Prêtre au Mali, qu’est-ce que j’en retire ?

L’abbé François-Xavier Jacques, qui habite six mois de l’année dans notre Unité pastorale et y rend de très nombreux services, nous partage ici son témoignage de missionnaire.

Il repart en ce mois d’octobre pour le Mali : accompagnons son apostolat par notre prière, en nous réjouissant de le retrouver au printemps prochain !


Prêtre au Mali : qu’est-ce que j’en retire ?

Lorsqu’ils me présentent, certains parlent de moi comme d’un missionnaire. Qu’est-ce que ce mot suscite comme images dans les têtes en 2019 ?

On le pressent, je suis loin de ces hommes qui pénétraient dans des régions inconnues, qui étaient autant explorateurs qu’évangélisateurs ; qui étaient les premiers blancs dans certaines régions et qui y annonçaient l’Évangile pour la première fois.

En allant au Mali, je rejoins des communautés chrétiennes bien vivantes où je suis souvent le seul blanc. Le temps des Sœurs et Pères européens est fini. Le clergé et les religieuses sont africains.

La première fois que j’ai demandé à mon évêque de pouvoir passer quelques années dans un pays d’Afrique, c’était pour y rencontrer une Église en me mettant à son service. Et ce fut dans le diocèse de Mopti au Mali, où j’ai été vicaire puis curé de 2003 à 2008. Aujourd’hui, je retourne au Mali, mais dans le diocèse de Kayes pour aider un évêque qui m’a aidé en venant à Verviers comme vicaire dominical pendant des études à Bruxelles.

J’y arrive avec ma formation et mon expérience mais c’est à moi à m’adapter à l’esprit de l’Église malienne et à chercher les manières de partager ce que je peux apporter.

En retour, qu’est-ce que j’en retire ?

En arrivant dans le diocèse de Mopti en 2003, j’ai été plongé dans une Église universelle, avec des religieuses et des prêtres du monde entier. Aujourd’hui dans le diocèse de Kayes, mis à part trois religieuses canadiennes, tous sont africains, de plusieurs pays. La dimension universelle de cette Église me rend attentif et sensible à ce qui se passe ailleurs, dans les autres Églises. Ce sont chaque fois des membres de ma famille qui sont concernés.

Être plongé dans une autre culture et une autre vie d’Église élargit ma réflexion, l’enrichit, m’amène à lire les textes autrement, à mieux comprendre certaines réalités de vie, de foi, de vie chrétienne. C’est aussi rencontrer d’autres pratiques et organisations pastorales ; chercher à les comprendre et à comprendre ce qui les motive. Cela m’amène à creuser les motivations de nos choix et pratiques en Belgique.

M’adressant à des personnes qui parlent peu le français ou le comprennent mal, parlant parfois avec des traducteurs, je dois veiller à utiliser un langage clair, concis, avec des mots courants, faciles à traduire. Cela m’a amené à simplifier l’expression tout en veillant à ne pas simplifier le contenu. Cette simplification se poursuit ici en Belgique.

Pour moi, au Mali, « être missionnaire », pour utiliser l’expression classique, consiste en la rencontre de communautés chrétiennes en me mettant à leur service et en un échange de foi et de culture, plus qu’en un apport d’un message élaboré ailleurs et à transmettre à des personnes ignorant Jésus-Christ et son Évangile. J’espère que, de ces rencontres, je ramène quelque chose en Belgique.

François-Xavier Jacques

Voulez-vous aider l’abbé Jacques à soutenir l’Église au Mali ?

Voici le message que l’abbé Jacques nous envoie :

La paroisse de Spa a proposé de faire une collecte les 5 et 6 octobre 2019 au profit d’actions que je mène ou soutiens au Mali.

Il y peu, j’ai reçu un appel de l’abbé Laurent Somboro. Prêtre du diocèse de Mopti, il a été mon vicaire dans la paroisse de Ségué de 2005 à 2007. Il est aujourd’hui curé dans la paroisse de Barapireli, à l’est du pays dogon, à la frontière avec le Burkina Faso.

Paroisse de 8.150 km2 (un quart de la Belgique) avec une population de 350.000 habitants, des dogons, peulhs, mossis, dont 20.000 catholiques. Une paroisse en pleine expansion avec plus de 140 communautés catholiques, 5 prêtres, 3 religieuses et 102 catéchistes et animateurs de communautés.

La presse nous rapporte régulièrement les troubles au nord et au sud du Mali. Des villages de cette paroisse ont vu l’incursion de djihadistes, d’autres ont été l’objet d’attaques qualifiées d’ethniques, certains ont été détruits avec massacre d’une partie de la population. Suite à ces troubles graves, une partie de la population s’est déplacée pour éviter le pire. De plus les gens sortent peu des villages ; les marchés, lieux économiques et de rencontre importants, sont désertés ou supprimés ; les cultivateurs vont peu dans les champs et les cultures et revenus s’en ressentent grandement.

L’abbé Somboro donne le chiffre de 37.139 habitants déplacés, soit plus de 10% de la population. Parmi eux, des enfants déscolarisés qu’il faudra réinscrire à l’école à la rentrée.

Aussi la paroisse développe un projet d’aide alimentaire à la population déplacée ou en grande pauvreté et d’aide à l’inscription scolaire des enfants.

Quelques chiffres

  • La ration alimentaire quotidienne d’un adulte est évaluée à 600 g de mil, la céréale de base. Soit 18 kg par mois.
  • Une famille compte en moyenne 7 personnes. Soit 4,2 kg de mil par jour et 126 kg par mois.
  • Au prix de 17.500 fcfa les 100 kg (près de 27 euros : 1 euro fait 652 fcfa) soit 22.000 fcfa (près de 34 euros) par mois par famille.

L’inscription scolaire

  • pour le premier cycle (équivalent du primaire en Belgique) est de 21.000 fcfa, près de 33 euros,
  • et pour le second cycle (trois premières années du secondaire en Belgique) est de 30.000 fcfa, un peu plus de 46 euros.

La collecte sera destinée à soutenir ces projets alimentaires et scolaires. Si vous le souhaitez, vous pouvez aussi faire un don par versement au compte BE69 0013 7213 1078, Solidarités Mali, rue de l’Église 13, 4280 Hannut, avec la mention « Barapirelli » (il n’y a pas de déduction fiscale possible).

Au mois d’octobre, je repars dans le diocèse de Kayes, à l’ouest du pays, zone calme. J’enverrai de temps en temps des nouvelles par mail. Si vous souhaitez les recevoir, vous pouvez me le signaler à l’adresse fx.jacques@belgacom.net.

D’avance merci pour ce que vous ferez !

Et je confie la vie de ce pays et de son Église à votre prière.

Abbé François-Xavier Jacques,
Oneux-Theux (Belgique) et Kayes (Mali)

Homélie pour les funérailles d’un pilote

L’évangile choisi pour ce jour était la découverte du tombeau vide par Marie-Madeleine, Pierre et Jean (Jean 10,1-9)

Ce qui se passe pour Marie-Madeleine et les apôtres lorsqu’ils découvrent le tombeau vide, c’est ce qui se passe encore pour nous aujourd’hui.

Le tombeau est vide ; dans certains textes, l’ange annonce : Jésus est ressuscité. Il y a une réalité, un message, mais chacun va devoir faire son expérience, arriver à la foi et, on le voit dans les textes, c’est différent pour chacun.

C’est encore la réalité aujourd’hui. Sans doute, comme pour beaucoup d’entre nous, lorsqu’il était enfant, Alain Jamar a reçu ce message, ces mots : Jésus est ressuscité, c’est Pâques, Il est ressuscité, alléluia. Comme si c’était une évidence. Mais il a dû mettre du contenu, une expérience intérieure sur ces mots.

Il y a le message et il y a ce que nous vivons, ce que Monsieur Jamar a vécu.

Lorsque nous nous sommes rencontrés pour faire connaissance et préparer cette célébration, vous disiez qu’il était croyant, qu’il avait une ligne directe avec Dieu, mais que c’était son secret, qu’il n’en parlait pas du tout.

Après vous avoir entendu parler de sa vie, je me dis qu’il a vécu des événements, des réalités de vie qui, tôt ou tard, d’une manière ou l’autre, touchent à la foi, à la question de Dieu.

Il était pilote, toute sa vie il a volé, il était dans l’infini du ciel. Il a survolé une nature pas encore trop ravagée par l’homme. Il aimait la mer. Pour beaucoup, le ciel, la mer, la nature sont des lieux qui font pressentir une source à la vie, aux origines du monde. Avec des questions : Est-ce Dieu, est-ce bien Dieu ? ou avec des convictions profondes et des mercis : Que c’est beau, que c’est grand. Merci. Merci, mon Dieu !

Monsieur Jamar, qu’a-t-il vécu à ce niveau ?

Il a rencontré, côtoyé la souffrance. Il y a été confronté, il a aidé des gens en souffrance. Il cherchait la rencontre vraie, sans artifice. Dans ces réalités de vie, tôt ou tard, se pose la question de Dieu et de ses actions. Est-ce Dieu qui veut cela ? Que fait-Il ? La bonté, l’accueil, la vérité que l’on découvre à côté de la souffrance est pour certains une réponse : Dieu agit dans cette bonté !

Monsieur Jamar, qu’a-t-il vécu en ce domaine ?

À côté de sa vie professionnelle, il y avait sa vie de couple et de père. Vous disiez que la naissance de sa fille l’avait profondément touché.

Lors des rencontres de préparation aux baptêmes, à une époque, j’utilisais un petit questionnaire pour aider les parents à exprimer pourquoi ils demandaient le baptême. Parmi les réponses possibles, il y avait : Pour remercier Dieu qui m’a donné cet enfant. Pour les parents qui prenaient cette réponse, la naissance de leur enfant était une véritable expérience spirituelle.

Et pour Monsieur Jamar ?

Après vous avoir entendues parler de lui, je suppose que Monsieur Jamar a vécu avec une intensité particulière ces réalités de vie qui amènent tôt ou tard, si on est croyant, même simplement un peu croyant, à la question de Dieu, à la vie intérieure, la vie spirituelle, la rencontre avec Dieu.

Qu’a-t-il vécu ? C’est son secret.

Mais dans la foi chrétienne, nous croyons qu’aujourd’hui il découvre Celui qu’il cherchait ; qu’il rencontre Celui qu’il avait déjà rencontré ; qu’il comprend ce qui parfois l’a peut-être aidé, soutenu, suivant ce qu’il vivait ; qu’il trouve des réponses aux questions qu’il se posait.

Et cette rencontre, il la vit en face à face, en vérité, sans artifice, comme il vivait ses relations dans la vie courante.

Je vous souhaite que la foi en cette vie qui est la sienne aujourd’hui soit pour chacune, pour chacun, source de paix, de réconfort. Il est bien là où il est !

Abbé François-Xavier Jacques,
11 mai 2019