CLÉS POUR LIRE LUC : CHANDELEUR

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Luc. Cette semaine, Lc 2,22-40 : la présentation de Jésus au Temple ou la Chandeleur.

Il sera un signe de contradiction
Le père et la mère de l’enfant s’étonnaient de ce qui était dit de lui. (Lc 2,33)

Ce ne sont pas Marie et Joseph, ses parents, qui nous présentent Jésus, mais c’est à eux qu’est présenté leur propre fils. Deux vieillards, Syméon et Anne, leur révèlent la véritable identité de leur enfant : il est la gloire d’Israël et la lumière qui éclaire tous les peuples, sauveur universel, des Juifs comme des païens.

« Cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. » (2,34) Jésus, en effet, sera source de division parmi son peuple. Il sera rejeté et finira sur une croix. Alors le salut passera aux païens.

« Ton âme sera traversée d’un glaive. » (2,35) Comme mère du Messie, Marie souffrira plus que les autres Israélites ; elle sera partagée entre son fils et son peuple.

Les pauvres de Yahvé
« Après l’exil (587 av. J.-C.), on voit apparaître, au sein du peuple, une classe de pauvres formée de ceux qui ont été spoliés par des compatriotes sans scrupules. Le livre des Psaumes est, par excellence, la voix de ces ‘pauvres d’Israël’. Parce qu’ils n’ont plus rien, parce qu’ils sont méprisés et calomniés, ils attendent la vengeance de l’Éternel et la justice dont ils savent qu’elle ne peut venir que de Dieu (Ps 40,18 ; 109,31 ; 69,34). Ce sont ceux dont le N.T. nous dit qu’ils attendaient ‘la consolation d’Israël’ (Lc 2, 25) et ‘la délivrance de Jérusalem’ (Lc 2,38). Syméon, Anne, Joseph, Marie sont de ce nombre. C’est au sein de ces pauvres que l’espérance messianique était particulièrement vive (Lc 1,51-53 ; 2,8-14 ; 2, 25-38). Ils ont été les plus disposés à accueillir le Christ. On comprend alors que Jésus ait pu leur dire : ‘Heureux vous qui êtes pauvres, car le royaume de Dieu est à vous.’ » (Lc 6,20) » (J.J. VON ALLMEN, Vocabulaire biblique, 1969)

Abbé Marcel Villers

SOURCES : 119. LA GRÂCE BAPTISMALE

SOURCES

En ce début d’année, la liturgie dominicale nous fait découvrir les premiers faits et gestes de Jésus. Invitation à nous remémorer nos premiers pas à sa suite, lui le chemin et la vie. Méditons sur le premier moment, notre baptême, fondement et entrée dans l’existence chrétienne.

                   Spiritualité de l’instant

« La vie spirituelle sera la lente prise de conscience
de la grâce baptismale
au sens d’une transformation de l’homme tout entier.
Le rythme baptismal de mort et de résurrection
éclaire les moments initiatiques de notre destinée.

Quant tout semble perdu,
la grâce baptismale peut transformer
une situation de mort en situation de résurrection,
une impasse apparente en nécessaire rupture de niveau.

Il faut apprendre, et c’est tout le sens de l’ascèse,
à écarter les obstacles, à arracher les peaux mortes,
pour laisser monter en soi la vie même du Christ,
son grand souffle de résurrection.

L’instant doit devenir baptismal,
instant d’angoisse et de mort
si je veux le retenir et mesure alors son inexistence,
instant de résurrection
si je le reçois humblement comme un présent,
aux deux sens du terme, presque comme une manne.

Jusqu’à l’instant de l’agonie
où les eaux de la mort se refermeront à nouveau sur nous,
mais que notre baptême, à la mesure de notre foi,
transformera en matrice d’éternité. »

Olivier CLÉMENT, Sources. Les mystiques chrétiens des origines, 1982.

OLIVIER CLÉMENT (1921-2009). Originaire du sud de la France, jeune professeur de lettres, il se convertit à la foi chrétienne et, à trente ans, reçoit le baptême dans l’Église Orthodoxe. Il se familiarise avec la pensée spirituelle et théologique russe en France dont le cœur est l’Institut de théologie Saint-Serge de Paris où il enseignera par la suite.

CLÉS POUR LIRE LUC : 10. UN RÉCIT ORIENTÉ

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Luc. Cette semaine, Lc 1,1-4 ; 4,14-21 du 3ème dimanche du temps ordinaire.

Composer un récit des événements
Afin que tu te rendes bien compte de la solidité des enseignements entendus (Lc 1,4)

Luc se présente comme un historien : il se réfère à ses prédécesseurs, il recherche avec précision des informations, se soucie des témoins oculaires et compose son récit avec ordre. Mais ses sources sont essentiellement ecclésiales, l’histoire qu’il écrit est une histoire sainte dont l’acteur premier est Dieu, son objectif est catéchétique.

Le destinataire du livre de Luc est appelé « Théophile » qui peut désigner un illustre converti d’origine païenne (son nom est grec), mais aussi chacun des « amis de Dieu » (traduction de théophile). La formule « enseignements entendus » résume le processus de transmission que nous nommons la catéchèse. Voilà qui éclaire le but de Luc : persuader son lecteur de la « solidité » de la catéchèse reçue.

Ce prologue de Luc précise bien le statut de ce genre particulier d’écrits que sont les évangiles. Des œuvres littéraires et donc reflets de la personnalité d’un auteur comme de sa théologie dont l’objectif est plus catéchétique qu’historique au sens contemporain.

Qui est Luc ?
« Luc est l’auteur, non seulement d’un évangile, mais des Actes des Apôtres : les deux tomes d’un grand ouvrage, unique parmi les auteurs du Nouveau Testament. Luc est aussi un personnage unique parmi tous ces Juifs devenus chrétiens : seul Grec, seul païen d’origine.
Né à Antioche, converti sans doute par saint Paul, qui l’appelle « le médecin bien-aimé » (Col 4,14), son « collaborateur » (Phm 24). Il accompagne l’Apôtre dans ses voyages (2 Tm 4,11 ; 2 Co 8,18). Grec de Syrie, il écrit le meilleur grec de tout le Nouveau Testament. Converti, et peut-être proche du judaïsme avant de rencontrer Paul, il est nourri de la Septante (traduction grecque de l’Ancien Testament) qu’il cite souvent dans son évangile. » (Sœur Jeanne d’Arc, Luc, 1986, p. VII-X)

Abbé Marcel Villers

SOURCES : 118. TRIPLE IMMERSION

SOURCES

En ce début d’année, la liturgie dominicale nous fait découvrir les premiers faits et gestes de Jésus. Invitation à nous remémorer nos premiers pas à sa suite, lui le chemin et la vie. Méditons sur le premier moment, notre baptême, fondement et entrée dans l’existence chrétienne.

                Triple immersion

« Dans l’eau se dissolvent les indurations de l’âme,
les callosités du cœur.
L’ homme devient à nouveau ductile
et reçoit une forme de lumière
que symbolise le vêtement blanc
dont on le revêt quand il émerge
symbole de son corps de gloire.

La triple immersion signifie
d’une part, les trois jours passés
par le Christ au tombeau,
un tombeau que sa résurrection a transformé,
dit la liturgie pascale, en chambre nuptiale.

Car le baptême reprend, actualise
le vendredi et le samedi saints
pour culminer à Pâques.
C’est pour quoi, c’est dans la nuit de Pâques
que l’Église confère, de préférence, le baptême.
L’eau mortelle devient matricielle
par cette identification au tombeau vide.

La triple immersion célèbre, d’autre part,
les Trois Personnes de la Trinité
au nom desquelles est donné le baptême.
Le nom signifie la présence.
Le baptême qui se fait en Christ
et permet de recevoir l’Esprit,
nous introduit dans la maison du Père.
Il nous confère un mode d’existence trinitaire. »

Olivier CLÉMENT, Sources. Les mystiques chrétiens des origines, 1982.

OLIVIER CLÉMENT (1921-2009). Originaire du sud de la France, jeune professeur de lettres, il se convertit à la foi chrétienne et, à trente ans, reçoit le baptême dans l’Église Orthodoxe. Il se familiarise avec la pensée spirituelle et théologique russe en France dont le cœur est l’Institut de théologie Saint-Serge de Paris où il enseignera par la suite.