ART ET FOI : SAINT LAURENT

ART ET FOI. PLAFOND DE L’ÉGLISE DE THEUX.

Nous vous proposons la découverte des panneaux, datant de 1630, ornant le plafond de la nef de l’église de Theux. 66 médaillons figurent un(e) saint(e), dont plusieurs de Marie, des scènes de la Passion du Christ, de sa gloire, etc. Deux fois par mois, le mardi, un de ces médaillons sera présenté.

 LAURENT (210/220-258)

Diacre du pape Sixte II (257-258) avec qui il est martyrisé à Rome en 258.

Fêté le 10 août. Patron de Rome après Pierre et Paul. Patron des pompiers, des rôtisseurs et des charbonniers. Invoqué pour guérir des brûlures et protéger des incendies.

Attributs

Revêtu de la dalmatique, portant la tonsure monacale, il lit l’Évangile qu’il est chargé d’enseigner et de prêcher. Il porte le gril, instrument de son supplice.

Originaire, selon la légende, d’Aragon (Espagne), Laurent fut un des sept diacres de Rome, ordonné par le pape Sixte II qu’il suivit dans le martyre lors de la persécution de l’empereur Valérien en 258.

Il était trésorier de l’Église et, selon la légende qui date de la fin du Ve s., ses persécuteurs lui demandèrent de leur en livrer les richesses. Il répondit en amenant des orphelins : « Voilà les trésors de l’Église que je vous avais promis. J’y ajoute les perles et les pierres précieuses, ces vierges et ces veuves consacrées à Dieu ; l’Église n’a point d’autres richesses ». Furieux, le préfet Cornelius le fit déchirer à coups de fouet, puis rôtir à petit feu, sur un gril au-dessus d’un lit de braises. Légendaire, cet instrument devint l’attribut habituel du saint.

Sur son tombeau s’éleva, sous Constantin, une des principales basiliques romaines : Saint-Laurent-hors-les-Murs. « Laurent compte au petit nombre des saints romains à avoir reçu très vite un culte officiel, et dont les Pères de l’Église ont contribué à asseoir et diffuser l’histoire. LaPassion qui en a été le récit et que retiendra la Légende dorée (œuvre du XIIIe s.) n’est sans doute pas antérieure au Ve-VIe s., et sa valeur historique est très faible, mais c’est elle qui impose l’image de Laurent, martyr de Rome, et pendant d’Étienne, le protomartyr de Jérusalem. » (André MANDOUZE (dir.), Histoire des saints, tome III, 1987)

L’importance de saint Laurent tient à deux éléments : l’image du diacre fidèle jusqu’à la mort à son évêque, et modèle du clerc chargé de l’administration des biens de la communauté, modèle de l’ordre sacerdotal, mais aussi l’image du troisième patron de Rome, avec les deux apôtres Pierre et Paul (qui le suivent dans l’ordre des panneaux du plafond de l’église de Theux), car il est non seulement secourable, mais accroît la gloire de Rome et donc son rayonnement : « Que Rome devienne aussi célèbre, grâce à Laurent, que Jérusalem avait été glorifiée par Étienne ». Ces paroles de Léon le Grand résument bien l’idéologie de l’Église de Rome et sa prétention universelle.

Abbé Marcel Villers

HOMÉLIE : SEL ET LUMIÈRE. THEUX 5° DIMANCHE ORDINAIRE

5° Dimanche Ordinaire A. Mt 5, 13-16
Theux 08-02-2026

« Vous êtes le sel de la terre.
Vous êtes la lumière du monde.
 »

Voilà comment Jésus définit ses disciples.
Est-ce bien de nous dont il parle ?

Sel de la terre, lumière du monde, ce n’est pas aujourd’hui que nous oserions l’affirmer, encore moins le croire. Il suffit de considérer notre situation actuelle dans l’espace social de notre pays pour rester plus que modestes, conscients comme chrétiens d’être de fait minoritaires et même marginaux.

Sel de la terre, c’est-à-dire source d’espérance, de sens.
Lumière du monde, celle d’une Église qui brille pour tous et indique la voie du bonheur et de la vérité.

Aujourd’hui, sommes-nous vraiment perçus par nos concitoyens comme sel de la terre et lumière du monde ?

Jésus nous avait mis en garde. « Si le sel se dénature, comment redeviendra-t-il du sel ? ll n’est plus bon à rien ; on le jette dehors. »
N’est-ce pas notre situation de chrétiens dans la société belge ?

« La grande menace, pour nous, c’est la psychologie de la tombe qui transforme peu à peu les chrétiens en momies de musée, écrivait le pape François (Evangelii gaudium). Déçus par la réalité, par l’Église et par eux-mêmes, ils vivent la tentation constante de s’attacher à une tristesse douceâtre, sans espérance, qui envahit leur cœur comme le plus précieux des élixirs du démon. Appelés à éclairer et communiquer la vie, ils se laissent finalement séduire par une sorte de lassitude intérieure. »
N’est- pas notre état d’esprit depuis un certain temps ?

Et pourtant, le sel et la lumière de la vie, c’est encore ce qu’un certain nombre de nos compatriotes attendent de nous, de l’Église. Cette semaine, dans le journal Dimanche, un Dominicain, aumônier des étudiants d’Anvers, déclare : « Je constate qu’il y a de plus en plus de jeunes qui viennent vers nous. C’est un phénomène nouveau dont je me réjouis. Mais ces jeunes sont sans héritage et se sentent spirituellement perdus. C’est souvent en regardant des vidéos sur internet ou dans la confrontation avec d’autre étudiants qui sont musulmans par exemple, qu’ils viennent vers nous et nous demandent d’où venons-nous ? Expliquez-nous cette tradition chrétienne qu’on ne connaît plus. Expliquez-nous qui est le Christ. »

L’annonce missionnaire est à nouveau d’actualité. Le chrétien missionnaire, écrit François (E.G.), « est d’abord quelqu’un qui partage une joie, qui indique un nouvel horizon, qui offre un banquet désirable. L’Église ne grandit pas par prosélytisme mais par attraction. L’annonce du Christ ne peut être séparée d’actes significatifs. »

« Que votre lumière brille devant les hommes : alors, en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père des cieux. »
Il ne s’agit pas de faire des discours ou de mener des actions de propagande, mais d’accomplir ces actes de lumière dont parlait Esaïe :« Partage ton pain, recueille le sans abri, couvre celui qui est nu… alors ta lumière se lèvera dans les ténèbres. »

Finalement, le rayonnement des disciples n’est pas un but à rechercher en soi, ni pour soi-même.
C’est un fait : « la lampe est mise sur le lampadaire et elle brille ».
Depuis 2000 ans.

Abbé Marcel Villers

SOURCES : 170 FIDÉLITÉ ET MISSION

SOURCES

Dans cette rubrique, il est question de sources, celles qui nous font vivre, celles qui donnent sens à notre action, celles qui contribuent à construire notre identité. La dernière lettre apostolique de Léon XIV, Une fidélité qui engendre l’avenir, consacrée au sacerdoce à l’occasion des soixante ans des décrets de Vatican II Optatam totius et Presbyterorum Ordinis, appartient à cette catégorie. Le pape y dessine une vision du prêtre en lien avec l’Église et le monde d’aujourd’hui que le journal La Croix résume avec ce titre : « la fin du prêtre en surplomb ».

Fidélité et mission

« L’identité des prêtres se construit autour de leur être pour et est indissociable de leur mission. En effet, celui qui prétend trouver l’identité sacerdotale en la recherchant introspectivement dans sa propre intériorité ne trouve peut-être rien d’autre que des panneaux qui disent “sortie” :
sors de toi-même, sors à la recherche de Dieu dans l’adoration,
sors et donne à ton peuple ce qui t’a été confié,
et ton peuple aura soin de te faire sentir et goûter qui tu es,
comment tu t’appelles, quelle est ton identité
et il te fera te réjouir avec le cent pour un que le Seigneur a promis à ses serviteurs.

Deux tentations s’insinuent contre la fidélité à la mission.
La première consiste en une mentalité axée sur l’efficacité selon laquelle la valeur de chacun se mesure à ses performances, c’est-à-dire à la quantité d’activités et de projets réalisés. Selon cette façon de penser, ce que l’on fait passe avant ce que l’on est, inversant la véritable hiérarchie de l’identité spirituelle.

La deuxième tentation, à l’opposé, se qualifie comme une sorte de quiétisme effrayé par le contexte, on se replie sur soi-même en refusant le défi de l’évangélisation et en adoptant une approche paresseuse et défaitiste…

En toute situation, les prêtres sont appelés, par le témoignage d’une vie sobre et chaste, à apporter une réponse efficace à la grande soif de relations authentiques et sincères qui se manifeste dans la société contemporaine… À cette fin, il est nécessaire que les prêtres et les laïcs – tous ensemble – opèrent une véritable conversion missionnaire qui oriente les communautés chrétiennes, au service de la mission que les fidèles accomplissent dans la société… il apparaîtra ainsi plus clairement que la paroisse n’est pas centrée sur elle-même, mais qu’elle est orientée vers la mission et appelée à soutenir l’engagement de tant de personnes qui, de différentes manières, vivent et témoignent de leur foi dans leur profession et dans l’activité sociale, culturelle et politique.

Léon XIV, Une fidélité qui génère l’avenir, 8 décembre 2025, n° 23-24.26

CLÉS POUR LIRE MATTHIEU : 12. SEL ET LUMIÈRE

Clés pour lire l’évangile de Matthieu

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Matthieu. Cette semaine : Mt 5, 13-16 du 5éme dimanche ordinaire.

Sel et lumière pour les hommes
Voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père. (Mt 5, 16)

« Vous êtes le sel de la terre. Vous êtes la lumière du monde. » Il n’est pas dit : « vous devez être le sel, vous devez être la lumière. » Cela ne dépend pas de la volonté des disciples d’accepter ou non. Jésus ne leur lance pas une invitation à être sel ou lumière. Ils le sont, qu’ils le veuillent ou non, par leur réponse à l’appel de Jésus.

« Que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux » (5, 16). Il ne s’agit pas de faire des discours ou de mener des actions de propagande, mais d’être ce que nous sommes, des disciples de Jésus. Le rayonnement des disciples n’est pas un but, c’est un fait : « la lampe brille » (5, 15). C’est de surcroît qu’elle peut amener les hommes à rendre gloire à Dieu.

« Vous êtes le sel de la terre. Vous êtes la lumière du monde. »
La double image évangélique du « sel de la terre » et de « la lumière du monde » sert souvent à caractériser des manières distinctes, voire successives, de se situer comme chrétiens dans la société. Au long du XXe siècle, on a vécu ces deux modalités de présence et d’action. Les chrétiens se sont d’abord profondément immergés dans la société y œuvrant avec tous à l’avènement d’un monde nouveau. On a parlé ainsi d’enfouissement, à l’image de ces prêtres se faisant ouvriers. La fin des années ’70 marqua un déclin de cette posture de discrétion chrétienne. L’heure était venue d’une nouvelle stratégie, celle d’une visibilité assumée. Et aujourd’hui, en Belgique, discrétion ou visibilité, sel ou lumière ? N’est-il pas venu le moment d’un catholicisme affirmatif ?

Abbé Marcel Villers