Il est parti ? À nous d’y aller ! – Homélie pour l’Ascension (année B)

Homélie du père Norbert Maréchal
pour la fête de l’Ascension (année B)
Theux, le 10 mai 2018

Fête bien étrange, que Luc, au début des Actes des Apôtres, place 40 jours après la Résurrection, pour signifier que l’expérience pascale est pleinement réalisée. L’évangile de Marc situe l’Ascension en lien direct avec Pâques. L’Ascension de Jésus est un des « couronnements » de Pâques, avec le don de l’Esprit à la Pentecôte.

À Pâques, les disciples ont fait l’expérience forte d’un Jésus pleinement vivant, au-delà de la mort offerte sur la Croix, une Vie en totale communion avec le Père : il est assis à la droite du Père, dit le Credo.

Malgré les doutes, les peurs, l’expérience de leur propre faiblesse, Jésus, avec l’Ascension, va, en quelque sorte, passer le relais à ses disciples. Il se retire pour qu’ils continuent son œuvre. Il les envoie jusqu’aux extrémités de la terre pour être ses témoins, pour proclamer cette inouïe Bonne Nouvelle de l’Amour de Dieu pour toute la Création, cet Amour que Jésus, très concrètement à travers toute sa vie, ses paroles et gestes et jusque dans sa mort et résurrection, a manifesté et révélé.

Comme Jésus, les disciples doivent annoncer la Vie et l’Amour de Dieu, mais aussi ils doivent les vivre entre eux et avec tous les humains. Ils doivent en même temps le manifester concrètement par des gestes de Vie, contre les forces du Mal (de ce Mal qui nous ronge tous !). Pour cela, Jésus leur promet la force de l’Esprit Saint, son Esprit. La dernière phrase de l’évangile de Marc dit : Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient.

C’est vrai aujourd’hui encore. Jésus, de génération en génération, envoie encore les croyants, c’est-à-dire ceux qui adhèrent vraiment à sa Personne et à cet Amour qu’il représente. Il les envoie pour qu’ils deviennent « contagieux » dans ce monde parfois violent et dur.

Du coup, devant cette Mission, nos peurs, nos sentiments d’inaptitude… reprennent le dessus ! Alors que nous oublions que le Christ nous donne son Esprit et travaille avec nous, jusqu’à la fin des temps. Il nous invite à ne pas rester à regarder le ciel, mais à être ses témoins dans ce monde où nous vivons, et à continuer à l’aimer, comme Jésus lui-même l’a vécu.

La fête de l’Ascension nous dit : Il est parti ? apparemment absent ? … À nous d’y aller !

Seigneur, donne-nous d’oser, et d’oser croire que ton Esprit nous accompagne !

Père Norbert Maréchal, C.S.Sp.

Fête de l’Ascension : une réflexion signée Kerit !

Je ne vous le cache pas. La fête de l’Ascension me laisse toujours le cœur partagé entre deux sentiments un peu contradictoires. Je suis saisi de tristesse d’abord. Jésus n’est plus visible dans son corps glorifié. Après un temps où il s’est manifesté à ses apôtres, il disparaît à leurs regards. Comment ne pas être saisi d’une sensation de deuil  devant l’absence visible du Bien Aimé ?

Mais une joie discrète me monte aussi du cœur. Dans la nuit de l’Absence, voilà que nous sommes invités à une Présence plus profonde.

Car Jésus, par l’Ascension, ne disparaît pas. Il change de mode de présence. Il reste présent dans le don du Saint-Esprit, dans la parole des apôtres, dans la communauté rassemblée pour la prière et les sacrements, dans le service des frères.

Son départ vers les cieux ne signifie moins la fin d’une histoire que le début de l’éternité, de notre éternité. Si Jésus n’était pas monté au ciel, il serait encore parmi nous, au milieu de nous, extérieur à nous, comme nous demeurons extérieurs les uns aux autres. Son départ dessine un nouveau mode de présence, non plus une présence proche et visible mais plutôt une présence tout intérieure et universelle, hors frontière et hors du temps. Une vraie présence, vécue sur le mode de l’absence, un peu comme lorsque nous vivons un deuil, ce temps nécessaire pour que l’être décédé vive à jamais en nous.

Libéré des limites du corps, il n’est plus à côté de nous, mais par sa mort et à sa glorification, il est maintenant au cœur  de nous-mêmes. Je suis avec vous, tous les jours, jusqu’à la fin des temps. Vous êtes en moi et je suis en vous. L’Ascension est le nouvel aspect de Présence dans le Mystère de Pâques. Le Christ ne nous prive des apparences de sa Présence que pour nous donner ce qu’Il est, sa dimension infinie et indicible qu’il reçoit de son Père, grâce au dynamisme de l’Esprit.

Il fallait qu’Il disparaisse pour transparaître. Quand on dépasse le deuil, quand on assume l’absence pour découvrir une autre présence, on entre dans le mystère du Grand Passage, et l’on peut alors vivre intensément l’Ascension. On peut fermer les yeux, quitter les écorces superficielles de la vie sensible, plonger dans la nuit de la foi pour descendre au fond de soi-même, au ciel de Dieu, là où Il peut établir sa demeure, et nous attend.

On se découvre conduit aux dimensions de Dieu, on peut aller au-devant des autres, les rencontrer et les aimer comme il nous dit de le faire. Allez dans le monde entier. Et la joie peut crépiter comme un feu au cœur d’une nuit froide de printemps, parce que, dans les vases fragiles que nous sommes, la présence du ressuscité silencieusement rayonne et éclaire le monde encore prisonnier des ténèbres de la peur.

http://www.kerit.be/ : merci à son auteur !