SOURCES : 172. LES TROIS DU CARÊME

SOURCES

Dans cette rubrique, il est question de sources, celles qui nous font vivre, celles qui donnent sens à notre action, celles qui contribuent à construire notre identité. Le carême est un temps propice à la conversion, à l’approfondissement, à l’intériorité. Cessons de vivre à la surface, dans le superficiel et l’agitation. Où en sommes-nous dans notre recherche d’une vie pleine et féconde.

Les trois du carême

« Pour que nos prières puissent prendre plus facilement leur essor
et parvenir jusqu’à Dieu,
il faut leur donner les deux rites de l’aumône et du jeûne.

Notre prière, appuyée sur l’humilité et la charité,
sur le jeûne et l’aumône,
sur l’abstinence et le pardon des injures,
sur le soin que nous aurons de faire
le bien au lieu de rendre le mal,
d’éviter le mal et de pratiquer le bien. »

Le fonds de l’affaire est le lien établi entre les trois pratiques.

« Ces pieuses aumônes et ce jeûne frugal
sont les ailes qui aideront nos prières à monter vers le ciel. »
Saint Augustin relie les trois activités du jeûne, de la prière et de l’aumône.
.Le carême ne doit pas être un temps de prière avant tout
mais la période qui l’enrichit car elle donne l’aliment
dont elle a besoin pour s’élever.

Que toujours, elle s’abstienne de haine et qu’elle se nourrisse constamment d’amour. »

Saint Augustin, Sermons de carême.

AUGUSTIN D’HIPPONE (354-430), converti au christianisme par saint Ambroise de Milan, retourne en Afrique du Nord et y devient prêtre, puis évêque. Il a composé une œuvre immense de théologien comme de prédicateur. Il eut une influence prépondérante dans la pensée chrétienne occidentale.

CLÉS POUR LIRE MATTHIEU : 14. LE COMBAT DU FILS

Clés pour lire l’évangile de Matthieu

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Matthieu. Cette semaine : Mt 4, 1-11 du 1er dimanche du carême.

Au désert, le combat du Fils
Le tentateur s’approcha et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu… » (Mt 4, 3)

La vie chrétienne implique un combat, une lutte. Les tentations de Jésus sont représentatives des épreuves, des combats de l’homme de foi. Ce récit met en scène une réalité intérieure et permanente vécue par Jésus et le chrétien à sa suite.
Le démon cherche à installer la contradiction entre Jésus et Dieu, à placer un coin entre eux, à faire une brèche dans leur communion pour arriver à séparer Jésus et son Père.  Le démon installe le doute : « si tu es le Fils de Dieu… » Autrement dit, « en es-tu si sûr ? que Dieu te le prouve ! teste-le ! » Mais Jésus refuse : « Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. » (4, 7)
La stratégie du démon avait réussi avec Adam et Ève, elle échoue avec Jésus. L’arme décisive de sa victoire : l’obéissance, la communion à la Parole de Dieu, son Père. Il est bien le Fils dont « la nourriture est de faire la volonté de son Père » (Jn 4, 34). Car « ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » (4, 4) C’est dans la communion des volontés de Dieu et de l’homme qu’est le salut.

Tentations de Jésus, tentations d’Israël
« Jésus est Fils de Dieu en tant qu’il réalise par sa soumission au Père, l a vocation d’Israël, fils de Dieu. Aussi, Jésus répond-il au tentateur par des versets du Deutéronome qui font écho à l’expérience d’Israël au désert : expérience d’une manne de misère aiguisant la faim de la Parole (Dt 8, 3), triste expérience du doute à l’égard de la puissance divine (Dt 6, 16), expérience chronique de l’idolâtrie (Dt 6, 13) dont Matthieu semble craindre une reviviscence dans le rêve d’un messie dominateur politique. » (Claude TASSIN, L’Évangile de Matthieu, 1991)

Abbé Marcel Villers

SOURCES : 171. IL FRAPPE A LA PORTE

SOURCES

Dans cette rubrique, il est question de sources, celles qui nous font vivre, celles qui donnent sens à notre action, celles qui contribuent à construire notre identité. Le carême est un temps propice à la conversion, à l’approfondissement, à l’intériorité. Cessons de vivre à la surface, dans le superficiel et l’agitation. Où en sommes-nous dans notre recherche d’une vie pleine et féconde ?

Il frappe à la porte

 « Quelqu’un m’a regardé.
Il m’a dit que j’existais, qu’il voulait que j’existe, et donc que je n’étais pas rien.
Il m’a dit qu’en lui j’étais pardonné, guéri, recréé.

« Voici, je suis à la porte et je frappe. »
Et j’ai ouvert.

Plus profond que notre désespoir, il est là.
Plus haut que notre plus haute joie.
Plus haut que cette tension vers la plus haute vie.

Il est là.

Désormais
Dans l’intériorité de l’homme
Sans fusion ni séparation,
Dans l’incandescence des choses,
Sans confusion, pour l’eucharistie,
Dans le cri de Job de l’histoire,
Mais Dieu lui-même se fait Job
Et levain de libération,
Au désert de la transcendance.

Mais il refleurit dans Ton sang,
Dans le Visage des visages,
Défiguré, transfigurant,

Nous te louons et rendons grâce,
Ô Sagesse bariolée
Ô Souffle qui tout vivifie,
Ô Christ qui tout réunifie,
Ô abîme enfin révélé
source de tout amour, de toute liberté,
abba, le sein du Père ! »

Olivier Clément, L’autre soleil, 1975

OLIVIER CLÉMENT (1921-2009). Originaire du sud de la France, jeune professeur de lettres, il se convertit à la foi chrétienne et, à trente ans, reçoit le baptême dans l’Église Orthodoxe. Il se familiarise avec la pensée spirituelle et théologique russe en France dont le cœur est l’Institut de théologie Saint-Serge de Paris où il enseignera par la suite.

CLÉS POUR LIRE MATTHIEU : 13. MOI JE VOUS DIS

Clés pour lire l’évangile de Matthieu

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Matthieu. Cette semaine : Mt 5, 17-37 du 6éme dimanche ordinaire.

Eh bien ! moi, je vous dis
Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. (Mt 5, 17)

« Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux » (5, 20). Il est clair que pharisiens et scribes appliquaient, et scrupuleusement, la Loi de Dieu. Mais, pour Jésus, cette application avait tendance à rester extérieure. Il la veut intérieure, venant d’un acte libre, délibéré et personnel. Il n’est pas question d’un rigorisme accru dans l’obéissance à la Loi, mais d’un engagement plus personnel parce que plus intériorisé.

Jésus n’ajoute rien à la Loi de Moïse et aux prescriptions qui en découlent. Il ne fait que mettre en évidence la nécessité d’aller aux racines, les causes comme les motifs de l’action. Si l’on condamne le meurtre, il faut aller jusqu’à sa racine qui est la colère, l’insulte ou la malédiction. De même pour l’adultère : « tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur » (5, 28). Enfin, dans le domaine du langage, « que votre parole soit « oui » si c’est « oui », « non », si c’est « non » » (5, 37).

Vous avez appris… Mais moi, je vous dis.
« Jésus semble ne s’autoriser que de lui-même, sans s’appuyer sur aucune autorité reconnue et vérifiable. Chaque évangile insiste sur l’autorité souveraine de Jésus. En disant : « Mais moi, je vous dis », Jésus ne se contente pas de s’opposer à Moïse ; il met son moi sur le même plan que le moi de Dieu. Car la Loi ne fait autorité qu’en tant qu’elle a été donnée par Dieu, et Moïse qu’en tant que son médiateur. De même quand il introduit un propos par la formule : « Amen, je vous le dis », Jésus revendique Dieu pour auteur de sa propre parole. Son amen garantit la vérité de sa parole comme vérité de Dieu. Jésus ose parler et agir à la place de Dieu. C’est Dieu et nul autre qui fonde sa parole. » (Heinz ZAHRNT, Jésus de Nazareth. Une vie, 1996) Cette autorité de Jésus a frappé ses contemporains et révèle une expérience de Dieu unique : il est le Fils.

Abbé Marcel Villers