HOMÉLIE DU CARÊME. QUATRIÈME DIMANCHE. THEUX 2025

4°dimanche de carême. Lc 15,1-32. 

Laissez-vous réconcilier par Dieu. Cette invitation de saint Paul est la réponse des chrétiens à la question de la fraternité. Fraternité entre les humains. Fraternité entre les peuples. La réconciliation est la porte d’entrée dans la fraternité.
Cette fraternité, nous voulons la manifester, particulièrement en ce temps de carême, à l’égard de nos frères et sœurs du Pérou qui luttent pour une terre plus juste et plus solidaire. Notre don, notre geste de partage sont sources d’espérance pour eux comme pour notre terre. C’est le sens du slogan de ce carême : Semons la solidarité. Cultivons l’espérance.
Cette espérance est fondée sur l’amour, celui que manifeste Dieu à l’égard des humains, celui que Dieu manifeste à ses fils pécheurs.

Il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers.
Dieu est miséricorde, il a un cœur qui prend pitié, il nous attend avec patience et lorsque nous faisons retour, il se jette à notre cou et nous couvre de baisers. Dieu cherche toujours à nous rejoindre, là où nous sommes, pour nous prendre sur ses épaules.
L’homme en jaune, c’est nous, chacun de nous, fatigué, blessé, découragé, et qui ne peut plus marcher, avancer tout seul. Comme la brebis égarée, comme le fils prodigue, il vient à notre secours pour nous porter, nous prendre sur ses épaules. Le Dieu de Jésus, c’est celui qui laisse là le troupeau des 99 brebis pour aller chercher la seule, l’unique qui s’est perdue. Le Dieu de Jésus, c’est celui qui se jette au cou de son fils cadet revenant de ses égarements. Et ce fils, qui a dilapidé tout ce que son père lui avait donné, retrouve tous ses privilèges de fils de la maison et partage à nouveau la table familiale avec son père.

Ayant retrouvé son enfant perdu, le père invite le fils aîné à festoyer et se réjouir, car ton frère était perdu et il est retrouvé. Le fils aîné ne peut l’accepter. Il se désolidarise de son frère qu’il désigne à son père comme ton fils que voilà, refusant de ce fait qu’il soit son frère.
Pourquoi refuse-t-il cette fraternité ?
Si tous les hommes sont frères depuis Abel et Caïn, ils sont vite devenus des frères ennemis. Et ce, par jalousie.
C’est par jalousie que Caïn va jusqu’au meurtre de son frère. La jalousie dresse les individus, les peuples, les uns contre les autres.
A la jalousie, Dieu oppose la solidarité, la fraternité.
Le pécheur a beau l’oublier et le juste s’en scandaliser, la fraternité est ineffaçable. Différents et même séparés, nous restons néanmoins les fils du même père. Car c’est lui la source de la fraternité.
Seul un être transcendant, reconnu par tous comme leur origine et leur fin, peut garantir la fraternité entre les humains. On ne peut être frères que si l’on accepte d’être fils.
Fils d’un même Père, frères les uns des autres, solidaires dans le bonheur comme dans la peine, luttons pour une fraternité universelle, seule source d’espérance d’un avenir pour l’humanité et d’une terre qui tourne juste.

Abbé Marcel Villers

HOMÉLIE. CARÊME THEUX 2025. TROISIÈME DIMANCHE

3°dimanche de carême. Lc 13,1-9. Theux 2025

Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous.
Cet appel de Jésus résonne au mieux pendant le carême qui est justement le temps de la conversion. Au premier jour, en recevant les Cendres, il nous a été dit : Convertissez-vous. Car tu es poussière et tu retourneras en poussière.
Voilà qui pousse à nous interroger : quel est le sens de ma vie ? Qu’est-ce que j’en fais ? Il n’est jamais trop tard pour répondre, changer de vie, donner du fruit.
C’est à l’espérance que nous sommes invités. Dieu a confiance en nous, espère en nous plus que nous-mêmes. Nous sommes capables du meilleur.

Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous.
Comme ce figuier qui ne porte pas de fruits doit être coupé.
Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n’en trouve pas.
Ce figuier sans fruit, c’est de notre vie qu’il s’agit.

Chacun de nous connait ces moments où on s’interroge sur le sens de sa vie et où on fait le bilan. Quand survient un accident, une maladie, l’angoisse et l’interrogation fondamentale resurgissent. N’est-ce pas d’abord cela qui nous émeut et nous bouleverse à la vue d’un accident, d’une catastrophe comme celles évoquées par Jésus ?
Une alerte de santé, un problème au travail, un accident, un échec matrimonial peuvent être comme une secousse qui nous fait éprouver notre fragilité et le prix de la vie. Et on s’interroge. Ma vie, qu’est-ce que j’en ai fait ? Qu’est-ce que j’ai fait de toutes ces années ? Qu’est-ce qui restera de moi et de mon action ? Quels en sont les fruits ?

Cet examen peut conduire à la déception, au « je ne suis bon à rien ».
Voilà trois ans que je viens chercher du fruit, et je n’en trouve pas.
Dans cette situation, deux issues se présentent : résignation ou espérance.

La résignation. Coupe-le. A quoi bon le laisser épuiser le sol ?
Bref, il n’y a rien à faire. Il n’y a rien à espérer de cet homme ou de cette femme.
« Il n’y a plus rien à faire ». Combien de fois avons-nous entendu ou prononcé nous-mêmes cette parole qui peut n’être qu’un constat ou l’expression d’un découragement, pire d’un désespoir !

Mais il y a une autre issue.
L’espérance. Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir.
Bref, il n’est jamais trop tard. Grâce à la patience et grâce aux soins prodigués, le figuier pourra être sauvé. Il y a un avenir, une espérance.
Seigneur, laisse-le encore cette année.
Patience, prendre patience, accepter le temps, espérer. Mais savons-nous encore patienter, attendre ? Notre monde est un monde qui court souvent à grande vitesse, qui exalte le “tout et tout de suite.”

Maître, laisse-le encore cette année, je vais bêcher autour et mettre du fumier. Peut-être donnera-t-il alors du fruit.
N’est-ce pas tout le sens du carême ? Il n’est jamais trop tard.
Un proverbe malgache nous encourage :
« Le passé appartient aux ancêtres, l’avenir appartient à Dieu, seul le présent t’appartient. »
Rien n’est donc joué. Alors, qu’attendons-nous ?

Abbé Marcel Villers

HOMÉLIE CARÊME THEUX 2025 DEUXIÈME DIMANCHE

2°dimanche de carême. Lc 9,28-36. 

Avenir source d’espérance

Nous sommes invités, au début de ce carême, à en contempler par avance le terme. Mettons nos pas dans les pas de Jésus pour gravir avec lui la montagne où il va être inondé de la lumière divine. Cet itinéraire est constitutif de notre existence de chrétien. Il est aussi celui du carême qui nous conduit derrière Jésus à la Gloire de la Résurrection que nous célébrons à Pâques. Au bout de notre route d’homme et de croyant, conformés au Christ, nous passerons avec lui dans le Royaume des Cieux. Là est notre avenir, notre espérance.

Ils virent la gloire de Jésus… son visage apparut tout autre, ses vêtements devinrent d’une blancheur éclatante.
La gloire, dont il s’agit ici, n’est autre que l’irradiation de l’être de Dieu, semblable à l’action de la lumière. La lumière réchauffe, nous enveloppe ; nous y sommes plongés mais nous ne pouvons pas saisir la lumière, la capturer, elle échappe à nos prises. Comme Dieu.
Cette lumière, la voilà qui irradie le visage et le corps de Jésus. Jésus est irradié, conformé à l’être même de Dieu. Et surprenant, c’est de lui que la lumière rayonne. Non plus récepteurs, son visage et son corps sont diffuseurs.
Cette irradiation de tout son être révèle la véritable nature de Jésus, Celui-ci est mon Fils, dit la voix sortie de la nuée.
C’est aussi l’avenir de toute créature. Sur le Thabor, le Christ transforma la nature enténébrée d’Adam. L’ayant illuminée, il la divinisa.

Nous sommes citoyens des cieux, écrit St. Paul, le Seigneur transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux. (Ph 3)
Tel est notre avenir, telle est notre espérance !

Il est heureux que nous soyons ici, dressons trois tentes, propose Pierre. Il ne savait pas ce qu’il disait, ajoute l’évangéliste.
Il ne s’agit pas de rester là à regarder le ciel et à contempler la splendeur qui nous attend. Le chrétien n’est pas destiné à planer dans un ciel imaginaire, mais à redescendre des hauteurs, de la montagne.
Notre Dieu n’est pas celui qui invite à fuir ce monde, mais celui qui envoie les hommes dans l’histoire, vers l’avenir.
Dieu de l’Exode et de la Résurrection qui dit : « Voici que je fais toutes choses nouvelles ».
A nous de transformer la figure de ce monde comme le Christ a transfiguré le visage de l’homme et sa figure sociale.
L’espérance n’apporte pas le repos car elle ne peut pas s’accommoder de la réalité telle qu’elle est. Le christianisme est tout entier espérance, perspective,  orientation en avant.
La Transfiguration, la Résurrection, voilà l’espérance de la terre.
Cette espérance prend soin avec douceur de la terre dévastée et des hommes maltraités.
C’est tout le sens de notre carême : Semons la solidarité, cultivons l’espérance. Les deux vont de pair.
Abbé Marcel Villers

HOMELIE : CARÊME THEUX 2025. PREMIER DIMANCHE

1° dimanche de carême. Lc 4,1-13. Theux 2025

Au début de cette Année sainte, centrée sur le thème de l’espérance, nous sommes invités par notre évêque, Mgr Delville, à vivre le carême comme un temps de conversion à l’espérance.
Sa lettre de carême définit l’espérance comme une rencontre entre nos attentes et la grâce de Dieu. En effet, nos attentes restent limitées : la santé, le bonheur, le succès, le profit, la victoire… Mais, l’espérance donnée par Dieu ouvre de vastes horizons à nos vies et nos travaux.

« Semons la solidarité, cultivons l’espérance », nous dit la campagne de Carême, promue par Entraide et Fraternité, cette année en faveur des populations du Pérou.

Ordonne à cette pierre de devenir du pain.
Au pain que le démon voudrait voir sortir tout de suite des mains de Jésus, celui-ci promet une autre sorte de nourriture.
La gloire de tous ces royaumes, je la donne à qui je veux.
Au pouvoir immédiat sur toutes les nations de la terre, que lui offre le démon, Jésus oppose le pouvoir qui vient de Dieu seul.
Jette-toi en bas et les anges te porteront.
A la promesse d’une action immédiate de la Providence, Jésus oppose le respect du temps et de l’action de Dieu.

« Face au démon qui prône la satisfaction immédiate, Jésus résiste en opposant l’espérance en un futur nouveau, écrit notre évêque. Nous aussi devons résister à la tentation du tout tout de suite, qui est le contraire de l’espérance. »

Les trois tentations de Jésus nous donnent une clé de lecture de notre situation individuelle, mais aussi sociale.
Le pain évoque la dimension économique ; la puissance évoque la dimension politique ; le temple, la dimension religieuse de nos sociétés. Trois dimensions en crise aujourd’hui.
L’économie centrée sur le productivisme, la consommation conduit à l’impasse que souligne l’écologie. Le diable est dans l’idéologie de la croissance à tout prix.
Le politique est contesté, incapable de résoudre la crise du vivre ensemble. Populismes et replis sur soi font le lit du diable
La religion connaît une désaffection des institutions, une privatisation rampante, et en même temps un ensauvagement du religieux laissé à lui-même, dont les attentats sont un reflet.

Que ce soit dans la société ou dans l’Église, nous devons « travailler au bien commun et non à l’intérêt individuel, souligne notre évêque ; résister au pouvoir absolu de l’un ou de quelques-uns ainsi qu’au rejet des autres, comme les pauvres, les réfugiés ; résister à la tentation du dieu magique », et prendre en mains notre temps, notre avenir.

Le contexte actuel peut pousser au découragement et au pessimisme. Nous ne devons pas céder, mais résister à cette tentation et à celle du « tout, tout de suite », au coup de baguette magique.
« La situation du monde actuel est une situation d’enfantement et un enfantement s’accompagne toujours d’espérance, et donc de responsabilité » (Athénagoras, 1969).

Abbé Marcel Villers