CLÉS POUR LIRE LUC : 32. LE PROCHAIN

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile. Cette semaine, Lc 10, 25-37 du 15e dimanche ordinaire.

 Qui est mon prochain ?
Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? (Lc 10, 25)

Un samaritain arriva près du blessé. Non seulement il n’a pas pris l’autre côté de la route, mais dès qu’il vit l’homme, « il fut saisi de compassion » (10, 33). Et cela pour quelqu’un qu’il ne connaît pas. Alors aussitôt, sans un mot, il agit : « il s’approcha, et pansa ses blessures en y versant de l’huile et du vin ; puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge » (10, 34). Aimer, c’est agir efficacement, passer aux actes.

« Lequel des trois a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ? » (10, 36). Jésus retourne le problème : « Tu n’as pas à te demander qui est ton prochain, mais cet homme, abandonné, blessé, lui, qui estime-t-il être son prochain ? » Autrui devient mon prochain quand je me fais proche de lui. « Va, et toi aussi, fais de même » (10, 25).

Les Samaritains
« Les Juifs n’ont pas de relations avec les Samaritains » (Jn 4, 9) affirme l’évangile de Jean. Cette animosité provient sans doute du schisme créé sous Esdras par la construction d’un temple sur le mont Garizim, rival de celui de Jérusalem (Jn 4, 20). Dans la mentalité populaire, le schisme religieux ne pouvait que déteindre sur l’ensemble des habitants de la région. Ceux-ci, d’ailleurs, étaient considérés non comme une tribu proprement dite, mais comme un ramassis de gens envoyés par les Assyriens pour repeupler la Samarie après la chute de sa capitale (721 avant J.C.) et la déportation de sa population (2 R 17, 24-41). On les tenait rigoureusement à l’écart. Le nom même de « Samaritain » est une injure (Jn 8, 48), si bien que parler d’un « bon » Samaritain est une contradiction dans les termes. Jésus frappait ses auditeurs en citant certains Samaritains en exemple. Quelques centaines de Samaritains subsistent actuellement en Israël (Naplouse, Holon). » (André CHOURAQUI, Dictionnaire de la Bible et des religions du livre, 1985)

Abbé Marcel Villers

CLÉS POUR LIRE MARC : 11. SUBSTITUTION

Clés pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile du dimanche : Mc 1,40-45 pour le 6ème dimanche du temps ordinaire.

Péché et substitution
Saisi de compassion, Jésus étendit la main, le toucha.
A l’instant même la lèpre le quitta. (Mc 1, 41-42)

Toucher le lépreux devait rendre Jésus impur. C’est l’inverse qui est raconté : Jésus touche le lépreux et celui-ci devient pur. « C’est la puissance du corps de Jésus qui est ici signalée. C’est le cœur de Jésus saisi de compassion qui, dans son corps, est la source de sa puissance de purification. » (F. Belo, Lecture matérialiste de l’évangile de Marc, Paris, 1974, p. 150-151)

Ce qui est ici en question, c’est la subversion, l’inversion de l’ordre social et religieux. En touchant l’intouchable, Jésus transgresse la Loi, lève les excommunications, bouleverse l’ordre établi. Il inverse la relation entre le pécheur et Dieu. Dieu ne rejette pas le pécheur, il va à lui, saisi de compassion, pour le sauver. La pratique de Jésus est subversive : l’exclu est réintégré, le mort est ramené à la vie, le pécheur pardonné, les frontières abattues, l’ordre ancien cède la place devant la Bonne nouvelle qu’est Jésus.

Le lépreux guéri proclame bien haut ce qui lui est arrivé. Quant à Jésus : il ne pouvait plus entrer dans une ville, mais restait à l’écart dans des endroits déserts. (Mc 1,45) Il y a inversion des rôles. Le lépreux vivait au désert, il prêche maintenant au centre des villes. Jésus prêchait aux foules, il doit se retirer au désert. Il y a substitution de l’un à l’autre. « Il a pris sur lui nos maladies et nos péchés » (Isaïe 53, 4-5). Jésus a pris la place du lépreux, comme il prend la place des pécheurs que nous sommes.

La lèpre
La lèpre est une maladie due à un bacille qui attaque la peau, les muqueuses, et les nerfs. Si les nerfs sont détruits, c’est donc toute ma capacité de sentir et ressentir qui ne fonctionne plus. Le malade ne sent plus ni froid, ni chaud, et se blesse sans s’en rendre compte. Si sa plaie n’est pas soignée, elle s’infecte. Souvent aussi le malade est défiguré et sa peau se couvre de taches, de plaies. On comprend qu’avec un tel visage, le lépreux fasse peur. A l’époque de Jésus, le lépreux est quelqu’un qu’il faut fuir et qui, lui-même, doit se tenir à l’écart. Il doit surtout se signaler aux autres pour qu’on ne l’approche pas, qu’on ne le touche surtout pas. Il doit porter des vêtements déchirés, les cheveux en désordre (Lévitique 13, 45-46), cacher sa figure avec un drap ou un masque, et il criera : Impur, impur. On l’entendra ainsi de loin et on pourra donc le fuir.

Abbé Marcel Villers