CLÉS POUR LIRE LUC : 14. AMOUR ET ENNEMIS

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Luc. Cette semaine, Lc 6,27-38 du 7ème dimanche du temps ordinaire.

Aimez vos ennemis
 Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le aussi pour eux
(Lc 6,31)

Jésus a donné son discours-programme dans la synagogue de Nazareth : il est venu « porter la Bonne Nouvelle aux pauvres » (4,18). Il a appelé ses disciples (5,10-11) et a mis en pratique son programme (5,12-6,11) ce qui lui permet de proclamer que le règne de Dieu est venu (6,20-26). Cela entraîne, pour ses disciples, une vie nouvelle à l’image de ce Dieu d’amour et de miséricorde (6,27-50). Et Jésus énonce une suite d’impératifs : « Aimez, faites du bien, prêtez », accompagnés d’exemples illustrant l’existence nouvelle.
Une première série (6,27-35) est centrée sur l’amour des ennemis : « aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retouralors vous serez les fils du Très-Haut. » (6,35) L’amour des ennemis manifeste le caractère inconditionné et illimité de l’amour de Dieu, « bon pour les ingrats et les méchants » (6,35). La seconde série (6,36-38) insiste sur la miséricorde et sa gratuité : « comme votre Père, soyez miséricordieux, ne jugez pas, ne condamnez pas, pardonnez, donnez. »

La Règle d’or
« Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le aussi pour eux » (Lc 6,31) : telle est la Règle d’or. « Elle est l’expression de cette exigence de réciprocité qui est au principe de toute moralité… Elle exprime bien ce décentrement élémentaire qui me fait quitter le point de vue étroit de mes désirs et de mes intérêts pour commencer à me mettre à la place d’autrui… Cette Règle est non seulement présente dès l’Ancien Testament, sous sa forme négative, mais attestée universellement chez les philosophes de toutes les cultures… Elle est l’expression de la loi morale que tout homme trouve écrite en son cœur (Ro 2, 14)… La charité n’a pas son principe en moi, mais en autrui, et elle ne peut l’avoir en autrui que parce qu’elle l’a en Dieu. La charité est réciprocité jusqu’au point où elle détruit ma volonté pour la remplacer en moi par la volonté d’autrui. (Jean Lacroix) » (Olivier DU ROY, La réciprocité. Essai de morale fondamentale, 1970)

Abbé Marcel Villers

CLÉS POUR LIRE LUC : 13. BÉATITUDES

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Luc. Cette semaine, Lc 6,17.20-26 du 6ème dimanche du temps ordinaire.

Béatitudes
Heureux, vous les pauvres ! Quel malheur pour vous, les riches ! (Lc 6,20.24)

Jésus dessine deux chemins, opposés l’un à l’autre, dont l’issue ne fait pas de doute : bonheur ou malheur. Heureux les pauvres, les affamés, les affligés, les rejetés. Mais pourquoi ? Pourquoi sont-ils heureux ? Parce qu’ils sont pauvres, affamés, en larmes ? Non. Le bonheur n’est pas dans la pauvreté. Ni le dénuement, ni les pleurs, ni la haine, ni l’insulte ne sont des formes de vie heureuse. Mais alors, de quoi s’agit-il ?
Le bonheur dont parle Jésus, c’est le Royaume de Dieu. « Heureux vous les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous ! » (6,20) Soyez heureux, car votre pauvreté va cesser. Votre faim, vos larmes et les persécutions, c’est fini. Soyez heureux, annonce Jésus, car avec moi, tout cela, c’est fini. Je viens vous délivrer.
Les béatitudes sont des cris de joie, une bonne nouvelle pour tous ceux que la vie a abîmé et qui attendent la délivrance avec ardeur.

Béatitudes
Plutôt que Heureux ou Quel bonheur, Chouraqui choisit En marche. « Makarioï dit le grec : Bienheureux, ce mot oriente d’emblée sur une fausse piste : les béatitudes sont supposées acquises d’entrée de jeu, alors qu’elles ne le seront, en plénitude, que dans le royaume de Dieu. Or Jésus n’a pas dit makarioï [en grec], mais « ashréi » (voir psaume 1,1) [en hébreu]. C’est une exclamation au pluriel, d’une racine ashar, qui implique non pas l’idée d’un vague bonheur d’essence hédoniste, mais celle d’une rectitude, celle de l’homme en marche sur une route sans obstacle, celle qui mène vers Dieu. « En marche, les pauvres ! Oui, il est à vous, le royaume de Dieu. » Cette traduction connote une idée de marche sur une route dépourvue d’obstacles et conduisant à Dieu, source de toute allégresse. La béatitude se trouve au terme du cheminement, et non à son début. » (CHOURAQUI André, L’univers de la Bible, tome VIII, Paris, 1985)

Abbé Marcel Villers

CLÉS POUR LIRE LUC : 12. AVANCE AU LARGE

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Luc. Cette semaine, Lc 5,1-11 du 5ème dimanche du temps ordinaire.

Avance au large, et jetez vos filets
Alors laissant tout, ils le suivirent.  (Lc 5,11)

« Avance au large, et jetez vos filets. » (5,4) A quoi cela peut-il servir ? « Nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre. » (5,5) Mais Jésus demande d’aller « au large » qu’on peut aussi traduire par « aller plus profond. » Aller au large, c’est prendre distance, sortir, aller voir plus loin, dans ce vaste monde. Avancer au large, c’est aussi aller « plus profond ». Devant l’épreuve, l’échec, « nous avons peiné toute la nuit », notre vision est souvent amère ou découragée et notre foi trop superficielle.
« Sur ta parole, je vais jeter les filets. » (5,5) C’est de nuit, dans l’obscurité, sans avoir un quelconque indice que Jésus a raison. Croire sur parole, espérer contre toute espérance à courte vue, voilà ce que Jésus demande. N’est-ce pas cela la foi ? Et sa fécondité : « Ils remplirent les deux barques, à tel point qu’elles enfonçaient. » (5,7)

Disciple
« Laissant tout, ils le suivirent. » (5,11) Belle définition de l’être-disciple ! « Jésus est un maître (didascalos en grec : enseignant) qui rassemble autour de lui des disciples (mathètès en grec : élève, apprenti). Les disciples constituaient une école, un groupe, un cercle bien visible autour de Jésus… Le disciple recevait par les yeux, les oreilles la sagesse du Rabbi, il s’imprégnait de son style de vie, il partageait le pain avec lui, entrait en communauté de vie avec lui et le servait… Jésus exigeait que, durant les déplacements, les disciples le suivent en restant derrière lui. C’est cette attitude concrète qui a fini par exprimer l’ensemble des rapports entre le Maître et son adepte : la sequela, littéralement : la « suite », c’est-à-dire l’état de disciple qui passe sa vie à l’écoute et au service de son maître. » (Enzo BIANCHI, Suivre Jésus le Seigneur, 1993)

Abbé Marcel Villers

CLÉS POUR LIRE LUC : CHANDELEUR

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Luc. Cette semaine, Lc 2,22-40 : la présentation de Jésus au Temple ou la Chandeleur.

Il sera un signe de contradiction
Le père et la mère de l’enfant s’étonnaient de ce qui était dit de lui. (Lc 2,33)

Ce ne sont pas Marie et Joseph, ses parents, qui nous présentent Jésus, mais c’est à eux qu’est présenté leur propre fils. Deux vieillards, Syméon et Anne, leur révèlent la véritable identité de leur enfant : il est la gloire d’Israël et la lumière qui éclaire tous les peuples, sauveur universel, des Juifs comme des païens.

« Cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. » (2,34) Jésus, en effet, sera source de division parmi son peuple. Il sera rejeté et finira sur une croix. Alors le salut passera aux païens.

« Ton âme sera traversée d’un glaive. » (2,35) Comme mère du Messie, Marie souffrira plus que les autres Israélites ; elle sera partagée entre son fils et son peuple.

Les pauvres de Yahvé
« Après l’exil (587 av. J.-C.), on voit apparaître, au sein du peuple, une classe de pauvres formée de ceux qui ont été spoliés par des compatriotes sans scrupules. Le livre des Psaumes est, par excellence, la voix de ces ‘pauvres d’Israël’. Parce qu’ils n’ont plus rien, parce qu’ils sont méprisés et calomniés, ils attendent la vengeance de l’Éternel et la justice dont ils savent qu’elle ne peut venir que de Dieu (Ps 40,18 ; 109,31 ; 69,34). Ce sont ceux dont le N.T. nous dit qu’ils attendaient ‘la consolation d’Israël’ (Lc 2, 25) et ‘la délivrance de Jérusalem’ (Lc 2,38). Syméon, Anne, Joseph, Marie sont de ce nombre. C’est au sein de ces pauvres que l’espérance messianique était particulièrement vive (Lc 1,51-53 ; 2,8-14 ; 2, 25-38). Ils ont été les plus disposés à accueillir le Christ. On comprend alors que Jésus ait pu leur dire : ‘Heureux vous qui êtes pauvres, car le royaume de Dieu est à vous.’ » (Lc 6,20) » (J.J. VON ALLMEN, Vocabulaire biblique, 1969)

Abbé Marcel Villers