CLÉS POUR LIRE MATTHIEU : 6. JÉSUS LE NAZARÉEN

Clés pour lire l’évangile de Matthieu

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Matthieu. Cette semaine : Mt 2, 13-15.19-23 du  dimanche de la Sainte Famille.

Jésus le Nazaréen
Joseph prit l’enfant et sa mère et se retira en Égypte.
De retour, il vint habiter Nazareth. (Mt 2, 14. 23)

« Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr » (2, 13). La haine d’Hérode oblige à fuir. Le destin de Jésus se lit dès ses premiers jours, il connaîtra la souffrance, la persécution et sera tué, nouveau massacre de l’Innocent.
Mais « d’Égypte, j’ai appelé mon fils » (2, 15). Comme les Hébreux, persécutés par Pharaon, Jésus sortit d’Égypte et entra dans le pays d’Israël (2, 21). Il vint habiter Nazareth en Galilée « pour que soit accomplie la parole dite par les prophètes : Il sera appelé Nazaréen » (2, 25).
Deux noms nouveaux scandent cette anticipation de la destinée de Jésus. Il est « mon fils » dit Dieu et le Nazaréen sera son appellation la plus fréquente.

Pour que soit accomplie la parole du Seigneur
Cette formule, suivie d’une citation de l’Ancien Testament, revient une douzaine de fois dans l’évangile de Matthieu. « Il s’adresse à des gens nourris de la Bible, qui voient en elle la Parole de Dieu : ils croiront en Jésus comme Messie si sa vie et son œuvre correspondent à ce que dit la Bible. Par ces citations, Matthieu confirme la nécessité du rapport entre Jésus et l’Ancien Testament, mais il invite à renverser ce rapport : ce n’est pas la Bible qui dit ce que doit être le Christ ; c’est la foi en Jésus comme Christ qui dit comment lire la Bible. Jésus accomplit, donne un sens plein, inattendu, aux prophéties bibliques. Celui qui croit en Jésus croit aussi que, dans l’Ancien Testament, Dieu ne parle que du Christ à venir. » (Claude TASSIN, L’Évangile de Matthieu, 1991)

Abbé Marcel Villers

CLÉS POUR LIRE LUC : 5. NATIVITÉ DU SEIGNEUR

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile. Cette semaine : Lc 2,1-14 de la Nativité du Seigneur.

Aujourd’hui vous est né un Sauveur
Il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable qui louait Dieu en disant :
Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime
(Lc 2,13-14)

A l’ange qui vient de proclamer l’Évangile : « Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur » (2,10-11), répond la louange liturgique de la troupe céleste. Nous retrouvons ainsi la structure de notre célébration eucharistique : proclamation et louange.

Dans une traduction littérale, cet hymne de louange peut être décomposé en trois injonctions qui résument notre prière en ce jour de Noël.
« Gloire à Dieu dans les hauteurs » : c’est là qu’elle est le mieux, la gloire. Quand les hommes la veulent pour eux, ils la souillent de leurs vanités.
« Sur la terre, paix » : que pourraient souhaiter d’autre les anges ?
« Parmi les hommes, bienveillance » : la bienveillance sourit aux faiblesses, compatit aux douleurs et porte sur le monde un regard indulgent, toujours espérant. (France QUÉRÉ, Jésus enfant, 1992, p.172)

Les anges
Les fonctions remplies par les anges dans les évangiles appartiennent au genre « apocalypse », c’est-à-dire révélation du secret de Dieu, par exemple sur Jean Baptiste ou sur Jésus ou sur le tombeau vide. Ce ne sont pas des apparitions angéliques du type des apparitions de Dieu ou de l’Ange du Seigneur que nous trouvons dans l’Ancien Testament, ce sont des visions apocalyptiques, à la mode du prophète Daniel avec qui ces textes ont beaucoup d’affinités. Les anges apparaissent essentiellement dans les évangiles de l’enfance et les récits de résurrection, soit au début et à la fin des évangiles. Ils interviennent sous forme de visions de la part de Marie ou des bergers ou des femmes au tombeau. Leur fonction est de communiquer une révélation, comme dans les apocalypses. C’est bien le sens du grec « aggelos » qui signifie littéralement : « envoyé, messager, ambassadeur ».

Abbé Marcel Villers

SOURCES : 165 ABANDON A DIEU

SOURCES

Dans cette rubrique, il est question de sources, celles qui nous font vivre, celles qui donnent sens à notre action, celles qui contribuent à construire notre identité. Aujourd’hui comme hier, nous avons besoin de boire à ces sources pour vivre et donner sens à notre engagement. Méditons en ce temps d’Avent sur le mystère de l’Incarnation.

Abandon à Dieu

« La condition sociale de Jésus.
En premier lieu, il exerce le  métier d’artisan ou de charpentier.
Il s’agit de personnes vivant du travail manuel.
N’étant pas propriétaires de terres,
ils sont considérés comme inférieurs aux paysans.

Lorsque le petit Jésus est présenté au Temple par Jésus et Marie,
ses parents offrent une paire de tourterelles ou de colombes
qui, selon les prescriptions du Lévitique,
était l’offrande des pauvres.

Un épisode évangélique assez significatif (Mc 2, 23-28)
nous raconte comment Jésus, avec ses disciples,
cueille des épis pour se nourrir en traversant un champ,
et cela, glaner dans les champs,
n’était permis qu’aux pauvres.

Jésus lui-même dit à son sujet :
« Les renards ont des tanières
et les oiseaux du ciel ont des nids ;
le Fils de l’homme n’a pas où reposer la tête. » (Mt 8, 20)

Il est, en effet, un maître itinérant
dont la pauvreté et la précarité
sont le signe de son lien avec le Père,
et qui sont exigées aussi de ceux qui veulent
le suivre sur le chemin du disciple,
précisément pour que le renoncement
aux biens, aux richesses et aux sécurités de ce monde
devienne un signe visible
de l’abandon à Dieu et à sa providence. »

Léon XIV, Dilexi te, 4 octobre 2025, n° 20.

CLÉS POUR LIRE MATTHIEU : 4. NE CRAINS PAS JOSEPH

Clés pour lire l’évangile de Matthieu

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Matthieu. Cette semaine : Mt 1, 18-24 du 4ème dimanche de l’Avent.

Comment fut engendré Jésus Christ
Joseph, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse.
(Mt 1, 20)

« Joseph, son époux, était un homme juste » (1, 19), c’est-à-dire un homme religieux qui n’a qu’un désir : se soumettre en tout à la volonté de Dieu. Puisque l’enfant porté par Marie vient de l’Esprit Saint » (1, 20), alors Joseph ne peut mettre la main dessus, ne peut s’arroger ce qui appartient à Dieu et à lui seul.

Mais Dieu lui donne mission, non pas de s’effacer, mais de tenir sa place d’époux près de Marie et de veiller paternellement sur l’enfant. Si Marie met au monde, c’est Joseph qui donne le nom, c’est-à-dire une identité sociale à cet enfant. Mais quel nom ? La question est capitale puisque le nom nous permettra de savoir qui est l’enfant de Marie, quelle est sa mission. Deux noms apparaissent : « Jésus, c’est-à-dire : le Seigneur sauve » (1,21) et « Emmanuel, qui se traduit : « Dieu-avec-nous. » (1, 23)

L’évangile de l’enfance selon Matthieu
Matthieu raconte l’enfance de Jésus du point de vue de Joseph, Luc plutôt du point de vue de Marie ; les perspectives sont différentes, les épisodes ne sont pas les mêmes. Chez Matthieu, pas d’annonciation, pas de nativité, pas de bergers, pas d’anges, pas de Jésus au Temple ni parmi les docteurs. Autant, en Luc, tout chante la joie et la gloire, autant chez Matthieu, l’atmosphère est plus sombre : Joseph veut s’éloigner de Marie, les Mages surprennent Hérode qui se découvre un concurrent, la furie d’Hérode entraîne la fuite et l’exil de Jésus, le massacre des innocents ; ce sera enfin le retour de Jésus, mais en Galilée par crainte du successeur d’Hérode. Dans toutes ces péripéties, le héros est indubitablement Joseph, figure d’Israël qui accueille, protège et prend soin de Jésus-Messie.

Abbé Marcel Villers