« La Reid, à l’extrémité de la fenêtre de Theux, est né d’un défrichement réalisé sans doute au XIIe ou XIIIe s. : il est cité pour la première fois en 1323 sous la forme Reyz, toponyme qui viendrait de « rasa », endroit rasé, défriché »[1] La Reid est, dès l’origine, englobé dans le domaine de Theux, dont la limite s’identifie avec la Porallée, ancienne voie romaine, chemin de crêtes dans les environs de Hautregard.
Depuis les donations (898 et 915) à l’Église de Liège, le prince-évêque est le seigneur du domaine. Néanmoins, au milieu du XVIe s., apparaît la seigneurie foncière de Hautregard, octroyée par Erard de la Marck (1506-1538) à Englebert de Presseux, châtelain de Franchimont.
À la lisière du Marquisat, donc de la principauté de Liège, cette seigneurie avait une fonction de surveillance et de garde vis-à-vis de la Porallée, disputée entre Liège et Luxembourg.
« En 1619, le prince qui a d’énormes besoins d’argent frais, met en engagère pas moins de quarante-deux
seigneuries de son domaine… C’est alors que Simon des Marets obtient la seigneurie de La Reid, Becco et Winamplanche et de leurs appendices (Marteau, Hestroumont). »[2] Cette seigneurie dura jusqu’en 1631 quand les habitants des Communautés concernées mirent fin à l’engagère en remboursant à Simon la moitié de la somme qu’il avait payée, le prince ayant accepté de rembourser l’autre moitié.
La Reid est un pays de forêts, de fagne et de landes. Les landes arides sont le royaume des pâtres et des herdiers veillant jalousement sur leurs troupeaux.
« En 1812, on relève 2257 bêtes à laine ; elles sortent tous les jours des bergeries pour aller en pâture et rentrent le soir. A cette époque, il y a aussi de nombreuses ruches et l’apiculture est très florissante. »[3] Les landes sauvages et arides sont ensuite transformées en champs cultivables, puis rapidement en prairies. L’élevage du gros bétail va remplacer celui du mouton. En 1869, la première foire annuelle aux bestiaux est organisée à La Reid.
La Reid est aussi connu pour ses gisements miniers. Un peu partout existaient fourneaux, fonderies et marteaux ou « makas ». Vers 1500, on comptait plusieurs fourneaux à Winamplanche. En 1519, il y avait un fourneau à Tolifa. Un peu plus tard, celui du Marteau Goffin et du Marteau Pirotte qui est Marteau. Des platineries existaient dans la région et une clouterie à Becco, disparue au début du XIXe s. et une à Winamplanche. Cependant, en 1853, la Société Minière du Rocheux demanda l’autorisation d’exploiter le minerai de fer à La Reid et à Hestroumont. Mais cela ne dura guère.
Une caractéristique de la région est certainement une population, très faible (2000 en 1830), et de plus fortement disséminée dans quatre villages : La Reid, Becco, Desnié, Winamplanche, et de nombreux hameaux et lieux-dits (une quarantaine) comptant au moins une ou deux habitations.
On comprend que ce n’est qu’au début du XVIe s. qu’une chapelle est construite à La Reid qui est le lieu le plus habité. « Les documents connus mentionnent pour la première fois une chapelle à La Reid le 24 mai 1512 ; devant la cour de Justice de Theux, Jean Remacle de La Reid augmente la fondation de la chapelle « nouvellement faite sur le werihas ». Il faut voir là l’origine de la chapelle, ce que paraissent confirmer les pouillés : si celui de 1497 ne la signale pas, par contre celui de 1558 cite en cet endroit une chapelle dédiée à saint Lambert. »[4]
« En 1514, dans un acte, est cité Remacle Malherbe, recteur de la capelle nouvellement édifiée sur le Werixha delle Rey ; c’est le premier nom connu d’un desservant à La Reid. »[5] La chapelle sert à tous les habitants du vaste territoire de la future commune, mais ce territoire n’est pas celui d’une paroisse. La chapelle de La Reid est une chapelle privée, à charge des habitants qui la fréquentent pour la messe du dimanche. Ils doivent toujours se rendre à l’église paroissiale de Theux pour les grandes fêtes, ainsi que pour le baptême et le mariage. Ci-contre, la chapelle du Bon Air (photo extraite de Syndicat d’initiative, À la découverte de La Reid, 2005) qui date de 1657, mais laisse imaginer ce que pouvait être la première chapelle de La Reid, cent ans auparavant.
À cette époque, la Réforme se répand dans le pays de Franchimont. En 1561, trente et un habitants sont arrêtés, dont une dizaine à Becco, parce qu’ils fréquentaient les assemblées hérétiques. Le seul martyr protestant du Marquisat sera un habitant de Becco, Thomas Watlet, forgeron, exécuté à Liège en 1562.
À la suite du concile de Trente, terminé en 1563, un des objectifs de la Réforme catholique est de rapprocher les curés de leurs ouailles en multipliant les paroisses. Mais les résistances sont fortes, de la part des curés et des décimateurs. Les curés craignaient de voir leurs revenus diminuer, de même que les décimateurs en charge alors de plusieurs lieux de culte.
Pour contourner la difficulté, l’évêque décide de créer, en 1574, deux vice-cures, La Reid et Polleur, à la place de deux paroisses. Le desservant de La Reid est ainsi un coadjuteur du curé de Theux qui signe avec lui un contrat de salaire en bonne et due forme. Le curé lui laisse une partie de la dîme. Toute l’action des vice-curés sera de conquérir leur autonomie.
En 1581, le vice-curé de La Reid obtient du prince-évêque l’érection de fonts baptismaux. Puis, ce sera le droit de célébrer les mariages. Enfin, La Reid obtiendra l’autorisation d’avoir un cimetière entre 1574 et 1581, mais il faudra attendre le 22 août 1619 pour qu’il soit béni.
Sous le pastorat du vice-curé Jean Wybrin (1600-1637), un second prêtre est en fonction comme marguiller et vicaire de la vice-cure. Deux messes sont donc célébrées régulièrement, ce qui entraîne des frais supplémentaires pour la fourniture du vin, des chandelles, hosties et autres objets nécessaires. On constate aussi les fréquentes réparations aux toits, car il pleut dans l’église. Cela s’explique par le fait que le toit n’est pas couvert d’ardoises mais de chaume.
Au XVIIIe s., apparaissent un peu partout des confréries qui permettent de renforcer les liens entre les fidèles tout en développant dévotion et formation spirituelle. Le 29 décembre 1723, sous le pastorat du vice-curé Laurent Le Clerx est érigée une confrérie en l’honneur de saint Michel et des saints Anges Gardiens. En 1730, le vice-curé A.-J. Deblon (1726-1733), réputé avoir eu cette dévotion en honneur[6], fera édifier, en 1730, un autel en l’honneur des Anges Gardiens.
Cet autel était peut-être garni par cette sculpture (photo ci-contre) de caractère baroque, art liégeois qu’on peut dater du XVIIIe s.[7]
Sous le régime français, en 1790, le Magistrat révolutionnaire de Theux fait faire une expertise des églises de Theux, La Reid et Polleur. Il en ressort que ces dernières doivent être agrandies, car la chapelle de La Reid, par exemple, ne peut accueillir que 325 personnes. Faute de ressources, la dîme a été supprimée par la révolution et les rentes ne sont pas payées, la chapelle de La Reid est laissée à l’abandon matériel.
A la suite du Concordat (1801) entre le pape et Napoléon, la vice-cure de La Reid devient le 30 septembre 1803 une paroisse succursale à part entière. « Le premier curé de La Reid est, en 1803, Hermès-Joseph Cornet, vice-curé en 1802-1803, puis curé. Il est installé le 24 octobre 1803. Il était né à Deigné le 2 mars 1747. Il devint curé de Becco le 13 mai 1808 puis, après avoir renoncé à sa cure le 23 mars 1815, vicaire de Creppe où il décède le 27 mars 1817. » [8]
La grande nouveauté pour la vie paroissiale et ses ressources est l’institution (8 mars 1804) de la Fabrique d’église, organisme public chargé de gérer les biens de la paroisse. En cas d’insuffisance des ressources, la Commune doit y suppléer. « Mais tant que les biens et dettes de l’ancienne Communauté de Theux restent indivis entre les nouvelles communes de Theux, Polleur et La Reid, cette dernière ne pourra guère aider la Fabrique de La Reid. D’autant plus qu’elle doit aussi subvenir aux besoins de la nouvelle paroisse de Becco (1803), et plus tard de celles de Winamplanche (1842) et Desnié (1845). Il faudra attendre le 31 décembre 1851 pour que dettes et biens soient séparés. »[9]
En attendant, la détérioration de l’église et de son cimetière est telle qu’au début des années 1820, la Fabrique envisage la construction d’une nouvelle église. On doit se contenter de gros travaux au cours de la période 1820-1831 ; on est alors sous le régime hollandais. D’autres travaux seront réalisés dans les années 1840 de sorte qu’en 1849, l’église se trouve restaurée et agrandie avec une nouvelle sacristie et une maison pastorale toute neuve.
Mais, en juillet 1866, le Conseil de Fabrique demande la construction d’une nouvelle église car la toiture est irréparable, n’ayant pas été reconstruite en 1828-1829. La Commune rejette la demande. Ce n’est qu’en 1874, que la reconstruction totale du toit du chœur et de la nef est accordée ainsi que la fourniture de 22 nouveaux bancs avec agenouilloirs.
« Dès 1910, le curé Collard se rend compte de la nécessité de reconstruire l’église. C’est son successeur le curé Warnotte qui va s’atteler à cet énorme chantier, l’église ayant été fermée pour raison de sécurité le 2 mai 1930. Elle est démolie, sauf la tour, en 1934-1935. »[10]

[1] Paul BERTHOLET, De la chapelle à la paroisse de La Reid en passant par la vice-cure, in Terre de Franchimont, n°46, décembre 2016, p. 31-32.
[2] Paul BERTHOLET, De la chapelle à la paroisse de La Reid en passant par la vice-cure, in Terre de Franchimont, n°49, juillet 2018, p. 18-22.
[3] Paul BERTHOLET, Testament d’Alexandre-Joseph DEBLON, vice-curé de La Reid, in Terre de Franchimont, n°6, janvier 1997, p. 11.
[4] Paul BERTHOLET, LA Reid, in Trésors d’art religieux au marquisat de Franchimont, Theux, 1971, p. 70.
[5] Paul BERTHOLET, De la chapelle à la paroisse de La Reid en passant par la vice-cure, in Terre de Franchimont, n°51, septembre 2019, p. 12.
[6] Paul BERTHOLET, De la chapelle à la paroisse de La Reid en passant par la vice-cure, in Terre de Franchimont, n°43, juin 2015, p. 31.
[7] Paul BERTHOLET, La Reid, in J. de BORCHGRAVE d’ALTENA et Paul BERTHOLET, Trésors d’art religieux au marquisat de Franchimont, Theux, 1971, p. 70.
[8] André VLECKEN, La Reid, Verviers, 1949, p. 26.
[9] Paul BERTHOLET, Simon des Marets, Hautmaret et la seigneurie de La Reid, in Terre de Franchimont, n° 11, juin 99, p. 39.
[10] Paul BERTHOLET, De la chapelle à la paroisse de La Reid en passant par la vice-cure, in Terre de Franchimont, n°43, juin 2015, p. 31.