Ne dit-on pas que c’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière ?

Homélie de l’abbé Jean-Marc Ista
pour la fête de l’Épiphanie
Theux, dimanche 7 janvier 2018

Avant d’en venir aux textes de ce jour, je voudrais revenir sur les réflexions de mon confrère Marcel Villers, la semaine dernière, où il évoquait la situation de notre communauté d’Église qui, avec moins de moyens, se doit de rester ouverte, présente et missionnaire. Le hasard ou la Providence a voulu que je lise dans La Vie, un billet de Jean Claude Guillebaud qui s’insurge sur la visions de certains laïcs français (c’est pareil chez nous) qui verraient bien les chrétiens, musulmans et juifs invités à exercer leur culte comme on pratique un sport d’intérieur.

C’est oublier, dit-il, l’histoire de la philosophie et notamment le point de vue d’Emmanuel Kant. Point de vue dont le texte sert souvent de sujet au BAC. Je cite Penserions-nous beaucoup et penserions-nous bien si nous ne pensions pas pour ainsi dire en commun avec d’autres qui nous font part de leurs pensées et auxquels nous communiquons les nôtres ? Aussi bien, on peut dire que cette puissance extérieure qui enlève aux hommes la liberté de communiquer publiquement leurs pensées, leur ôte également la liberté de pensée. Merci Monsieur Kant ! Autrement dit, il n’y a pas de liberté de penser ou de croire sans liberté de communiquer sa pensée, sa foi !

À bon entendeur…

J’en arrive maintenant à l’évangile de l’Épiphanie.

Le Christ, aube nouvelle dans notre nuit, naît dans l’obscurité d’une grotte, d’une étable et sûrement celle de l’anonymat ! Pourtant déjà brille son étoile ! L’apparition de celle-ci était source d’attente et d’espérance. Voyons l’oracle d’Isaïe au retour de l’exil et déjà l’exclamation de Paul envers les Éphésiens dans les deux premières lectures de ce jour.

Cette quête, ce désir du jour de Dieu est symbolisé par la découverte des mages. Des orientaux ? Que peut-il sortir de bon de ces gens qui, d’une certaine manière, ont partie liée avec les anciens peuples ennemis d’Israël ?! Canaan, en hébreu, désigne les Cananéens mais aussi les mages, Matthieu et sa communauté d’origine juive ne pouvaient l’ignorer… et aujourd’hui, avec tout ce qui se passe en Orient, avons-nous une meilleure opinion ?

Pourtant, comme les bergers (ces marginaux !), voilà nos hommes qui se mettent en route. Sans GPA, autrement dit sans les indications pour aller droit au but ! Chemin faisant, devant faire un détour par Jérusalem, ils vont servir de signe, d’interpellation. Où est né le nouveau roi des Juifs ? le sauveur ? Les érudits, les pros de la religion trouvent la réponse dans la prophétie de Michée. Mais, si Hérode feint de vouloir bouger -par esprit pervers-, pas l’ombre d’un frémissement de mise en route (on va avec vous !) n’est rapporté chez les « premiers bénéficiaires de la promesse » !

Et voilà nos mages qui se remettent en route et qui trouvent !

Leurs cadeaux à l’enfant sont étonnants et connus. Pour une part, ils s’adressent bien au Christ mais aussi pourquoi pas à nous, configurés à Jésus depuis notre baptême ?

L’or, présent royal, est aussi symbole de richesse et d’équilibre intérieur. À la crèche, Jésus, Marie et Joseph représentent le jour, le côté éclairé de notre être. Les fêtes de Noël nous l’ont assez rappelé. Les mages viennent du côté obscur, immense et inconnu. L’or qu’ils déposent se situe au point de jonction, au point d’équilibre entre tous les éléments qui constituent notre existence. L’or est offert à l’enfant divin, fragile, démuni et offert dans la crèche… cet or a une autre valeur et une autre puissance de gloire que celui qui orne les bijoux et les palais. L’or des mages peut évoquer pour notre cœur d’enfant, par exemple celui qui est sous la peau de l’ours (futur chevalier aimant et type en or) du conte de Neige-Blanche et Rose-Rouge. L’or est celui qui constitue l’anneau porté par le poisson hors de l’eau de la fontaine d’Orval… En d’autres mots, l’or qui désigne le Christ nous interpelle : Qu’as-tu fait de ta vie, de ta conscience ? Quel est ton équilibre ? Par quoi te laisses-tu éclairer ? Acceptes-tu ta part d’ombre et de lumière ? Es-tu un être sauvé et réconcilié ?

Les deux autres présents vont, je pense, dans le même sens. L’encens pointe notre dimension spirituelle et religieuse comme elle désigne la divinité du Christ. La myrrhe, qui sert à l’embaumement, est aussi, nous l’oublions parfois, utiliser comme l’encens pour le culte et l’adoration. Autrement dit comment acceptons-nous notre humanité mortelle ? L’honorons-nous assez dans notre propre vie au point de pouvoir la reconnaître et l’admirer en notre prochain ?

Répondre et donner priorité à ces questions n’est pas de l’égoïsme ou de la vaine introspection.

Répondre à ces questions que nous posent les cadeaux des mages, c’est s’approcher du Christ et honorer notre baptême concrètement.

Répondre à ces questions revient à s’inscrire dans le mouvement du Christ total décrit par Teilhard de Chardin.

Accepter avec Jésus les cadeaux de mages signifie rejoindre une dynamique universelle d’unité et de vie. Dynamique parfois discrète aux yeux du monde et non reconnue des nôtres mais bien présente.

Une personnalité du monde musulman invite à une refondation de l’islam que seuls les croyants peuvent accomplir et qui seule permettra d’éradiquer le terrorisme. Cet intellectuel souligne « la responsabilité particulière » des musulmans. Il a écrit : Avant notre identité ethnique, nationale ou religieuse, il y a d’abord notre humanité commune et c’est elle qui souffre toutes les fois qu’un acte barbare est commis… notre civilisation ne progressera pas tant que nous ne considérerons pas les souffrances de tous les êtres humains, quelle que soit leur identité religieuse ou ethnique, comme tragiques… les musulmans doivent également rejeter les théories du complot qui n’ont servi jusqu’ici qu’à éviter d’affronter la réalité de nos problèmes sociaux.

Qui est cet auteur de propos assez révolutionnaires ? Fethullal Gûlen. Jadis inspirateur du président turc et désormais son principal opposant. On comprend pourquoi il y a eu rupture entre eux ?!

Autre signe de la dynamique de communion et de réconciliation. Il vient du monde juif.

Nous, juifs et chrétiens, nous avons plus de points communs que de sujets de divisions : le monothéisme biblique d’Abraham ; la relation avec l’unique créateur du ciel et de la terre qui nous aime et prend soin de nous tous ; les Écritures sacrées du judaïsme ; une foi dans la tradition qui nous engage ; les valeurs de la vie, de la famille, de la droiture et de la compassion dans l’amour universel, l’attente de la paix mondiale. Ceci est un extrait de la déclaration mondiale des rabbins orthodoxes du 3 décembre 2015. Déclaration qui va jusqu’à dire : Nous reconnaissons que le christianisme n’est ni un accident ni une erreur mais le fruit de la volonté divine et un don pour les nations.

Qui dit mieux ? Tout cela ne vaut-il pas de l’or, de l’encens et de la myrrhe ?

Le royaume de lumière est en marche : alors, ne désespérons pas et mettons-nous en route comme les mages ! Puisons aux trésors de Dieu puisque, avec le Christ, nous en sommes héritiers !

Abbé Jean-Marc Ista,
Curé de l’UP de Theux

L’illustration est un tableau d’Albert Dürer, daté de 1504, représentant l’adoration des Mages. Ce tableau se trouve au Musée des Offices, à Florence (Italie).

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