CLÉS POUR LIRE MARC : 29. LA SEMENCE ET LE REGNE

Clés pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 4,26-34 du 11e dimanche du temps ordinaire.

La semence et le Règne de Dieu
La semence germe et grandit, il ne sait comment. (Mc 4,27)

A l’époque de Jésus, le Règne de Dieu est l’objet d’une attente ardente et passionnée. L’attente se fait impatience surtout dans la situation d’occupation et de répression que les Romains font subir au peuple de Dieu. Qu’il vienne ce jour où Dieu détruira les impies et les malfaisants, mettra fin aux souffrances, aux maladies et aux injustices ! Alors le Règne de Dieu sera établi sur la terre comme au ciel.
Ce Règne de Dieu, Jésus en proclame la venue. Mais pourquoi aucune des attentes ne se réalise-t-elle ? Pourquoi rien ne change ? Où est le triomphe de Dieu sur les ennemis ? Jésus, est-il bien celui qu’il prétend être ? Où est « son » Règne de Dieu ?

Ces questions sont aussi celles des premiers chrétiens au temps où Marc rédige son évangile. Quand Jésus va-t-il revenir et installer le Règne de Dieu ? Les paraboles répondent : il vient, non de manière tonitruante, mais comme la semence qui grandit imperceptiblement et deviendra un arbre immense.
Ayez foi ! Confiance !

Le genre « parabole »
Les paraboles sont toujours adressées par Jésus à un ou plusieurs interlocuteurs qui ne partagent pas sa façon de voir et d’agir. Dans ces conditions, plutôt que d’entamer une discussion qui tournera immanquablement en polémique et aboutira à transformer la différence de points de vue en opposition, Jésus raconte une histoire qui semble sans rapport avec la question en débat. Tous écoutent et se laissent prendre par le récit qui se termine le plus souvent par une question ou une énigme posée aux interlocuteurs : « A quoi comparer le Règne de Dieu ? » (Mc 4,30) En répondant à la question, les auditeurs de Jésus, sans s’en rendre compte, adoptent son point de vue. La parabole est donc un moyen pour poursuivre le dialogue et un instrument de persuasion.

Abbé Marcel Villers

CLÉS POUR LIRE MARC : 28. Il A PERDU LA TÊTE

Clés pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadair, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 3,20-35 du 10e dimanche du temps ordinaire.

Il EST POSSÉDÉ
Personne ne peut entrer dans la maison d’un homme fort et piller ses biens, s’il ne l’a d’abord ligoté (Mc 3,27)

Jésus imagine sa mission comme un combat contre Satan, l’adversaire par excellence. Ennemi de Dieu et ennemi des hommes dont il a fait ses « biens ».  En effet, selon la parabole que raconte Jésus (3, 24-27), Satan est cet « homme fort » qui a fait des êtres humains sa propriété et qu’il retient dans sa maison. Jésus est venu pour vaincre cet « homme fort », Satan qui règne sur le monde. Jésus se sait plus fort que « l’homme fort » et capable de le « ligoter » et « piller sa maison », libérant ainsi les humains de la domination de l’Adversaire.

Voilà la Bonne Nouvelle, Dieu veut un homme libre devant lui et non un esclave. Jésus est venu pour mettre en œuvre ce projet de délivrance de tout ce qui nous entrave. Tous ces liens qui asservissent l’homme, la Bible les appelle : idoles ou démons.
Cette œuvre de libération, aujourd’hui comme hier, provoque paradoxalement le plus souvent méfiance, suspicion et même opposition. « Il a perdu la tête », dit-on de Jésus ; « il est possédé » ; il faut le ramener à la maison, pensent sa mère et ses frères.

Béelzéboul, Satan, les démons
Béelzéboul rend, en français, le terme hébreu Ba`al Zeboul, nom d’un dieu cananéen, appelé par dérision Ba`al Zeboub qu’on peut traduire par « le Seigneur des mouches » (2 R 1,2).
Satan vient de l’hébreu et signifie : adversaire, ennemi. A l’origine, ce terme désigne l’adversaire dans une guerre ou un procès. Il est traduit en grec par « diabolos » : diviseur, calomniateur. Satan est le provocateur qui incite les hommes au péché. Des influences iraniennes le font considérer comme un ange déchu et chef personnel de l’empire du mal. Il devient alors progressivement une puissance autonome et maléfique, à côté de laquelle surgissent les démons chargés de tourmenter l’homme.
Le mot « démon » est repris du grec et désigne un être doté de pouvoirs surhumains et donc apparentés à ceux des divinités. Considérés comme descendants d’anges déchus, ennemis de Dieu, ils sont fauteurs de maladies et de possession. (Dictionnaire illustré de la Bible, 1990)

Abbé Marcel Villers

CLÉS POUR LIRE MARC : 27. CORPS DU CHRIST

Clés pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 14,12-16.22-26 pour la fête du Saint-Sacrement

CECI EST MON CORPS
Ayant pris du pain, il le rompit, le leur donna : « Ceci est mon corps. » (Mc 14,22)

Rompre le pain est un geste traditionnel effectué par le chef de famille qui le distribue ensuite aux convives. Ce soir-là, ce geste prend un sens très fort : Jésus annonce ainsi sa mort, son corps brisé, rompu sur la croix. C’est lui-même qui rompt le pain, manière de dire qu’il accepte cette mort, qu’il donne sa vie comme il donne le pain à ses apôtres réunis à la même table.

L’expression « mon corps » ne désigne pas une partie de moi, cette masse de chair qui me constitue. Dans la culture biblique, « mon corps », c’est moi tout simplement.

Et « ceci », qu’est-ce que c’est ? Jésus se réfère non pas tant au pain lui-même, mais à ce qu’il fait du pain et que le texte de Marc décrit en détail : « Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit, le leur donna : ceci est mon corps. » Le « ceci » se rapporte donc à ce que Jésus fait du pain, à savoir son partage : « Prenez, ceci est mon corps. » (Jean-Marc BABUT, Actualité de Marc, 2002)

Dans ce partage du pain, signe de sa vie rompue, donnée, là est le Christ, là est son corps. « Prenez », autrement dit, « Faites de même ». Alors, vous serez le corps du Christ.

Le rituel du repas dans une famille juive
Quand tous ont pris place, le chef de famille dit la bénédiction d’ouverture sur le pain qu’il prend en main : « Béni sois-tu, Seigneur notre Dieu, roi du monde, qui fais produire le pain à la terre ! ». Après l’Amen prononcé par les convives, il rompt le pain, en donne un morceau à chacun, et le premier goûte au plat avec un morceau de pain qui sert de fourchette ou de cuiller.
A la fin du repas, on se lave les mains. Puis vient l’action de grâces prononcée par le président de la table à laquelle tous répondent : « Béni soit le nom du Seigneur dès maintenant et à jamais ! » Cet assentiment donné, le chef de famille prend la coupe pleine de vin, la « coupe de bénédiction ». La tenant de sa main droite seulement, il l’élève de la largeur d’une main au-dessus de la table et, fixant les yeux sur elle, il dit les Grâces. Ensuite, la coupe de vin circule parmi les convives qui y boivent chacun son tour. Finalement, on chante un psaume et l’on se sépare. (Henri CHIRAT, L’assemblée chrétienne à l’âge apostolique, 1949, p.176-179)

Abbé Marcel Villers

CLES POUR LIRE MARC : 18. MESSAGER AU TOMBEAU

Clés pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc : Mc 16,1-7 de la nuit pascale.

Le messager du tombeau
Entrant dans le tombeau, elles virent, assis à droite, un jeune homme vêtu de blanc. (Mc 16,5)

Le jeune homme, que la couleur de son vêtement identifie comme venant du monde céleste, est porteur d’un message, celui qui constitue le cœur de la prédication chrétienne : « Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est ressuscité. » (16,6)

Nous sommes à la fin de l’évangile de Marc, mais le dernier messager, le jeune homme, renvoie au premier, celui qui ouvrait le récit, Jean-Baptiste : « Voici que j’envoie mon messager en avant de toi. Préparez le chemin du Seigneur. » (1, 2-3) A quoi répond le dernier messager : « Il vous précède en Galilée. Là vous le verrez. » (16, 7) La boucle est bouclée. Le récit n’est pas achevé, la mort n’a pas eu raison de lui.

Il nous faut refaire l’itinéraire qui a conduit Jésus du baptême à la résurrection. C’est désormais celui de tout chrétien qui, se mettant à la suite de Jésus, passe par le baptême pour accéder à la vie nouvelle du Ressuscité.

Qui nous roulera la pierre ?
La sépulture taillée dans le roc était fréquente à l’époque, mais coûteuse, et donc réservée aux riches. Le tombeau avait une petite porte d’un mètre de haut, fermée par une grosse pierre qui s’y ajustait ou par un bloc de pierre taillée de forme circulaire que l’on pouvait faire rouler. La fermeture était nécessaire pour empêcher les bêtes sauvages de pénétrer dans le tombeau. Les riches faisaient précéder le tombeau d’une cour ou d’un jardin devant l’entrée, comme celui de Joseph d’Arimathie où fut déposé Jésus. Deux ou trois marches permettaient d’accéder à la chambre funéraire. Une banquette taillée dans le rocher courait sur trois côtés d’un espace à peu près carré. Des niches profondes sont creusées dans les murs derrière ces banquettes pour recevoir un corps allongé sur le dos. Le corps de Jésus fut laissé sur la banquette, étant donné la hâte de son ensevelissement. Après une année, on ramassait les ossements dans une boîte, ce qui augmentait la capacité d’accueil du tombeau. (Alain Millard, Trésors des temps évangéliques, Paris, 1990, p. 121-123)

Abbé Marcel Villers