CLÉS POUR LIRE LUC : 37. LE FEU OU LA PAIX

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile. Cette semaine, Lc 12, 49-53 du 20e dimanche ordinaire.

La division_
Pensez-vous que je sois venu mettre la paix ?
Non, mais la division. (Lc 12, 51)

Jésus ne peut laisser indifférent. Chacun est sommé de choisir face à cet incendiaire « venu apporter un feu sur la terre. » (12, 49) Ce feu s’attaque à nos maisons et aux liens familiaux. Il suffit que l’un prenne parti pour Jésus et voilà la division installée : « le père contre le fils et le fils contre le père ; la mère contre la fille et la fille contre la mère. » (12, 53)

Ce facteur de division qu’est Jésus et son annonce de la venue du Règne de Dieu engendre complots et volonté de s’en débarrasser. Il sait qu’il va être rejeté et tué. « Je dois recevoir un baptême et quelle angoisse est la mienne ! » (12, 50) C’est aussi celle de ces innombrables chrétiens poursuivis, chassés, assassinés pour leur foi.

Le feu
« Dans la Bible, Dieu se révèle dans le feu : au buisson ardent (Ex 3, 2), au mont Sinaï (Ex 19, 18), aux yeux des prophètes (Ez 1, 4). Le feu fait aussi partie du rituel des sacrifices au temple où à l’occasion il tombait du ciel pour dévorer l’holocauste (1 R 18, 39). Le feu a toujours été considéré comme une des forces de la nature. Il rappelle l’œuvre de la création divine. C’est pourquoi il est interdit de faire du feu le jour du sabbat (Ex 35, 3). Purificateur par excellence, le feu est l’instrument du châtiment divin (Ps 50, 3 ; Mc 9, 49 ; Ap 8, 9) ; mais il est aussi symbole de forces purificatrices positives comme le baptême (Mt 3, 11) ou l’amour (Ct 8, 6). » (André CHOURAQUI, Dictionnaire de la Bible et des religions du livre, 1985) En Lc 12, 49, le feu évoque l’Esprit-Saint car Jésus avait pour mission de « baptiser dans l’Esprit-Saint et le feu » (Lc 3, 16). Les apôtres seront « baptisés dans l’Esprit-Saint » à la Pentecôte (Ac 1,5).

Abbé Marcel Villers

CLÉS POUR LIRE LUC : 36. LE VOLEUR

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile. Cette semaine, Lc 12, 35-40 du 19e dimanche ordinaire

L’imprévisible
Restez en tenue de service et vos lampes allumées.
(Lc 12, 35)

Dieu vient comme un voleur. L’irruption du Seigneur dans la vie d’un homme ressemble à celle d’un voleur dans notre maison. Un voleur surgit toujours ni quand ni où on l’attend. Il vient à l’improviste. Car « si le maître de maison avait su à quelle heure le voleur viendrait, il n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison » (12, 39). Dieu surgit dans nos vies à l’improviste.

« Tenez-vous prêts : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra » (12, 40). Le disciple doit être toujours sur ses gardes, toujours prêt comme le serviteur qui attend le retour de son maître. Ainsi la vie du chrétien est comme une longue attente, une longue veille, tendu vers une venue. « Viens, Seigneur Jésus ! » (Ap 21,20)

La Parousie
Le terme vient du grec « parousia » qui signifie : présence, arrivée. Ce mot désignait dans le monde gréco-romain la visite officielle d’un prince ; on dirait aujourd’hui la joyeuse entrée du souverain dans sa capitale. Les premiers écrits chrétiens emploient ce mot pour désigner la venue du Christ parmi les hommes, inaugurant les temps messianiques et l’avènement glorieux à la fin des temps. S’il est déjà venu, le Christ « reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts, et son règne n’aura pas de fin » dit le Credo. Ce règne équivaut à la fin de l’histoire attendue comme proche par les premiers chrétiens. Le retard du retour du Christ et de la fin du monde a suscité une crise dans l’Église primitive et conduit à une interprétation plus spirituelle et existentielle de l’attente dont témoignent les paraboles de vigilance.

Abbé Marcel Villers 

CLÉS POUR LIRE LUC : 35. LE FOU

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile. Cette semaine, Lc 12, 13-21 du 18e dimanche ordinaire.

L’insensé
La vie de quelqu’un, même dans l’abondance,
ne dépend pas de ce qu’il possède. (Lc 12,15)

« Tu es fou », nous crie Dieu. La mort t’attend. Alors « ce que tu auras accumulé, qui l’aura ? » (12, 20) Jésus ne brandit pas la mort comme un épouvantail. Il rappelle avec réalisme que le sens de la vie, le secret du bonheur est ailleurs. Même si l’argent peut y contribuer, « la vie de l’homme ne dépend pas de ce qu’il possède ».
La sagesse que propose Jésus, c’est l’appréciation correcte de la fragilité, de l’éphémère de notre vie. Comme le dit l’Ecclésiaste, « que reste-t-il à l’homme de toute la peine et de tous les calculs pour lesquels il se fatigue sous le soleil ? » Pourquoi passer notre temps, si court, à faire des réserves pour demain ? C’est aujourd’hui qu’il faut vivre et que nos richesses doivent porter du fruit pour nos frères.

Le chrétien et la richesse
« La richesse est tentation chaque fois que l’espoir mis en elle devient concurrent de ce l’on ne peut recevoir que de Dieu, en particulier l’assurance, la sécurité. L’abondance matérielle, en particulier, est propre à éveiller en l’homme l’idée de pouvoir se passer de Dieu. La tentation qui frappe à la porte de l’homme qui est dans l’abondance, c’est d’ignorer qui est l’Eternel, de se satisfaire de ce qu’il possède et de ne plus voir ce que Dieu vient faire dans sa vie, c’est de s’emparer de ce que Dieu donne et d’en faire sa chose, au lieu de rendre grâce et de rendre gloire. Ce qui séduit l’homme au travers de l’argent, c’est l’ambition de l’indépendance, l’idée d’une forme de sécurité autarcique, la pensée de l’autonomie vis-à-vis de Dieu. » (Michel JOHNER, Le chrétien à l’épreuve de l’argent, 2001)

Abbé Marcel Villers

CLÉS POUR LIRE LUC : 34. PRIER

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile. Cette semaine, Lc 11, 1-13 du 17e dimanche ordinaire.

Seigneur, apprends-nous à prier
Quand vous priez, dites : Père. (Lc 11, 2)

Prier, c’est entrer dans une expérience de Dieu, celle que fait Jésus. Prier, c’est vivre notre rapport à Dieu comme à un père. Prier, c’est avoir vis-à-vis de Dieu la même confiance que celle du petit enfant à l’égard de son papa. C’est ainsi précisément que Jésus appelait Dieu : Abba, en araméen. Prier, c’est tout simplement s’abandonner – s’abandonner dans les bras de Dieu avec la même confiance, la même foi que le petit enfant dans les bras de ses parents.

Prier, c’est aussi demander. Pour demander, il faut avoir confiance, confiance en Dieu comme un ami qui sait pouvoir compter sur son ami. Car, « même s’il ne se lève pas pour donner par amitié, il se lèvera à cause du sans-gêne de cet ami, et il lui donnera tout ce qu’il lui faut. » (11,8)

La prière du Seigneur
Nous avons deux versions de cette prière. La version dont Luc a hérité est plus brève que celle de Mt 6, 9-13. Elle comprend une invocation, deux vœux adressés à Dieu et trois requêtes pour nous.
Les disciples sont d’abord autorisés à s’adresser à Dieu en reprenant le même terme que Jésus dans sa propre prière : Père (11,2), sans qualificatif. Viennent ensuite deux vœux : la sanctification du Nom (Que Dieu se fasse reconnaître pour ce qu’il est !) et la venue du Règne (Que Dieu manifeste sa présence !).
Dans un second temps, trois requêtes : le pain pour chaque jour (11, 3), le pardon des péchés (11, 4) et ne pas entrer en tentation (11, 5). (Hugues COUSIN, L’évangile de Luc, 1993)

Abbé Marcel Villers