Convertissez-vous, prenez la route de la mer !

Jesus Capharnaum

Homélie de l’abbé Marcel Villers
pour le 3ème dimanche ordinaire de l’année A
(Mt 4, 12-23), Polleur, le 22 janvier 2017

Il quitta Nazareth et vint habiter au bord de la mer.
Comme il marchait au bord de la mer, il vit deux frères.

Aujourd’hui, tout se passe au bord de la mer.
Vous aussi avez marché au bord de la mer, un jour d’été.
Vous aussi avez admiré ce mouvement incessant des vagues, l’une avance et la suivante suit, et cela sans interruption, sans cesse ; puis quelques heures plus tard, le mouvement s’inverse et la mer recule. Le lendemain, pareil : flux et reflux ; marée haute et marée basse.
Et puis, il y a surtout cette immensité de la surface de la mer.
L’horizon paraît si loin et l’étendue couverte par les eaux si vaste.
Qu’y a-t-il au bout ? Au-delà ?
Cette immensité des eaux donne l’image d’un monde en mouvement et que rien ne peut clore, enfermer.

Bref, c’est la mer, les vagues, l’horizon, les grands espaces.
Quoi de plus clair pour évoquer le mouvement et le lointain !
C’est bien ce cadre qui permet de comprendre ce que dit et fait Jésus.
Deux actes essentiels sont évoqués dans l’évangile de ce jour.
Il vint habiter au bord de la mer.
Comme il marchait au bord de la mer, il vit deux frères.

Il quitta Nazareth et vint habiter au bord de la mer.
Jésus quitte son village, Nazareth, là où il a vécu, s’est formé. C’est là, chez lui, ses parents, ses amis, ses relations, son histoire, ses secrets, ses joies et ses peines.
Bref, son identité.
Rupture essentielle ou conversion : Jésus quitta Nazareth et vint habiter au bord de la mer à Capharnaüm.
Nazareth, c’est le village, la famille, les amis. C’est le chez soi, qui nous a formé et fait ce que nous sommes.
Jésus quitte tout cela : son pays, sa parenté, ses repères.
Pour habiter au bord de la mer, là où l’espace s’ouvre et le multiple se vit.
Capharnaüm, route de la mer, Galilée des nations !
Une région considérée comme païenne et idolâtre, peuplée d’étrangers de toutes sortes. Le mot « capharnaüm », aujourd’hui, évoque le désordre, le bric-à-brac, le méli-mélo.

Agneau de Dieu, désigné par Jean-Baptiste, pourquoi Jésus ne se rend-il pas à Jérusalem ?
C’est la ville sainte, la capitale, siège du Temple, résidence de Dieu.
Jésus va à l’envers : conversion.
Il prend le chemin de l’ouvert, la Galilée des nations, il va à la frontière, pays cosmopolite, lieu de rencontre de peuples, de langues, de cultures diverses. On dirait aujourd’hui une société multiculturelle et multi-religieuse, peuplée de migrants et d’étrangers de toutes sortes. Une région honnie par les religieux de Jérusalem, car un monde mélangé, donc impur.
Jésus choisit non pas la capitale, mais la périphérie, la frontière ; non pas le Temple, mais les païens ; non pas le culte, mais la présence en pleine vie commune. Il rompt avec un monde familier, replié sur lui-même pour prendre le large. Conversion.

Et nous ?
Restons-nous au village, à Nazareth ? au pied de notre clocher ?
Ou bien entendons-nous l’appel à quitter notre monde familier pour aller au bord de la mer ?
Sommes-nous prêts à sortir de nos repères et environnement habituels ?
Dans bien des pays, on construit des murs, on ferme des frontières ; et nous-mêmes, comme chrétiens, comme Église, nous connaissons la même tentation.
Nos paroisses, en particulier, sont aujourd’hui menacés de repli, d’un esprit de ghetto ou de clocher.
Jésus aujourd’hui nous invite au grand large, à le suivre au bord de la mer, dans les Capharnaüm de notre époque. Ainsi l’Unité pastorale peut nous apparaître comme un grand machin, un méli-mélo, une sorte de capharnaüm.

Il faut changer de route, sortir de nos représentations habituelles, se déplacer chez les autres, quitter notre clocher ou nos barques.
Comme il marchait au bord de la mer, il vit des frères, c’était des pêcheurs.
Pierre et André, Jacques et Jean, pêcheurs sur la mer de Tibériade.
À l’appel de Jésus, ils laissent tout pour le suivre : leurs barques, leurs filets, leurs pères, leurs villages, tout leur monde familier.
Convertissez-vous, nous demande Jésus, prenez la route de la mer.

Abbé Marcel Villers

 

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