Lettre pastorale de la Concertation oecuménique

Les membres de la Concertation œcuménique de la province de Liège (regroupant catholiques, orthodoxes et protestants) ont rencontré les syndicats d’ArcelorMittal le 26 novembre dernier. A la suite de cette rencontre, ils ont publié une lettre pastorale au sujet de la situation économique et du problème spécifique auxquels sont confrontés les travailleurs de cette entreprise. Ils ont aussi appelé les chrétiens à apporter à leurs frères et sœurs, touchés par les problèmes d’emploi, le soutien de leur prière et de leur réflexion.

Voici le texte de cette lettre:

Chers Frères et Sœurs,

Tous les chrétiens : catholiques, protestants, orthodoxes, syriaques et anglicans, vivent actuellement la période qui prépare à Noël. Noël, une fête que l’on imagine chaleureuse, en famille, autour de la table, avec les lumières du sapin et pour certains, la douceur de la crèche. Une fête qui, cette année, aura un goût amer pour 1.300 familles dans la région liégeoise, celles dont le père, le frère, le fils… travaillaient chez ArcelorMittal. Des familles, des hommes, des femmes, qui vont se trouver dans des difficultés qui ne seront pas que financières. Certains n’en ont pas supporté l’idée et ont mis fin à une vie qui leur paraissait insupportable. Ce sont là tous les éléments du drame humain qui est en train de se jouer et auquel nous ne pouvons rester indifférents.

L’Église du Christ, écrit le théologien orthodoxe père Serge Boulgakoff, l’Église du Christ n’est pas une institution; c’est une vie nouvelle avec le Christ et en Christ, dirigée par l’Esprit Saint. Et l’Église du Christ est vivante dans ce monde, elle se nourrit de l’Évangile et de son message de l’amour du prochain qui peut se traduire en charité mais aussi en solidarité. L’Église se doit ainsi d’être à côté de ceux qui sont dans la détresse. C’est pourquoi les représentants des Églises chrétiennes de la province de Liège (rassemblés en Concertation œcuménique) ont rencontré fin novembre des délégués syndicaux d’ArcelorMittal. Pour entendre leurs maigres espoirs mais surtout leurs craintes qui portent leur volonté de défendre les centaines de travailleurs qui risquent d’être sacrifiés au profit de quelques-uns. Le dommage social est d’abord un dommage humain : c’est le drame d’hommes et de femmes touchés dans ce qui leur est essentiel : se loger, se nourrir, pouvoir vivre dignement.

Mais l’enjeu dépasse cette situation de la sidérurgie dans le bassin liégeois : il est celui du droit des peuples à vivre dans des sociétés basées sur autre chose que sur l’intérêt des plus riches. La racine de tous les maux, en effet, c’est l’amour de l’argent (1Ti 6, 10), écrit l’apôtre Paul à Timothée ; et Jésus ajoute : Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent (Mt 6, 24).

Notre société veut délaisser Dieu, mais elle a fait de l’argent une nouvelle idole à laquelle on sacrifie des hommes, des femmes, sur l’autel du profit, aux hymnes de rentabilité, productivité, efficacité. Les multinationales préfèrent rémunérer leurs actionnaires plutôt qu’assurer le travail de leurs ouvriers ou le développement de la région où elles sont installées. On ne parle plus aujourd’hui de service du personnel, mais de ressources humaines. Comme il y a des ressources naturelles, des ressources énergétiques. Le processus de licenciement collectif est aujourd’hui un phénomène mondial.

On considère l’être humain comme un bien de consommation, écrit le pape François, on peut l’utiliser et ensuite le jeter. Nous avons mis en route une culture du « déchet », qui est même promue. Alors que les gains d’un petit nombre s’accroissent exponentiellement, ceux de la majorité se situent d’une façon toujours plus éloignée du bien-être de cette heureuse minorité. Ce déséquilibre procède d’idéologies qui défendent l’autonomie absolue des marchés et la spéculation financière. L’argent doit servir et non pas gouverner!

Dans l’évangile de saint Luc, le passage relatif à la naissance de Jésus nous dit, à propos de Lui et de ses parents (Lc 2, 7) : Il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. De même, aujourd’hui, il n’y a pas de place dans la société pour certaines catégories de personnes, spécialement celles qu’on prive de travail. Jésus a voulu naître solidaire de ceux qui sont privés de leurs biens. Cependant cette pauvreté de Jésus est aussi un signe. Comme le disent les anges aux bergers : Voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire (Lc 2, 12). Et ils ajoutent leur chant : Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur terre aux hommes qu’il aime. C’est un chant d’espérance, car grâce à la petitesse de Jésus, naît une nouvelle solidarité humaine, ainsi qu’une nouvelle proximité de Dieu.

Ce témoignage de Jésus souligne toute l’importance des valeurs humaines dans notre société, des valeurs de l’être humain en tant que personne et non en tant que main d’œuvre ou consommateur.

Que pouvons-nous faire ? Nous rappelant avant tout que l’Église c’est vous, c’est nous, chacun pour notre part et à la mesure de nos possibilités, nous pouvons prier pour tous ceux qui sont victimes de ces décisions purement financières et fondamentalement inhumaines. Parce que la prière est notre force. Nous pouvons aussi stimuler l’aide et l’écoute vis-à-vis des victimes des licenciements, peut-être par des initiatives concrètes que nous pourrions, en Concertation œcuménique, appuyer ou coordonner.

D’une manière plus large, avec l’aide de l’Esprit-Saint, nous devons laisser se convertir notre propre regard, celui que nous portons sur notre prochain mais aussi sur ce qui donne réellement sens et valeur à notre existence. Ce faisant, nous nous rendrons mieux aptes à nous (re)positionner vis-à-vis de nos propres comportements, qui parfois nous rendent complices de mécanismes vecteurs d’iniquités. Mais surtout, spirituellement éveillés, nous serons capables de rejoindre, dans une réelle et dynamique compassion, le désarroi et la souffrance de celles et ceux qui, totalement démunis face à l’injustice de leur sort, désespèrent de la vie.

Il nous paraît important que les communautés et paroisses prennent conscience de l’enjeu et des risques de cette situation à ArcelorMittal. C’est pourquoi nous avons rédigé cette lettre pastorale. Elle a été approuvée par les représentants de toutes les Églises chrétiennes de la Province de Liège unis, avec l’évêque de Liège, en Concertation œcuménique.

Que notre attitude porte témoignage de notre foi car le Seigneur lui–même a dit : Non, je ne te lâcherai pas, je ne t’abandonnerai pas ! (He 13, 5).

Mgr Jean-Pierre Delville, évêque catholique de Liège
Hiéromoine Guy Fontaine, Église orthodoxe russe, Président de la Concertation
Pasteur Vincent Tonnon, Église Protestante Unie de Belgique
Abbé François Dabin, catholique
Prêtre Nikolaos Palamianakis, Église orthodoxe grecque
Révérend Paul Yiend, Église anglicane
Hypodiacre Fikri Gabriel, Église syriaque

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