SOURCES : 110. DIEU IMMENSE

            Dieu immense

« Dieu, notre Père,
nous ne sommes pas à la mesure
des dons que tu nous fais.

Ta vie nous déborde de toutes parts.
Tes appels nous dérangent,
nous délogent,
et devant ton amour,
nous sommes démunis.

Apprends-nous à nous réjouir
en ton immensité,
à te chercher
sans craindre l’imprévu,
à t’accueillir
avec la confiance d’un tout-petit,
pour que grandisse en nous
ta ressemblance
et que nous devenions tes enfants. »

Jean-Yves Quellec, Dieu nous prend en chemin, 1979.

JEAN-YVES QUELLEC, né en 1945 au Conquet en France, ordonné prêtre en 1969 dans le diocèse de Quimper, entre ensuite au Monastère Saint-André de Clerlande dans le Brabant wallon en 1978. Prieur de la communauté de 2009 à 2014. Auteur de différents ouvrages aux accents poétiques, il est décédé en 2016.

CLÉS POUR LIRE MARC : 51. TOUT PASSE

Clés pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 13, 24-32 du 33e dimanche du temps ordinaire.

Le ciel et la terre passeront
Sachez que le Fils de l’homme est proche, à votre porte. (Mc 13,29)

Pour le prophète Daniel (7, 13-27), le Fils de l’homme est la figure du juge de la fin des temps qui viendra rassembler « les élus des quatre coins du monde » (13,27) pour les introduire dans le monde céleste d’où il est venu. Cette figure du jugement dernier devient chez Marc celle de la parousie ou retour en gloire de Jésus pour le salut de tous. Le message de l’évangile est au carrefour de deux courants : il coule un message optimiste – le salut – dans un cadre apocalyptique pessimiste – la catastrophe finale.
L’annonce de la fin du monde n’est donc pas vue comme un malheur, mais une Bonne nouvelle : enfin, le Seigneur Jésus tant aimé et tant attendu revient. « Oh ! Viens Seigneur Jésus ! » était le cri des premiers chrétiens, cri d’amour et d’impatience.
Le Seigneur Jésus est proche, il est sur le seuil, devant la porte. Reste à lui ouvrir, ce qui fait du chrétien le gardien de la porte de l’histoire.

Le grand bouleversement cosmique
« Le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa clarté, les étoiles tomberont du ciel. » (13,24-25) Cette description s’inspire d’images tirées des prophètes (Isaie 13,10 ; 34,4). « La chute des étoiles et surtout l’obscurcissement du soleil et de la lune brisent le rythme des nuits et des jours, autrement dit le calcul de la temporalité ; le rythme du calendrier est brisé. Peut-on mieux marquer la fin du temps, la fin de l’histoire ?
Par ailleurs, l’impuissance de Sol et Luna, la chute des divinités stellaires pouvaient être comprises par les lecteurs romains de Marc comme la fin des idoles gréco-romaines. » (Camille FOCANT, L’évangile selon Marc, 2011, p.498).

Abbé Marcel Villers

SOURCES : 109. GRAND ET MISÉRABLE

                                  Grand et misérable

« L’homme est comme un étranger à lui-même, grand et misérable.
Grand par sa raison, par sa capacité à dompter ses passions,
grand même en ce qu’il se connaît misérable.
Il aspire à autre chose qu’à assouvir ses instincts ou à leur résister,
car ce qui est nature aux animaux nous l’appelons misère de l’homme.

Il existe une proportion insupportable
entre d’un côté notre volonté infinie d’être heureux et de connaître la vérité,
et de l’autre côté notre raison limitée et notre faiblesse physique,
qui aboutit à la mort.

La force de Pascal est dans son réalisme implacable.
Il ne faut pas avoir l’âme fort élevée
pour comprendre qu’il n’y a point ici de satisfaction véritable et solide,
que tous nos plaisirs ne sont que vanité,
que tous nos maux sont infinis
et qu’enfin la mort qui nous menace à chaque instant
doit infailliblement nous mettre dans peu d’années,
dans l’horrible nécessité d’être éternellement
ou anéantis, ou malheureux.
Il n’y a rien de plus réel que cela, ni de plus terrible. »

Pape François, Grandeur et misère de l’homme, Lettre apostolique, 2023.

CLÉS POUR LIRE MARC : 50. SUPERFLU OU INDIGENCE

Clés pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 12, 38-44 du 32e dimanche du temps ordinaire.

De son superflu ou de son indigence
Cette pauvre veuve a mis plus que tous. (Mc 12,43)

Elle n’avait que deux piécettes et elle les met toutes deux dans le tronc. Elle aurait pu se contenter de n’en donner qu’une, la moitié de ce qu’elle avait. Mais non, elle a tout donné, « tout ce qu’elle avait pour vivre. » (12, 44) La veuve n’a rien donné de son superflu, car elle ne possédait que ce qu’elle a donné.
Et Jésus conclut : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le Trésor plus que tous les autres. Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence. » (12, 43-44) En donnant tout ce qu’elle a, cette femme s’en remet totalement à Dieu. Le geste de la veuve enseigne ce qu’est la vraie religion, le juste rapport à Dieu : la confiance, cette disposition intérieure qui nous engage tout entier. Là est la vraie religion : le don de soi, dans la confiance totale en Dieu.

Les veuves
Un homme doit assurer à sa famille les besoins élémentaires et tant qu’il est vivant, les droits de son épouse sont protégés. Par contre, à sa mort, la veuve perd toute ressource. C’est la raison pour laquelle, dans la Bible, la veuve et l’orphelin sont les pauvres parmi les pauvres, bénéficiant de l’attention particulière de Dieu. D’où une organisation d’assistance spécifique (Ac 6,1) est mise en place dans les premières communautés chrétiennes.
Dans le monde romain, une veuve de milieu aisé peut profiter de sa situation de célibataire pour exercer des fonctions publiques. On connaît le cas de « Phébée, notre sœur, écrit Paul, ministre de l’Église qui est à Cencrées (près de Corinthe). » (Ro 16,1) Ainsi, il apparaît que, dans les premiers temps de l’Église, les veuves formaient un ”ordre” (une catégorie officielle) et assumaient un ministère avec d’autres femmes. Cela ressort clairement de la lettre à Timothée : « Ne peut être inscrite au groupe des veuves qu’une femme d’au moins soixante ans, n’ayant été mariée qu’une fois. Elle devra produire le témoignage de sa bonne conduite… » (1 Tim 5,3-16) (Maurice AUTANÉ, Femmes de la Bible,  www.bible-service.net)

Abbé Marcel Villers