HOMÉLIE : L’ ASCENSION DU SEIGNEUR THEUX 2025

L’ Ascension du Seigneur

Il se sépara d’eux et fut emporté au ciel.
Jésus est arrivé au terme de sa course. Venu du ciel pour partager la condition humaine, il retourne là d’où il est venu : au ciel. Tout au long de son temps terrestre, il a manifesté l’amour de Dieu pour les petits et les pauvres, les malades et les pécheurs, annonçant ainsi un monde nouveau. Mais « les siens ne l’ont pas reçu » (Jn 1,11), ils l’ont supprimé en le crucifiant, mais Dieu l’a ressuscité le troisième jour.

L’ascension, c’est la victoire de Jésus, il est au ciel, assis à la droite de Dieu. Avec toute son humanité, Jésus est monté au ciel. Il est le Premier. « Je pars vous préparer une place… je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez vous aussi. » (Jn 14, 3) Là où est Jésus, là nous serons. Le ciel est l’avenir de l’homme, le terme et donc le sens de notre existence. On comprend que les apôtres fixaient le ciel où Jésus s’en allait. Ils ont raison de le fixer. Là est l’aboutissement de notre vie. Alors, nous dit saint Paul, « recherchez les réalités d’en haut, , c’est là qu’est le Christ. Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre… » (Col 3, 1-3)

L’ascension nous détournerait-elle de la terre et des hommes ? Il est vrai qu’à certaines époques, les chrétiens ont succombé à cette tentation. A force comme les apôtres de fixer le ciel, ils en étaient arrivés à mépriser cette terre et la condition humaine. La vie dans ce monde était vécue comme un temps d’épreuve, une sorte de test pour obtenir le droit d’entrer au ciel, notre véritable destination. La prière du Salve Regina exprime bien cette conception. S’adressant à la Vierge Marie, elle dit : « Vers toi nous élevons nos cris, pauvres enfants d’Ève exilés. Vers toi nous soupirons, gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes. »

En contre-point à ce regard exclusif tourné vers le ciel, les anges nous interrogent. Pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ?
Le départ du Christ est appel à l’engagement en ce monde. La foi n’est pas une fuite ou une démission. Elle ne se satisfait pas de cette terre telle qu’elle est, souvent une sinistre vallée de larmes pour bien des hommes et des femmes. Un autre monde est possible, une autre terre est attendue.

Au cœur de l’histoire, le chrétien avance en boitant, les pieds dans la glaise, et même dans la boue mais tout autant tendu vers Celui qui nous attend au ciel, auprès de Dieu. L’Ascension, loin de nous détourner de la terre et de l’humain, nous y ramène. Elle définit le point stratégique de toute vie chrétienne : tendue entre le désir du ciel et le service des hommes. Car en même temps qu’il « recherche les choses d’en haut » (Col 3,1), le chrétien entend l’appel pressant de ses frères à plus de justice et de dignité.

Le chrétien est condamné à boiter. Il habite ce monde et ses limites, mais il se veut déjà tendu vers le ciel, auprès du Christ. Le chrétien veut les contraires : le ciel et la terre, Dieu et ses frères.
Pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ?
Sans le ciel, la terre est vide.
Sans la terre, le ciel n’est qu’un rêve.

Abbé Marcel Villers

HOMÉLIE : 4° DIMANCHE DE PÂQUES. ACTION DE GRACES POUR LE PAPE LÉON XIV THEUX

4° Dimanche de Pâques. Jn 10,27-30. Theux 2025
Action de grâce pour le pape Léon XIV

Ce dimanche, nous avons la joie de rendre grâce ensemble pour l’élection du nouveau Pape. Nous prierons pour lui au cours de cette célébration. Que le Seigneur donne au pape Léon XIV la grâce et la force pour assurer le ministère de Pierre dans l’Église. Service de l’unité et de la communion, service de l’humanité dans la charité. Léon XIV se veut serviteur de la paix à la suite du Christ, le Bon Pasteur.

Ce dimanche, journée annuelle des vocations, notre évêque nous demande de prier pour que soit donnés à notre Église des pasteurs, mais aussi des diacres, des catéchistes, des serviteurs de la prière et de l’évangélisation. La pénurie est aujourd’hui un fait ; il reste 4 séminaristes pour toute la partie francophone de notre pays. Nous sortons inéluctablement d’une Église cléricale. C’est bien un des enjeux du pontificat qui s’ouvre : passer à une Église synodale. 

Je suis le Bon Pasteur.  Mes brebis écoutent ma voix.  Moi, je les connais.
Tout se joue dans le rapport intime à Jésus.
Écouter sa voix, c’est ce qui fait le disciple : être à l’écoute, écoute de la parole du maître.
Mes brebis écoutent ma voix. Voilà le secret de l’unité du troupeau : la voix du berger, la parole du Christ, est bien la source de la communion qu’est l’Église.
Pierre le confesse au nom de tous : A qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle.
Tout se joue dans le rapport à Jésus, non seulement à sa parole, mais à sa personne.
Simon, m’aimes-tu plus que ceux-ci ?  Oui, Seigneur, je t’aime, tu le sais.
Jésus lui dit : Sois le pasteur de mes brebis. (Jn 21,15-16)
Le pape, successeur de Pierre, est d’abord situé dans cette relation d’écoute et d’amour de Jésus où se fonde sa mission.

Cette mission est à la fois interne à l’Église et au service de l’humanité.
Léon XIV veut « une Église synodale », c’est-à-dire une Église où l’on marche ensemble, « une Église qui cherche, qui cherche toujours à être proche, surtout de ceux qui souffrent. »
« Nous devons, dit-il, chercher ensemble comment être une Église missionnaire, une Église qui construit des ponts, qui dialogue toujours et est ouverte pour recevoir tous ceux qui ont besoin de notre charité, de notre présence, de notre dialogue et de notre amour. »
La mission du pape est aussi au bénéfice de l’humanité. « L’humanité a besoin du Christ et de sa lumière ». Les premiers mots de Léon XIV sont clairs : « La paix soit avec vous tous ! C’est la première salutation du Christ ressuscité, le Bon Pasteur qui a donné sa vie pour le troupeau de Dieu. Une paix désarmée et une paix désarmante, humble et persévérante. » Qu’espère d’autre le monde actuel ?

Le nouveau pape se situe en référence à Léon XIII, dont il a pris le nom. Ce dernier a mis en évidence les dangers de la paix armée. En 1894, il soulignait l’incidence sociale des dépenses d’armements et appelait de ses vœux l’institution de la médiation et de l’arbitrage pour prévenir et régler les différents. Nous sommes aujourd’hui dans la même situation.

Comment ne pas penser à Pacem in terris de Jean XXIII ? On est frappé par la similitude des situations et des messages. En 1963, Jean XXIII s’élève contre l’idée que la paix naît de l’équilibre des armements : « La vraie paix, écrit-il, ne peut s’édifier que dans la confiance mutuelle.» Or, « nous voyons régner sur les peuples la loi de la crainte, ce qui conduit à consacrer des sommes énormes aux dépenses militaires. » Les relations entre les peuples doivent être fondées sur l’amour et non la crainte.

C’est pour notre époque que Léon XIV veut être avec nous « témoins joyeux de la Bonne nouvelle de Jésus Sauveur. »
Bonne nouvelle pour tous les peuples, toutes les nations, toutes les cultures : « Ils n’auront plus faim, ils n’auront plus soif, la brûlure du soleil ne les accablera plus  puisque le Christ sera leur Pasteur  pour les conduire vers les sources de vie. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux. » (Ap 7, 16-17)

Abbé Marcel Villers

Office du Vendredi Saint du 18 avril 2025 à Becco

Vous trouverez ici l’homélie de notre diacre Jacques Delcour, qui présidait l’office du Vendredi Saint à Becco, ce 18 avril 2025, ainsi que quelques photos.

Frères et Sœurs dans le Christ,

« Jésus dit : Tout est accompli. Puis inclinant la tête, il remit l’esprit ».

Sont-ils nombreux ceux-là qui restent maintenant auprès de Jésus ? Les Évangiles ne nous donnent pas beaucoup d’informations à ce sujet. Quelques noms seulement. Nous savons que Marie, la mère de Jésus est présente, ainsi que « le disciple qu’il aimait », dont beaucoup s’accordent à dire que c’est de l’apôtre Jean qu’il s’agit, et en lui l’humanité tout entière dont nous sommes.

Bien que Jésus se soit adressé à ces deux personnes pour les confier l’une à l’autre, elles demeurent silencieuses.

Leurs silences ne sont pourtant pas « vides », ils sont lourds de sens et nous invitent non seulement à la réflexion mais aussi à nous interroger quant à notre relation à Dieu.

En fait, Marie n’a plus rien à ajouter à ce qui se trouve déjà dans deux paroles qu’elle a prononcées, que l’Évangile nous rapporte : deux paroles seulement !

La première, c’est lorsque l’ange annonce à Marie qu’elle a été choisie pour devenir la mère de Jésus. À la fin de l’entretien, elle dira : « Je suis la servante du Seigneur. Qu’il me soit fait selon sa Parole ».

À cet instant déjà, sans tout savoir et sans tout comprendre, Marie s’engage totalement et définitivement dans la mission qui lui est confiée. Elle portera et enfantera le Fils de Dieu, l’éduquera et l’accompagnera, courageusement, jusqu’à la mort : « Je suis la servante du Seigneur ».

La seconde parole, c’est à Cana. Rappelez-vous, lorsqu’elle constate qu’il n’y a plus de vin ; après s’être adressée à Jésus, elle dit aux serviteurs : « Tout ce qu’il vous demandera, faites-le ».

Quand Jésus s’adresse pour la dernière fois à Marie, c’est pour lui demander d’être la mère de toute l’humanité, de chacune et de chacun d’entre nous.

Alors Marie s’applique à elle-même la recommandation faite aux serviteurs à Cana : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le ! ». Et le « Je suis la servante du Seigneur » s’accomplit pleinement pour elle, au-delà de la mort de Jésus.

« Tout ce qu’il vous dira, faites-le ! » ; alors Jean prend Marie pour sa mère. L’acceptation silencieuse du « disciple aimé » fait de lui « le serviteur du Seigneur ». Au-delà de la personnalité de Jean, c’est à ce « disciple que Jésus aimait », c’est-à-dire à chacune et chacun de nous que ce disciple représente, que cette invitation à devenir « servante, serviteur du Seigneur » est personnellement adressée. Y répondrons-nous ?

Frères et Sœurs, profitons de l’opportunité que la liturgie nous offre ce soir pour méditer ces quelques versets : où en suis-je à l’écoute de la Parole de Dieu ? Qu’est-ce que j’en fais concrètement dans ma vie ? …

Dans quelques minutes, au pied de la croix, nous sommes invités à déposer notre vie en Jésus afin de poursuivre notre Chemin avec lui, sereinement, courageusement, malgré les épreuves mais dans la confiance et l’Espérance avec la protection de Marie.

Et comme l’a affirmé l’ange Gabriel : « Rien n’est impossible à Dieu ». Soyons donc des Pèlerins de l’Espérance dont notre monde a tant besoin aujourd’hui.

Jacques Delcour, dp

HOMÉLIE DE CARÊME. CINQUIÈME DIMANCHE. THEUX 2025

Cinquième dimanche de carême. Theux 2025

« Ne vous souvenez plus d’autrefois, ne songez plus au passé. »
La Parole de Dieu nous invite à porter nos regards et notre désir vers l’avenir.
« Voici que je fais un monde nouveau, nous dit le Seigneur. Ne le voyez-vous pas ? »
Oui, Pâques pointe déjà à l’horizon. Le carême touche à sa fin et, avec lui, notre travail de mort au vieil homme. Nous nous préparons à fêter avec la résurrection du Christ notre renaissance.

Constamment l’être humain est tiré vers son passé, mais inlassablement Dieu nous tire en avant vers ce monde neuf qu’inaugure la résurrection du Seigneur Jésus. Il est notre espérance, notre avenir.
« Ne vous souvenez plus d’autrefois », nous recommande Esaïe.
« Debout les êtres couchés sans espérance, regardez devant vous, la vie vient au devant de vous. » Ainsi parle le Seigneur.
Oui, « j’oublie ce qui est en arrière, dit St Paul, je suis tendu vers ce qui vient. »

La foi est une attente active, une marche en avant. Le Dieu de la Bible n’est pas le Dieu du passé, celui de notre enfance ou de nos habitudes. Et Jésus est un homme d’espérance, tourné vers ce qui vient. Il est de la race de ceux qui engendrent l’avenir. « Voici que je fais un monde nouveau, il germe déjà, ne le voyez vous pas ? » ( Isaïe 43,20)

La nostalgie n’est pas bonne conseillère. Nous sommes souvent paralysés par le passé et les traditions. Le Seigneur vient de l’avenir et fait germer sous nos yeux le monde inouï de l’amour et du pardon, source de notre espérance. Ainsi Jésus ne regarde pas la femme jetée à ses pieds (Poussin, détail, 1653)  avec les yeux d’un juge, fort de la Loi et des traditions du passé. Il ne regarde pas ce qu’elle a fait, mais ce qu’elle peut encore faire, ce qu’elle peut encore être. Elle était prise au piège de la mort. Le Christ brise le cercle de ses adversaires et ouvre devant elle le chemin d’une vie nouvelle : « Va et ne pèche plus. » Va de l’avant. Le pardon libère, remet debout et en route. Le pardon ouvre l’avenir. Il est le premier agent de l’espérance.

L’espérance, quelle que soit son lieu, son temps, sa forme, est résurrection ! Il y a Jésus-Christ et sa puissance de résurrection, non seulement celle du matin de Pâques, mais aussi cette puissance qui relève tous ceux-là qui croisent sa route, tous ceux-là dont la vie est arrêtée et comme destinée au néant. Cette femme condamnée à mort mais relevée et renvoyée à une vie nouvelle ; ce paralysé voué à l’immobilisme et remis debout. Tous ceux-là et beaucoup, beaucoup d’autres étaient bouclés dans un passé sans avenir et pour eux, tous, s’ouvre une brèche, comme un chemin dans la mer.

Pour nous, pas de doute, l’espérance a un nom : celui du Christ, alias Jésus, ce qui signifie Dieu sauve !
Christ est notre espérance et notre avenir.
Tout a un avenir ! Toujours !
Comme cette fleur naît entre les mains de l’homme au Pérou.

Abbé Marcel Villers