La chronique du 11 octobre 2020 de notre Curé

Tenir dans l’espérance
et renouveler nos forces

Alors que la pluie tombe avec régularité sur la Fenêtre de Theux, des nouvelles plus ou moins attendues sont tombées cette semaine. Les chiffres de la pandémie n’étant pas bons, les autorités, après prise de conseil, ont réinstauré le concept de « bulle familiale » et de proximité pour un mois. À Theux même, une maison de retraite épargnée pendant le confinement s’est vue touchée par la contamination. Le boulet n’est pas passé loin : lors de la dernière réunion du CUP : un membre s’est révélé contaminé et contaminant par la suite. Les gestes barrière ont fonctionné ! Ouf !

Autant dire qu’à la grisaille du ciel, s’ajoutent la morosité et la lassitude face aux bonds et rebonds de l’épidémie. À l’heure où nous abordons cette fatigue, voici aussi le flou induit par les traditionnels symptômes de virus et microbes automnaux ! On ne va quand même pas se faire tester à tire-larigot ? Et la perspective d’un vaccin qui paraît encore loin…

Il ne s’agit pas de faire du catastrophisme mais d’éviter la politique de l’autruche ! Comment tenir dans l’espérance et renouveler nos forces pour résilier ? Compter uniquement sur soi ou sur le génie humain ? Certes oui, pour une part, mais la Bible nous incite à ne pas oublier le Seigneur !

Et si nous regardions d’un peu plus près ce que l’Écriture nous dit ce dimanche ?

Aux vaincus, aux exilés et désespérés de son temps, le prophète Isaïe déclare : « Sur cette montagne, il fera disparaître le voile de deuil qui enveloppe tous les peuples et le linceul qui couvre toutes les nations. Il fera disparaître la mort pour toujours. Le Seigneur Dieu essuiera les larmes sur tous les visages… » (Is 25. 6-10b). Rappelons-nous qu’en hébreu, le futur est en fait un inaccompli qui inclut le présent… Cela est déjà en train de se faire ! Ainsi la montagne dévastée et désertée, l’épreuve est déjà le lieu où s’exprime l’action de Dieu. Sous sa houlette, la vie se montre la plus forte, c’est ici et maintenant qu’il commence à consoler ! Le psalmiste l’a bien compris ou, plus encore, il le vit : « Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre…Si je traverse le ravin de la mort, je ne crains aucun mal car tu es avec moi. Ton bâton me guide et ta houlette me rassure » (Ps 22).

Paul est comme nous : il tient à son indépendance -surtout financière. Cependant, il a pu compter sur la générosité et le soutien des Philippiens. Mais, dans son expérience, il est impensable d’oublier que tout cela vient de Dieu et il s’agit de rendre grâce. C’est un peu comme une prière de la table élargie à l’existence. Dieu ne cultive, ni ne cuit notre pain quotidien mais il veille sur nous à travers toutes les médiations de la création et à travers nos actions. « Frères, je sais vivre de peu, je sais aussi être dans l’abondance. J’ai été formé à tout et pour tout : je peux tout en celui qui me donne la force. Cependant vous avez bien fait de vous montrer solidaires quand j’étais dans la gêne… » (Ph 4. 12-14;19-20).

Aux tenants du pouvoir religieux (les grands prêtres) et aux perfectionnistes de la foi (les pharisiens), Jésus lance la parabole du roi et des noces de son fils. La pointe en est acérée : « Jetez-le dehors, pieds et poings liés, dans les ténèbres du dehors, là il y aura des pleurs et des grincements de dents… » (Mt 22, 1-14).

Le Dieu de miséricorde et de force est-il identifiable à ce roi autoritaire et violent, sans clémence ?

Sans faire trop d’allégorie ni de paraphrase, notons que Jésus a commencé par montrer une insistance chez ce roi. Il envoie par deux fois des serviteurs envers les invités récalcitrants. C’est bien la violence de ceux-ci qui attise la sienne : « les autres empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent… » Que fait ce roi ? Renonce-t-il ? Non. Invite-t-il d’autres privilégiés ? Non. Il donne un ordre surprenant ! « Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce ». Directive large et un peu confuse ? En tout cas, les serviteurs ne font pas dans le détail, la salle de noces se remplit : « ils rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent : les mauvais comme les bons ». Je dirais que ce roi a fait du chemin : il a revu sa copie d’invitation. Et Dieu ? N’en fait-il pas autant dès l’épisode de Noé et du déluge ? Il met l’arc-en-ciel pour ne pas oublier sa promesse de ne plus céder à une violence destructrice (Gn 7-9).

C’est donc un homme renouvelé qui entre dans la salle. Même la vue de l’invité qui dénote n’a d’abord pas d’impact sur sa bienveillance. Il l’appelle « Mon ami ». Ici, je vous partage mon point de vue, mon état de foi. Je crois que c’est bien plus le silence de l’homme -plutôt que l’absence de vêtement- qui le condamne à essuyer la sentence du roi. Les mauvais comme les bons ont pu revêtir un vêtement blanc de noces disponible, à l’entrée… lui, pas. Il n’a pas voulu ? Ou n’a pas pu ? Sa parole absente, sa langue est liée comme tout son corps lorsqu’il est mis de dehors.

Dans cette histoire, Jésus met en garde contre une terrible situation : la paralysie de notre être tout entier. De choix en choix, nous pouvons nous enfoncer : cet homme n’a même pas tenté une excuse ou un mensonge. Incapable d’un minimum de vie personnelle, il ne peut accéder et demeurer à la table de fête. Son sort est pire que celui de Caïn. Aidé de Dieu, celui-ci n’a pu gérer sa colère et sa jalousie. Après le meurtre de son frère, Dieu constate (juge) qu’il doit cheminer sur la terre (là où il y a pleurs et grincements de dents) pour retrouver une fécondité (les générations à venir) et la présence du Seigneur. Cependant, Dieu ne l’abandonne pas à son sort ; il le marque d’un signe de protection (Gn 4).

La semaine dernière déjà, Jésus nous interpellait sur nos oui ou non au travers de la parabole de deux fils et de la vigne. Il le fait encore aujourd’hui de manière plus radicale et en introduisant un élément nouveau à la suite d’Isaïe. Le banquet, les noces sont organisés par le Seigneur. C’est lui qui invite et qui régale. C’est gratuit et universel. Déjà à travers le prophète, il s’adresse à tous (peuples et nations) et plus seulement aux élus, à son peuple. Cette élection particulière n’est pas une garantie absolue. C’est le message que Jésus adresse aux Pharisiens, les Purs. Leurs seuls efforts si louables soient-ils ne suffisent pas : « Les mauvais comme les bons » ont pu revêtir le vêtement de noce. Si l’invitation est gratuite, la réponse se doit d’être simple, généreuse et sans arrière-pensée. Difficile pour l’homme qui calcule, réfléchit, pèse et soupèse… surtout dans nos sociétés de consommation !

Frères et sœurs, nous avons certes à être vigilants en cette pandémie. Pour nous-même et les autres. Se protéger et protéger les autres n’est pas seulement une exigence sanitaire, c’est aussi un devoir citoyen et charitable. Éviter des contagions, c’est aussi permettre à d’autres d’avoir accès à leur travail, c’est encore rendre possible l’accès aux soins à ceux qui en ont besoin… Au niveau spirituel, nos petits « oui » à la vie avec Dieu nous préparent à nous asseoir un jour sans masque à la table du Seigneur. Alors l’expérience du psalmiste sera la nôtre : « Tu dresses pour moi une table devant mes ennemis. Tu répands du parfum sur ma tête. Ma coupe est débordante. Grâce et bonheur m’accompagnent tous les jours de ma vie ; j’habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours » (Ps. 22).

Notre Père des cieux et de la terre, du très loin et du très près… Défais les nœuds qui nous ligotent dans nos suffisances, nos indifférences, nos peurs et nos replis. Ne nous laisse pas désespérer, douter de toi et de l’humanité. Fais jaillir en nous l’Esprit, qu’il nous entraîne sur les chemins de la vie… Amen ! (extraits du Notre Père actualisé)

Je ne crois pas que ce soit un hasard si les hôtes inattendus au banquet de noces ont été invités à la croisée des chemins…

Jean-Marc,
votre curé

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