rétablit Lambert sur le siège de Maastricht. Mais les intrigues de cour et la guerre des clans qui se disputent le pouvoir vont conduire au meurtre de Lambert.

Deux groupes de famille opposés cherchent à placer l’Église, et ses riches propriétés, sous leur contrôle. Lambert va être la victime de cette guerre. Le 17 septembre, au plus tard en 705, Lambert est assassiné à Liège, un petit village où l’évêque a une résidence.


[1] Anne-Marie HELVÉTIUS, Hagiographie et réformes monastiques dans le monde franc du 7e siècle, in Médiévales, n°62, printemps 2012, p. 39-40.

Illustration : Le meurtre de Saint Lambert (Jan van Brussel ?), vers 1490.