Lettre à (saint) Joseph!

Statue St Joseph apparitionL’abbé Gilbert Muytjens, qui a célébré plusieurs messes dans notre UP ces deux derniers samedis et dimanches, nous a transmis sa Lettre à (saint) Joseph, étant donné le rôle important joué dans les derniers évangiles de cet Avent 😉 … en voici le texte, plein d’humour, d’affection… et de suggestions pour nous.

Cher Joseph,

Tu t’étonneras peut-être que j’ose prendre ce ton familier pour te parler, mais avec toi, je me sens tellement à l’aise.

N’es-tu pas ce petit charpentier de Nazareth, petit trou oublié de la ville et de Jérusalem en particulier ? Et, sans doute, à plusieurs reprises as-tu dû entendre : Que peut-il sortir de bon Nazareth, ce village de nulle part ?

Moi, je viens de Sippenaeken, petit village le long de la frontière hollandaise, né dans une petite ferme du vieux temps qui ne connaissait ni radio, ni électricité.

Cher Joseph, ce matin, j’ai beaucoup à te dire et beaucoup à te demander.

Te dire que je suis heureux pour toi. Si les gens sérieux t’appellent saint Joseph, moi je sais que tu ne t’es jamais pris au sérieux.

Travailleur infatigable, tu aimais humer le bois et sa sève odorante, tu adorais scier des planches avec une régularité sidérante et tu faisais l’admiration de tes voisins devant tes solides charpentes.

On m’a dit, ou plutôt je l’ai lu quelque part, que comme tu avais des outils bien affutés, que tu étais aussi le grand dépanneur du village et des environs un peu comme l’étaient autrefois les menuisiers et les garagistes de chez nous.

Tu avais toujours parait-il, du temps pour la veuve et l’orphelin et ta porte restait ouverte pour tout homme de passage, Galiléen, Judéen ou étranger.

Moi, j’aime bien les saints, sans tambour ni couronne, sans médaille, ni décoration.

Ceux-là ne me font pas peur, ne me donnent pas des complexes et ne me découragent pas devant ma médiocrité.

J’aime bien ceux qui ont été conduits à la sainteté rien que par leur travail bien fait, un travail réalisé avec compétence et devenu réel service du prochain.

Félicitations Joseph, de la lignée de David,
David, petit berger des collines arides de Judée,
Devenu, de par l’onction de Samuel, petit roi d’un petit pays.
Roi sympa, un peu tordu quelques fois.

Félicitations pour ce que tu as apporté aux tiens, à ta petite famille !

Mais ici, tu permets que je te pose quelques questions un peu effrontées et un peu naïves peut-être.
Naïves, parce qu’elles sont simples et que même les livres saints n’y donnent pas de réponse. Pour eux, sans doute, c’est du supposé connu !

Dis-moi, Joseph, quel bel amour tu as pu vivre avec la petite Myriam, après qui tu lorgnais avec des yeux amoureux quand elle se rendait puiser l’eau à la fontaine ou lorsqu’elle chantait les psaumes à la synagogue avec une ferveur qui te faisait vibrer.

Dis-moi le trouble jubilatoire qui s’est emparé de toi quand tu as remarqué que la fille d’Anne et de Joachim répondait à ton sourire et consentait à ta proposition de faire route ensemble.

Raconte-moi, Joseph, le curieux songe où le Très-Haut te fit frémir de crainte.
Tu te disais : Mais, qui suis-je donc pour que la Parole du Seigneur vienne jusqu’à moi ?
Et quel message inattendu, surprenant, bouleversant m’arrive en cette nuit obscure ?
Marie, un enfant ! Qui sera le mien, un enfant, plus qu’un petit d’homme, un enfant tout ordinaire, tellement ordinaire qu’il en sera, toute sa vie, vraiment extraordinaire !
Comment me glisser sous la casquette pareille annonce, comment comprendre pareil événement qui défie toute compréhension ?

Tu as vite saisi, que ce qui est insaisissable au cerveau de l’homme, peut avoir du sens aux yeux de l’Éternel et offrir petit à petit un sens qui deviendra Lumière pour toi et pour le monde.

Joseph, dis-moi comment tu as vécu cet amour merveilleux avec la fiancée que tu pris chez toi et qui devins ton adorable épouse.

Vous en avez vécu des choses, merveilleuses et, parfois, bien troublantes.
Cette mise en route pénible avec une femme sur le point d’accoucher.
Cette errance dans les rues de Bethléem.
Cette naissance dans un pli de rocher, que le Poverello d’Assise, pour nourrir notre religieuse imagination, a mise en scène à travers la crèche, crèche que nous prenons soin de monter chaque année encore.

D’Égypte, j’ai rappelé mon Fils, dit l’Écriture, avant d’annoncer le salut et la nouvelle alliance, ton fils a donc gagné aussi le pays des déportés, le pays de Moïse pour en sortir libre et protégé de la tyrannie des puissants.

Joseph, tu as vécu trente ans avec l’enfant, le gamin, l’adulte devenu, comment as-tu vécu ces années de vie ordinaire ? Que chuchotais-tu à l’oreille de Marie ? Et ton épouse ne se posait-elle pas des questions sur les propos de l’ange, alors que Yeshoua, votre enfant, est devenu scieur de long, apprenti charpentier, créateur de roues et de charpentes, sans plus… mais il y aurait-il seulement une libération du peuple, un salut pour Israël ?

Et puis, un jour, en pleine maturité, l’assistant-charpentier a quitté l’atelier pour d’autres cieux, revêtu de la tunique tissée d’une seule pièce et n’emportant qu’un bâton pour la route.

À partir de ce moment-là tu disparais des évangiles.

Certaines âmes bien pensantes t’ont imaginé mourir auparavant, entre les bras de celui qui devint le Christ. Ils ont même fait de toi le patron de la bonne mort.

À choisir, moi,
je préfère que tu sois le patron de la bonne vie :

celui qui invite à vivre juste, ajusté à la bonté divine
celui qui invite à vivre humble, loin des honneurs mondains
celui qui invite à vivre fidèle à la parole donnée et à la vocation reçue.

Joseph, à quelques journées de Noël

Donne-moi tes yeux pour m’ouvrir à la merveille de Noël
Donne-moi tes oreilles pour entendre la Parole, qui vient d’En-Haut
Donne-moi tes mains pour être humble serviteur du Royaume
Donne-moi ton cœur pour vivre la fidélité d’un amour toujours à ressourcer.

Joseph,
bonheur à toi dans le ciel
et paix sur la terre pour tous ceux qui s’efforcent de vivre comme toi !

Joseph, je te laisse, veuille m’excuser d’avoir perturbé ta céleste béatitude !

Abbé Gilbert Muytjens


Illustration: statue dite « de l’Apparition » au monastère La Font Saint-Joseph du Bessillon (Cotignac, France)