CLÉS POUR LIRE MATTHIEU : 11. RÉJOUISSEZ-VOUS

Clés pour lire l’évangile de Matthieu

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Matthieu. Cette semaine : Mt 5, 1-12 du 4éme dimanche.

Réjouissez-vous !
Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. (Mt 5, 3)

« Réjouissez-vous. Heureux êtes-vous. » (5, 12) C’est à ses disciples que Jésus s’adresse. Il s’adresse à ceux-là qui l’entourent, ceux qui ont répondu à son appel. Et Jésus de leur décrire ce qui les attend, leur avenir. Ils ont obéi à son appel, renoncé à tout pour le suivre. Cet appel a fait d’eux, de nous, des pauvres, des gens que l’on combat, des affamés.

« Heureux êtes-vous », nous déclare Jésus. Heureux à cause de l’appel de Jésus auquel nous avons répondu. Et Jésus de dresser le portrait de ses disciples : des pauvres de cœur, des doux, des affligés, des affamés de justice, des miséricordieux, des cœurs purs, des artisans de paix, des persécutés en raison de leur engagement pour la justice, c’est-à-dire pour leur obéissance à la loi de Dieu.

Les discours de Jésus dans l’évangile de Matthieu
L’évangile matthéen est construit en cinq grandes parties organisées sur le schéma gestes/paroles qui se traduit littérairement par une suite de récits et de discours. Ainsi les paroles de Jésus éclairent ses gestes. Cinq grands discours ponctuent le texte de Matthieu. Ils correspondent symboliquement aux cinq livres de la Torah, cœur de la Loi juive à laquelle Matthieu et sa communauté se réfèrent et réinterprètent à la lumière de leur foi en Jésus Christ. L’objectif de Matthieu serait de présenter la nouvelle Torah, celle des chrétiens. Jésus est ainsi désigné comme le nouveau Moïse, considéré comme l’auteur des cinq livres de la Loi. Les cinq discours de Matthieu sont : celui sur la montagne ou le nouveau chemin de vie (chapitres 5-7) ; le discours de mission (chapitre 10) ; le discours en paraboles ou le mystère du Royaume (13) ; le discours sur la vie en communauté (18) ; le discours sur la fin des temps ou le jugement du monde (24-25).

Abbé Marcel Villers

SOURCES : 169. FIDÉLITÉ ET SYNODALITÉ

SOURCES

Dans cette rubrique, il est question de sources, celles qui nous font vivre, celles qui donnent sens à notre action, celles qui contribuent à construire notre identité. La dernière lettre apostolique de Léon XIV, Une fidélité qui engendre l’avenir, consacrée au sacerdoce à l’occasion des soixante ans des décrets de Vatican II Optatam totius et Presbyterorum Ordinis, appartient à cette catégorie. Le pape y dessine une vision du prêtre en lien avec l’Église et le monde d’aujourd’hui que le journal La Croix résume avec ce titre : « la fin du prêtre en surplomb ».

Fidélité et synodalité

« J’en arrive à un point qui me tient particulièrement à cœur… la relation avec les fidèles laïcs au milieu desquels les prêtres, avec leur tâche spécifique, sont des frères parmi les frères, partageant la même dignité baptismale, unissant « leurs efforts à ceux des fidèles laïcs » et tirant parti « de leur expérience et de leur compétence dans les différents domaines de l’activité humaine, pour pouvoir avec eux discerner les signes des temps ».

Au lieu de dominer ou de concentrer toutes les tâches sur eux-mêmes, « ils découvriront et discerneront dans la foi les charismes des laïcs sous toutes leurs formes, des plus modestes aux plus éminents. » …

L’élan donné par le processus synodal est une invitation forte du Saint-Esprit à faire des pas décisifs dans cette direction…

Dans une Église toujours plus synodale et missionnaire, le ministère sacerdotal ne perd rien de son importance et de son actualité… « Les prêtres sont appelés à vivre leur service dans une attitude de proximité, d’accueil et d’écoute de tous, en s’ouvrant à un style synodal ».

Pour mettre en œuvre toujours mieux une ecclésiologie de communion, il convient que le ministère du prêtre dépasse le modèle d’un leadership exclusif qui détermine la centralisation de la vie pastorale et la charge de toutes les responsabilités confiées à lui seul, en tendant vers une conduite toujours plus collégiale dans la coopération entre les prêtres, les diacres et tout le Peuple de Dieu, dans cet enrichissement mutuel qui est le fruit de la diversité des charismes suscités par l’Esprit Saint…

Le sacerdoce ministériel et la configuration au Christ Époux ne doivent pas nous conduire à identifier la potestas sacramentelle avec le pouvoir, car « la configuration du prêtre au Christ Tête – c’est-à-dire comme source principale de la grâce – n’entraîne pas une exaltation qui le place au-dessus de tout le reste ».

Léon XIV, Une fidélité qui génère l’avenir, 8 décembre 2025, n° 20-22.

CLÉS POUR LIRE MATTHIEU : 10. PÊCHEURS D’HOMMES

Clés pour lire l’évangile de Matthieu

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Matthieu. Cette semaine : Mt 4, 12-23 du 3ème dimanche ordinaire.

Des pêcheurs d’hommes
Le long de la mer de Galilée, il vit deux frères. (Mt 4,18)

La mer, les vagues, l’horizon, les grands espaces. Quoi de plus clair pour évoquer le mouvement et le lointain ! Ce cadre permet de comprendre ce que dit et fait Jésus. Deux actes essentiels sont évoqués dans l’évangile. « Il vint habiter au bord de la mer » (4, 13). « Comme il marchait au bord de la mer, il vit deux frères » (4, 18).

« C’étaient des pêcheurs. Venez à ma suite » (4, 18-19). Pierre et André, Jacques et Jean, sont quelques-uns des nombreux pêcheurs sur la mer de Galilée. A l’appel de Jésus, « je vous ferai pêcheurs d’hommes » (4, 19), ils laissent tout pour le suivre : leurs barques, leurs filets, leurs pères, leur ville, tout leur monde familier.

Comme eux, « Convertissez-vous » (4,17) nous demande Jésus, prenez la route de la mer. Jésus aujourd’hui nous invite au grand large, à le suivre au bord de la mer, dans les Capharnaüm de notre époque.

La mer de Galilée
Lac de Tibériade ou de Génésareth, lac ou mer de Galilée, ces divers noms désignent le même plan d’eau qui occupe 21 km du nord au sud et 12 km d’est en ouest, sa profondeur varie entre 40 et 50 m. « L’eau est douce, assez limpide et poissonneuse ; la pêche y est encore de nos jours la principale source de revenu de la population riveraine. Au temps de Jésus, celle-ci était plus nombreuse que maintenant surtout sur la rive occidentale. Des brusques tempêtes n’y sont pas rares. » (Dictionnaire encyclopédique de la Bible, 1960).

Abbé Marcel Villers

ART ET FOI : CHRIST EN CROIX

LE CHRIST EN CROIX

La mort du Christ est rapportée par les quatre évangiles : Mc 15,33-37 ; Mt 27, 45-50 ; Lc 23, 44-46 ; Jn 19, 28-30.

Description du panneau
Le Christ a les yeux fermés. Il porte la couronne d’épines. Il est cloué à la croix par les mains et les deux pieds, le flanc droit percé par la lance d’où s’écoule le sang (Jn 19,34). Les jambes ne sont pas croisées. Au-dessus de sa tête, le titulus ou écriteau indiquant le motif de sa condamnation : « INRI » qui sont les lettres initiales des mots latins : Iesus Nazarenus Rex Iudaeorum, c’est-à-dire « Jésus le Nazaréen roi des Juifs », que Pilate avait fait mettre sur la croix selon Jean 19,20.
Des changements notables apparaissent dans la représentation de la Crucifixion au cours du XIIIe s. La croix va devenir beaucoup moins large. Du coup, la tablette qui supportait les pieds (suppedaneum), non attestée historiquement et n’apparaissant dans l’iconographie chrétienne qu’au VIIe siècle, disparait. Il n’y a plus de place pour des pieds parallèles fixés par deux clous. On passe d’un Christ à quatre clous à un crucifié à trois clous, les deux pieds étant ramenés l’un sur l’autre.

Sur le panneau du plafond de Theux, attribué à J. Helbig (1870) mais s’inspirant d’un original de 1630, on en reste aux quatre clous mais sans suppedaneum. On peut l’expliquer par le fait que le Concile de Trente, laisse aux artistes toute latitude à cet égard. » (Louis Réau, Iconographie de l’art chrétien, Paris, 1955-1959, p.480) Dès le début du XVe s., les bras du crucifié ne sont plus largement ouverts comme autrefois, et presque horizontaux, ils s’élèvent au contraire au-dessus de la tête et tendent à la verticale. La tête, qui était auparavant placée sur la traverse de la croix, est maintenant au-dessous. Le poids du corps porte sur les deux mains, et donne au corps l’image d’une sorte d’Y. Les jambes qui furent d’abord juxtaposées et les pieds seuls croisés, deviennent elles-mêmes croisées, le plus souvent la droite passée sur la gauche. (Emile Male, L’art français de la fin du moyen âge. L’apparition du pathétique, in Revue des Deux Mondes, tome 29, 1905). De nouveau, le panneau de Theux semble à mi-chemin entre ces deux modèles de Christ en croix.

Un détail, emprunté aux mystiques, achève la physionomie du Christ du XVe s. Il a été crucifié, non pas la tête nue, mais avec la couronne d’épines. Cette couronne apparaît au début du XIVe s. Les évangiles ne la mentionnent pas sur la tête de Jésus lors de sa crucifixion. D’ailleurs, la tradition iconographique montre d’abord un Christ à la tête nue, puis on trouve au XIe s. le Christus triumphans portant la « corona », diadème royal parfois réduit à un filet d’or orné d’une gemme sur le front. Ce n’est qu’à partir du XIIIe s., dans le cadre de la dévotion au Christus patiens, qu’apparaît l’iconographie de la couronne d’épines. (Jacques de Landsberg, L’art en croix : le thème de la crucifixion dans l’histoire de l’art, Paris, 2001, p. 30)

Abbé Marcel Villers

Illustration : panneau peint de la nef de l’église de Theux