Fêtes et temps liturgiques : la Toussaint

LA TOUSSAINT

A l’origine du culte des saints, il y a celui des martyrs, dont l’anniversaire de la mort est célébré chaque année par la communauté réunie autour de leur tombe. Le culte des martyrs n’est en fait qu’une variété du culte des morts. La différence consiste en ce que « les réunions d’anniversaire rassemblent non seulement la famille mais toute la communauté locale, et se poursuivent non plus pendant une ou deux générations mais indéfiniment. » (P. Rouillard, Le culte des saints au temps des Pères, in Assemblées du Seigneur, n°89, Bruges, 1963, p.73)

C’est en Orient que les martyrs ont d’abord été honorés, dès le 2e s., d’un culte spécifique. A Rome, ce sera au 3e s. Jusqu’au milieu du 4e s., on ne vénère un martyr que sur sa tombe par un culte purement local. Dans le courant des 5e et 6e s., en Orient comme en Occident, on en vient à fêter des martyrs venant d’autres Églises. « Ces fêtes sont nées à l’occasion de l’arrivée de reliques. La translation et la distribution des reliques ont été les facteurs déterminants de l’extension géographique du culte des martyrs. » (Rouillard, p.83) A côté des martyrs, on va aussi célébrer les évêques, puis les apôtres. Ainsi, on passe progressivement d’une célébration de type funéraire à une fête, d’un culte local à une reconnaissance universelle, des martyrs aux saints de tous ordres.

Les dernières grandes persécutions, au 4e s., font des milliers de martyrs, en Orient surtout, ce qui rendit impossible toute commémoration individuelle. Aussi, dès la fin du 4e s., l’Église syrienne met en place une fête commémorant cette multitude de tous les saints. Sous l’influence de l’Orient, au 5e s., Rome fête tous les saints le premier dimanche après la Pentecôte, au terme des célébrations pascales. C’est, en effet, le mystère même de Pâques, mystère de mort et de résurrection, que nous célébrons en commémorant tous les saints. A la suite du Christ, ils sont passés, par la croix, à la gloire de Dieu. « Foule immense que personne ne peut dénombrer, debout devant le Trône » (Ap 7,9).

Cette fête est reportée au 1er novembre lorsque saint Grégoire (590-604), grand organisateur de la liturgie romaine, fixe les Quatre-Temps (trois jours de jeûne et de prière) de printemps (en lien avec les moissons) à la semaine de la Pentecôte. Comme la fête de Toussaint attirait les foules, il a semblé préférable de la célébrer quand moissons et vendanges sont terminées.

Peu après, en 609, le Pape Boniface IV (608-615) institue le 13 mai une fête commémorant « la consécration du Panthéon romain, transformé en église chrétienne (photo ci-contre), et la translation de nombreuses reliques dans cet édifice » (Missel de l’Assemblée chrétienne, Bruges, 1964, p. 1660) à la place de tous les dieux dont les statues ornaient ce temple. Boniface IV lui donna le nom de Sainte-Marie-aux-Martyrs. La prétention de la Rome antique à réunir tous les dieux connus devient avec l’Église celle de rassembler en son sein tous les saints. En 835, le Pape Grégoire IV (827-844) fusionne les deux fêtes dans la célébration que nous connaissons aujourd’hui.

La Toussaint est une célébration de l’unité de l’Église, formée de cette foule immense rassemblée en un seul corps, celui du Christ, unissant l’Église de la terre à celle des saints du ciel, pour chanter la gloire de Dieu.

Abbé Marcel Villers

FÊTES LITURGIQUES : SAINTS PIERRE ET PAUL

Solennité des Saints Pierre et Paul (29 juin)

La fête des Saints Pierre et Paul est la plus ancienne fête inscrite dans le Sanctoral romain, elle est née bien avant Noël. Dès le IIe siècle, les chrétiens se rendent à Rome pour voir et vénérer les tombes de Pierre au Vatican et de Paul sur la voie d’Ostie. Au IVe siècle, le pèlerinage de Rome devient en Occident le parallèle de celui qui, en Orient, conduisait à Jérusalem au tombeau du Seigneur. Dès l’origine, Rome célèbre Pierre et Paul ensemble, voyant dans la prédication des deux saints apôtres un unique fondement de l’Église romaine. Ils sont fêtés à une même date, celle de leur martyre, le 29 juin selon une tradition reprise par le martyrologe romain, dont l’origine remonte au Ve siècle, qui indique au 29 juin : « A Rome, l’anniversaire des saints apôtres Pierre et Paul, qui souffrirent la même année et le même jour sous l’empereur Néron.  Le premier fut crucifié dans la Ville, la tête en bas… Le second eut la tête tranchée et fut enseveli sur la Voie d’Ostie. » Selon les historiens, Pierre, venu à Rome pour y consolider l’Église naissante, est martyrisé en l’an 64 probablement. Paul, lui, arrêté à Jérusalem, fait appel à César et est amené à Rome en 60 pour y être jugé. Il y vivra quelques années avant d’être condamné à mort et décapité, sans doute en 67, sur la route d’Ostie.

La date du 29 juin prévalut de bonne heure sur l’usage de quelques contrées, où la coutume s’est d’abord établie de fixer la fête des Apôtres aux derniers jours de décembre, dans la suite des premiers témoins du Christ. Le fait est que les Orientaux et les Églises franques, au début, ignorèrent absolument la date du 29 juin et solennisèrent Pierre et Paul — ils sont toujours ensemble — soit le 27 décembre, soit le 28, soit après l’Épiphanie le 18 et le 25 janvier, soit le 22 février. Rome s’attacha au contraire à la date du 29 juin, qui finit par prévaloir non seulement en Occident, mais aussi en Orient, en raison de l’influence pontificale.

Au IVe siècle déjà, on célèbre trois messes, l’une à Saint-Pierre du Vatican, l’autre à Saint-Paul-hors-les-murs, la troisième aux catacombes où les corps des deux apôtres furent cachés un certain temps pendant la persécution de Valérien (257-259), pour éviter la profanation de leurs tombeaux. La distance est grande de la basilique Vaticane à celle de la voie d’Ostie ; faute de pouvoir se trouver aux deux messes solennelles, beaucoup de pèlerins doivent choisir. Au VIe s., Grégoire le Grand ((590-604) renvoie au lendemain la Station à Ostie ; la messe de saint Paul est reportée au 30 juin, jusqu’à la dernière réforme du calendrier liturgique. Promulgué en 1969 par Paul VI, à la suite du Concile Vatican II, ce calendrier revient à une seule célébration des deux saints patrons de Rome le 29 juin. Il conserve la messe de la veille au soir que l’on célébrait jadis dans les paroisses romaines au cours de la nuit du 28 au 29, lors d’une vigile.  En effet, à Rome, dès les premiers siècles, « l’eucharistie était habituellement célébrée deux fois : une première fois près du corps du martyr à la fin de la veillée nocturne, en présence des quelques fidèles qui pouvaient tenir dans un lieu exigu, puis, une seconde fois, au cours de la matinée dans la basilique dédiée au martyr, au milieu de tout le peuple. » (A. G. Martimort, L’Eglise en prière, Paris 1961, p.781).

Pour les Romains, au mois de juin, il y a comme une seconde fête de Pâques, celle des deux Princes des apôtres, Pierre et Paul, ou, pour mieux dire, c’était, dans leur personne, la fête de la primauté pontificale, la fête du Pape, le Natalis urbis, le jour natal de la Rome chrétienne. Les évêques de la province métropolitaine du Pape avaient l’habitude de se rendre dans la Ville éternelle, en signe de respectueuse sujétion, pour célébrer avec le Pontife une si grande solennité. De même, dès le VIe s., c’est le 29 juin, que le Pape bénit et remet le pallium, insigne du pouvoir pontifical, à ses vicaires et à des évêques. A partir du VIIe s., la remise du pallium s’accompagne d’un serment de fidélité au pape. Entre le Xe et le XIe s., dans le contexte de la querelle des investitures, le port du pallium est réservé aux archevêques à qui le Pape en concède le privilège comme symbole d’union avec lui et de soumission. En 1978, Jean-Paul Ier choisit de remplacer l’imposition de la tiare par celle du pallium comme symbole du début du pontificat. Les Papes suivants ont fait de même. Le pallium était annuellement béni et imposé par le pape au cours de la messe solennelle de la fête des saints Pierre et Paul, en la basilique Saint-Pierre au Vatican, le 29 juin. Chaque année, le 29 juin, le pallium est imposé par le Pape aux archevêques qui, avant de le recevoir, prononcent un serment solennel de fidélité au Souverain Pontife devant le tombeau de saint Pierre.

Cette fête n’est pas seulement celle de la Rome chrétienne, mais celle de toute l’Église.
« Tu nous donnes de fêter en ce jour les deux Apôtres Pierre et Paul : celui qui fut le premier à confesser la foi, et celui qui l’a mise en lumière ; Pierre qui constitua l’Église en s’adressant d’abord aux fils d’Israël et Paul qui fit connaître aux nations l’évangile du salut ; l’un et l’autre ont travaillé, chacun selon sa grâce, à rassembler l’unique famille du Christ ; maintenant qu’ils sont réunis dans une même gloire, ils reçoivent même vénération. » (Préface de la messe du jour)

Abbé Marcel Villers
Illustrations : Eglise de Theux, Pierre et Paul au lavement des pieds,  Springels, 1951 ;
Remise du pallium par le pape François (Vatican.va)