HOMÉLIE : LA CROIX ÉPREUVE DE LA FOI

22° ordinaire A.  Mt 16, 21-27. Theux 2026

Belle profession de foi que celle de Pierre : Tu es le Messie, le Fils du Dieu Vivant.  C’est le noyau dur de notre Credo. Mais à condition d’y joindre la croix. Voilà pourquoi à partir de ce moment-là, précise l’évangile, Jésus leur déclare qu’il lui fallait souffrir beaucoup, être tué et ressusciter.

A partir de ce moment-là, càd, celui de la confession de foi. C’est qu’il y a un lien étroit entre la foi et la mort de Jésus, entre la foi et la croix. Mais ce lien, Pierre ne peut l’accepter : Dieu t’en garde, Seigneur !

Le Dieu qu’invoque Pierre est-il le même que celui de Jésus ? En tout cas, la réplique de Jésus est claire : Passe derrière moi, Satan. Satan, conforme à son rôle de diviseur, veut séparer Jésus et la croix.

Tu es un obstacle sur ma route, affirme Jésus, tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes.
Les pensées des hommes sur Dieu sont aux antipodes d’un Dieu crucifié qui contredit tout ce que nous désirons et attendons de Dieu et de la religion. Ce Dieu, Puissance supérieure et sans limites, qui peut, s’il le veut, changer le cours des choses, guérir toute souffrance, protéger et sauver ses amis. Voilà le Dieu que nous ne cessons d’attendre et de prier. Que peut-on espérer d’un Dieu qui meurt en croix ?
Le Dieu crucifié ne répond à aucun des besoins religieux de protection et d’intervention en notre faveur que nous attendons d’un Dieu efficace.

Comment tenir ensemble Dieu et la croix ? La croix est l’épreuve de la foi chrétienne. C’est devant la croix que tout se joue, que naît la foi chrétienne. Un Dieu crucifié, aucun homme religieux ne peut l’avoir inventé. On ne peut qu’y croire. Seule la foi donne accès à un tel Dieu. Mais cela suppose une conversion, un radical retournement de nos idées et de notre religion. Cela entraîne donc à mourir à nos pensées qui sont celles des hommes pour accéder à celles de Dieu.

Ainsi, la foi est elle-même une sorte de chemin de croix, un itinéraire de mort à soi et de résurrection à un autre rapport à Dieu.

Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.
Suivre le Christ, mettre sa foi en lui, c’est renoncer à soi-même et prendre la croix sur soi.

Croire au Dieu chrétien, révélé par Jésus, passe par une révolution de nos pensées et images de Dieu, et se traduit aussi en actes : Celui qui veut sauver sa vie la perdra, disait Jésus, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera.

Abbé Marcel Villers

Illustration : le Vieux Bon Dieu de Tancrémont ©Tancremont.be


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