ART ET FOI : CHRIST EN CROIX

LE CHRIST EN CROIX

La mort du Christ est rapportée par les quatre évangiles : Mc 15,33-37 ; Mt 27, 45-50 ; Lc 23, 44-46 ; Jn 19, 28-30.

Description du panneau
Le Christ a les yeux fermés. Il porte la couronne d’épines. Il est cloué à la croix par les mains et les deux pieds, le flanc droit percé par la lance d’où s’écoule le sang (Jn 19,34). Les jambes ne sont pas croisées. Au-dessus de sa tête, le titulus ou écriteau indiquant le motif de sa condamnation : « INRI » qui sont les lettres initiales des mots latins : Iesus Nazarenus Rex Iudaeorum, c’est-à-dire « Jésus le Nazaréen roi des Juifs », que Pilate avait fait mettre sur la croix selon Jean 19,20.
Des changements notables apparaissent dans la représentation de la Crucifixion au cours du XIIIe s. La croix va devenir beaucoup moins large. Du coup, la tablette qui supportait les pieds (suppedaneum), non attestée historiquement et n’apparaissant dans l’iconographie chrétienne qu’au VIIe siècle, disparait. Il n’y a plus de place pour des pieds parallèles fixés par deux clous. On passe d’un Christ à quatre clous à un crucifié à trois clous, les deux pieds étant ramenés l’un sur l’autre.

Sur le panneau du plafond de Theux, attribué à J. Helbig (1870) mais s’inspirant d’un original de 1630, on en reste aux quatre clous mais sans suppedaneum. On peut l’expliquer par le fait que le Concile de Trente, laisse aux artistes toute latitude à cet égard. » (Louis Réau, Iconographie de l’art chrétien, Paris, 1955-1959, p.480) Dès le début du XVe s., les bras du crucifié ne sont plus largement ouverts comme autrefois, et presque horizontaux, ils s’élèvent au contraire au-dessus de la tête et tendent à la verticale. La tête, qui était auparavant placée sur la traverse de la croix, est maintenant au-dessous. Le poids du corps porte sur les deux mains, et donne au corps l’image d’une sorte d’Y. Les jambes qui furent d’abord juxtaposées et les pieds seuls croisés, deviennent elles-mêmes croisées, le plus souvent la droite passée sur la gauche. (Emile Male, L’art français de la fin du moyen âge. L’apparition du pathétique, in Revue des Deux Mondes, tome 29, 1905). De nouveau, le panneau de Theux semble à mi-chemin entre ces deux modèles de Christ en croix.

Un détail, emprunté aux mystiques, achève la physionomie du Christ du XVe s. Il a été crucifié, non pas la tête nue, mais avec la couronne d’épines. Cette couronne apparaît au début du XIVe s. Les évangiles ne la mentionnent pas sur la tête de Jésus lors de sa crucifixion. D’ailleurs, la tradition iconographique montre d’abord un Christ à la tête nue, puis on trouve au XIe s. le Christus triumphans portant la « corona », diadème royal parfois réduit à un filet d’or orné d’une gemme sur le front. Ce n’est qu’à partir du XIIIe s., dans le cadre de la dévotion au Christus patiens, qu’apparaît l’iconographie de la couronne d’épines. (Jacques de Landsberg, L’art en croix : le thème de la crucifixion dans l’histoire de l’art, Paris, 2001, p. 30)

Abbé Marcel Villers

Illustration : panneau peint de la nef de l’église de Theux

ART ET FOI : SAINT ETIENNE

ART ET FOI. PLAFOND DE L’ÉGLISE DE THEUX.

Nous vous proposons la découverte des panneaux, datant de 1630, ornant le plafond de la nef de l’église de Theux. 66 médaillons figurent un(e) saint(e), dont plusieurs de Marie, des scènes de la Passion du Christ, de sa gloire, etc. Deux fois par mois, le mardi, un de ces médaillons sera présenté.

ÉTIENNE (1er siècle)

Premier martyr ou « protomartyr », un des sept premiers diacres (Ac 6-7).
Fêté le 26 décembre.
Protecteur des diacres, des maçons, de tailleurs de pierres et paveurs.

Attributs
Revêtu de la dalmatique, vêtement liturgique du diacre, portant la tonsure monacale, il tient un sac avec les pierres de sa lapidation et le livre des Évangiles qu’il prêcha et enseigna. La dalmatique est à l’origine une blouse en laine de Dalmatie, une tunique à manches. Ce vêtement, en forme de croix avec des manches courtes, devînt propre aux diacres dans leur fonction liturgique à partir du IVe s.

« Le livre des Actes des Apôtres (6,1-6) nous livre les circonstances de l’élection d’Étienne parmi les « Sept ». Une certaine tension régnait entre chrétiens d’origine juive et chrétiens de souche païenne, et chaque communauté risquait de se replier sur elle-même. Conscients de leur rôle essentiel d’unificateurs, les apôtres se déchargèrent sur les diacres de certaines tâches d’organisation et de prédication. L’origine grecque des « Sept » pouvait équilibrer en partie l’autorité des « anciens » (ou presbytres), de souche juive.

Loin de limiter son activité aux seuls services caritatifs, Étienne prit ses responsabilités sur le plan de la prédication et de l’évangélisation. Ainsi lui doit-on un discours (Ac 7) qui constitue le premier essai chrétien de relecture des textes de l’Ancien Testament en fonction de l’avènement du Seigneur Jésus et qui a dû servir de charte aux premiers évangélisateurs.

Premier diacre, premier apologiste, Étienne est enfin le premier martyr de l’Église : sa fougue combattive ne pouvait être tolérée par ceux qu’il attaquait jusque dans les synagogues. Il paya de sa mort ses prétendus blasphèmes. » (Missel de l’Assemblée chrétienne, Bruges, 1964, p.1732)

Après un procès devant le Sanhédrin, Étienne fut conduit hors de la ville de Jérusalem et lapidé sous les yeux d’un certain Saul. Le récit du martyre d’Étienne (Ac 7, 54-60) est rédigé de manière à rappeler la passion du Christ, car c’est le Christ qui continue à souffrir dans ses martyrs.

Voilà qui explique la place occupée par le médaillon de saint Étienne au plafond de l’église : sur la même ligne horizontale que le Christ en croix qui est ainsi encadré et prolongé par les deux diacres martyrs : Étienne et Laurent.

Abbé Marcel Villers

ART ET FOI : SAINT AUGUSTIN

ART ET FOI. PLAFOND DE L’ÉGLISE DE THEUX.

Nous vous proposons la découverte des panneaux, datant de 1630, ornant le plafond de la nef de l’église de Theux. 66 médaillons figurent un(e) saint(e), dont plusieurs de Marie, des scènes de la Passion du Christ, de sa gloire, etc. Deux fois par mois, le mardi, un de ces médaillons sera présenté.

 AUGUSTIN (354-430)

Évêque d’Hippone, proclamé docteur de l’Église par le pape Boniface VIII (1294-1303), en même temps que Jérôme, Ambroise de Milan et Grégoire le Grand.
Fêté le 28 août.
Saint patron de l’église de Juslenville.
Patron des imprimeurs et des théologiens

Attributs : Mitre, crosse, gants, anneau, chape de l’évêque.
À partir de la fin XVe s., il est représenté tenant un cœur enflammé ou percé de deux ou trois flèches, qui rappellent qu’il est le « docteur de la grâce et de l’amour ».

Augustin est né en 354 à Thagaste (Souk-Ahras, Algérie). Après une jeunesse mouvementée, un enseignement de la philosophie à Carthage, puis à Rome et Milan, il découvre le Dieu chrétien et reçoit, à 32 ans, le baptême à Milan des mains de saint Ambroise. Il a raconté son itinéraire et sa quête spirituelle dans les Confessions.

Après la mort de sa mère, sainte Monique, en 388, il rentre en Afrique du Nord, donne ses biens aux pauvres et consacre sa vie à Dieu entouré de quelques amis avec qui il vit en communauté de type monastique. Bientôt, il est ordonné prêtre, en 391, à Hippone (Bône ou Annaba, Algérie). Il se met au service direct de l’évêque à qui il succèdera en 395.

Il prêche chaque jour, enseigne et produit une quantité d’écrits qui demeurent une des sources de la théologie et font d’Augustin un des piliers de la pensée chrétienne en Occident. On peut citer les Confessions et la Cité de Dieu. Brillant exégète, surtout de saint Jean, il sera un adversaire résolu de Pélage et de Donat contre qui il défendra le primat de la grâce. Il produira aussi une des théologies les plus subtiles de la Trinité.

Il vécut une vie communautaire avec ses prêtres pour qui il rédigea une règle qui met au centre la charité et une forme de démocratie. La règle de saint Augustin servit de base, au Moyen-Âge, à l’ordre des chanoines de saint Augustin, puis à de nombreux ordres nés à cette époque comme les prémontrés, croisiers, dominicains, etc.

Il meurt le 28 août 430 alors que les Vandales assiègent la cité.

Abbé Marcel Villers

ART ET FOI : CHRIST PORTANT LA CROIX

ART ET FOI. PLAFOND DE L’ÉGLISE DE THEUX.

Nous vous proposons la découverte des panneaux, datant de 1630, ornant le plafond de la nef de l’église de Theux. 66 médaillons figurent un(e) saint(e), dont plusieurs de Marie, des scènes de la Passion du Christ, de sa gloire, etc. Deux fois par mois, le mardi, un de ces médaillons sera présenté.

CHRIST PORTANT LA CROIX

Le portement de la croix par Jésus ou chemin de croix est brièvement évoqué dans les évangiles : Mc 15,21 ; Mt 27,32 ; Lc 23,26 ; Jn 19,17. Deux épisodes sont mentionnés le long de cette marche. Par les trois synoptiques : la réquisition d’un passant, Simon de Cyrène, pour aider Jésus à porter la croix. Par le seul Luc (23,27-32) : la rencontre des femmes de Jérusalem. Luc mentionne deux autres condamnés emmenés avec Jésus.

Description du panneau Jésus porte la croix entière sur son épaule droite. Il est seul, sans aide aucune et sans souffrance apparente. Il porte une couronne d’épines.
« Dans le supplice de la crucifixion, il était normal que le condamné porte lui-même sa croix, soit la croix tout entière, soit le patibulum, la poutre transversale qui constituait le haut de la croix (le pieu vertical restait fixé de façon permanente au lieu des exécutions). D’après Mc et Mt, ce sont les soldats romains qui emmenèrent Jésus pour le crucifier. Dans Lc et Jn, au contraire, ce sont les Juifs qui s’emparent de Jésus que Pilate livre « à leur bon plaisir » (Lc 23,25). » (P. BENOIT et M.-E. BOISMARD, Synopse des quatre évangiles en français, tome II, Paris, 1972, p.422-423).

Dès le IVe s., le vendredi-saint, les chrétiens de Jérusalem revivaient le chemin de croix de Jésus sur les lieux mêmes. Au XIVe s., les Franciscains présents en Terre sainte depuis 1220, vont progressivement transposer ce rite dans leurs églises en Italie. C’est seulement sous le pape Clément XII, en 1731, que la permission fut donnée de créer des chemins de croix dans d’autres églises que celles des Franciscains. Le nombre de scènes évoquées ou « stations » varia jusqu’au XVIIIe siècle au cours duquel elles furent fixées à quatorze par les papes Benoît XII et Clément XIV.

Dans l’art chrétien, Jésus fut représenté portant sa croix tout entière sur l’épaule jusqu’au XXe siècle. Les recherches historiques et archéologiques ont alors donné à penser qu’il devait ne porter, comme tous les condamnés sous la loi romaine, que la partie supérieure de la croix, le patibulum, attaché aux deux bras et porté sur les deux épaules.

Abbé Marcel Villers