Rien ne peut détruire l’amour de Dieu pour les humains !

Homélie de l’abbé Marcel Villers
pour le 4ème dimanche de carême, Année B (Jn 3,14-21).
Theux, le 11 mars 2018

Quand la lumière est venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres.

Dans notre propre histoire et celle de l’humanité, il en est bien ainsi : les ténèbres l’emportent sur la lumière, la mort sur la vie.

Alors que le peuple d’Israël multiplie les infidélités et profane la maison du Seigneur, Dieu sans attendre et sans se lasser lui envoie des messagers, révélant ainsi son inlassable bonté. Mais Israël préfère les ténèbres : il méprise les paroles de Dieu, se moque des prophètes. Les ténèbres recouvrent le pays, incendié, détruit par Babylone.

La destruction du Temple par les Babyloniens est un véritable séisme pour la foi d’Israël : Dieu est vaincu et éliminé avec sa demeure, lieu de sa présence parmi les hommes. Son peuple est réduit en esclavage, dispersé. Où donc est Dieu ?

Lorsque Jésus paraît, il passe en faisant le bien, guérissant les malades et relevant les morts. Il annonce la Bonne Nouvelle de la grâce de Dieu, du pardon pour tous.

Mais les hommes préfèrent les ténèbres et clouent l’amour sur la croix.
La croix signe l’échec de l’amour et le triomphe de la haine.
Où donc est Dieu ? Pourquoi n’est-il pas intervenu ?

Quand la lumière est venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres.

Et pourtant.

Au regard de la foi, la croix du Christ révèle l’amour fou de Dieu pour ce monde tel qu’il est : Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique. Ce n’est pas pour juger ce monde de ténèbres et de haine que Dieu a envoyé son Fils, mais pour le sauver.

Jamais Dieu n’est vaincu par la haine, le mal. Rien ne peut détruire l’amour de Dieu pour les humains. Rien ne peut séparer Dieu des hommes.

Même le rejet de son Fils.
Même la destruction de son lieu, le Temple.

Au contraire, chaque catastrophe, chaque signe et sacrement de sa présence détruits -comme Jésus, comme le Temple- chaque fois, c’est une occasion d’un rebond et d’un approfondissement de la foi et de la conception de Dieu.

C’est ce que nous apprend l’histoire d’Israël. Ce peuple qui avait rejeté les appels de Dieu et de ses envoyés, Dieu le disperse et, de ce dramatique exil, naît la délocalisation de Dieu. Dieu n’est pas assigné à un lieu et les sacrifices spirituels se substituent à ceux matériels et sanglants du Temple.

L’exil et la dispersion d’Israël vont provoquer une crise de la foi, qui va cependant déboucher sur une vue plus universelle de Dieu et de son amour, non seulement pour Israël, mais pour toute l’humanité appelée au salut.

La révolution chrétienne ira jusqu’au bout de cette perspective universaliste et spirituelle.

Le vrai Temple, c’est la personne humaine, « temple de l’Esprit saint », dira saint Paul.

Et le sacrifice essentiel est celui du don de soi, à la suite de Jésus.
Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique.
En lui, tout est accompli. Il est le nouveau temple, le sacrifice définitif qui l’a mené à la croix, par amour.

Israël n’a pas reconstruit le Temple ; c’est la Parole de Dieu, sa Loi, qui est devenue le lieu de la présence divine. Le sacrifice est devenu celui de l’écoute et de l’obéissance à cette Loi de Dieu.

Pour nous chrétiens, plus besoin non plus de temple de pierre. Le lieu de la présence divine, le vrai temple, c’est notre existence quotidienne habitée par l’Esprit Saint. Reste à nous laisser saisir par le Christ, par le grand amour que Dieu nous porte et par la nécessité de lui chanter notre reconnaissance.

C’est bien ce que le carême nous invite à retrouver et ranimer.

Tout un programme, repris par Jean-Sébastien Bach dans une de ses cantates (Gelobet sei der Herr, mein Gott, BWV 129) :

Chante, prie et marche sur les chemins de Dieu,
Accomplis ta besogne en toute fidélité
Et fie-toi à la grâce abondante du ciel.
Car celui qui fait confiance à Dieu,
Dieu ne l’abandonne pas. »

Bel exercice et consolation de carême !

Abbé Marcel Villers

P.S. Merci à Jean-François Kieffer pour son dessin explicite !

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