Témoins de la foi : l’abbé Pierre Simons et le Rwanda (2)

Il y a vingt-cinq ans, l’horreur des massacres et de la haine au Rwanda nous frappaient de consternation. Depuis de nombreuses années, dans notre paroisse de Theux et dans l’Unité pastorale, nous connaissions et soutenions l’abbé Pierre Simons et son orphelinat établi à Nyanza, puis à Cyotamakara. Avec ses enfants, il a alors subi l’épouvante. Grâce à Dieu, il a pu échapper.

Souvenons-nous !

Abbé Marcel Villers

♠♠♠♠♠

Suite de l’histoire :

Il y a 25 ans, l’abbé Pierre Simons dans la tourmente de 1994 au Rwanda

La tourmente de 1994

En 1994, la tragédie s’abat sur le Rwanda. Fin avril, la préfecture de Butare est touchée par les massacres. L’abbé Simons se retrouve coincé avec tous ses garçons, car il est trop risqué de circuler. Autour du home, on tue et on brûle les maisons. L’abbé Simons, avec les aînés, n’arrête pas d’enterrer hommes, femmes, vieillards, enfants, bébés, malades, abattus autour de sa maison. La population du home grossit sans cesse : jeunes et enfants, veuves et vieillards rescapés des massacres. Entre fin avril et début juin, outre des enlèvements individuels, le home connaît sept fois l’invasion des « escadrons de la mort ». Par trois fois, à force de palabres, l’abbé Simons a pu éviter la mort de ses hôtes. Mais quatre fois, ce fut l’hécatombe parmi les adultes, les jeunes ou les orphelins.

Début juin, le home se trouve pris entre les deux fronts ; les troupes de l’ancien régime rassemblées à 400 mètres de la maison ; le FPR sur la colline en face. Un groupe d’aînés réussit à fuir le home et à rejoindre le FPR. La nuit du 6 au 7 juin, le chef du FPR réveille l’abbé et, en un quart d’heure, les 200 enfants, dont 60 de moins de 6 ans, sont regroupés. Puis, sans bruit, ils effectuent une marche de deux heures dans les marais pour atteindre le camp des FPR. Ils y restent trois jours avant d’être évacués vers Nyanza où ils vivent un petit mois en « déplacés », avec 700 orphelins venant du centre des Rogationistes, mais aussi 150 aveugles et 70 handicapés polios de Gatagara.

Voici le témoignage du Père Giorgio Vito, Rogationiste, qui a succédé à Pierre Simons au Home de Nyanza. Le 5 juin, une camionnette s’introduit chez nous, au Centre ; un militaire [du FPR] amène l’abbé Simons. L’ami Pierre a finalement pu être soustrait aux agressions des soldats de l’Armée Nationale. Ses « fils », comme il a l’habitude de les appeler, le rejoignent à pied après une fuite de 20 km : 172 adolescents et jeunes. Pierre m’avoue avec amertume comment plusieurs adolescents, que des parents tutsi de Nyanza lui avaient confié, ont été assassinés par des jeunes Hutus qui ont rejoint Cyotamakara pour donner la chasse à des jeunes du même âge. Des Tutsi plus âgés, des nouveaux nés et deux malades, subissent le même sort. La communauté de l’abbé Simons a subi des violences et a souffert de la faim. Lorsqu’il était urgent de creuser les tombes, les forces leur manquaient. Lui et ses jeunes étaient épuisés et à court de vivres depuis des jours. Ils lui ont volé ses objets de valeur jusqu’à sa montre ; il est fatigué, éprouvé et grâce au ciel, il reprend son souffle ! L’ami Pierre sera assurément un soutien excellent dans notre situation. L’École Technique Féminine, qui se trouve à proximité, et que les ouvriers de la Croix Rouge ont « renettoyée », logera ces garçons fuyant la folie meurtrière.

Fin juin, en raison de l’opération « Turquoise », Nyanza, 100.000 personnes, est évacuée vers l’Est. Ils atteignent Nyamata où ils restent jusqu’au début août. Méningite, dysenterie et autres maladies vont faire périr de nombreux enfants et adultes. Heureusement interviennent la Croix Rouge et Médecins sans frontières qui font tout pour rendre leur séjour viable. 2000 enfants orphelins ou abandonnés y sont rassemblés en trois centres. En août, c’est le retour vers Nyanza. L’abbé Simons s’installe alors à Gatagara avec toute sa troupe. Lorsque Gatagara est repris en charge par les Frères, il regroupe ses 200 orphelins aux abords du collège du Christ-Roi.  Les collines restent dangereuses et surtout le home de Cyotamakara a été entièrement saccagé.

Suite et fin dans une semaine !

Abbé Marcel Villers

Laissez-nous un commentaire !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.