CLÉS POUR LIRE LUC : 36. LE VOLEUR

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile. Cette semaine, Lc 12, 35-40 du 19e dimanche ordinaire

L’imprévisible
Restez en tenue de service et vos lampes allumées.
(Lc 12, 35)

Dieu vient comme un voleur. L’irruption du Seigneur dans la vie d’un homme ressemble à celle d’un voleur dans notre maison. Un voleur surgit toujours ni quand ni où on l’attend. Il vient à l’improviste. Car « si le maître de maison avait su à quelle heure le voleur viendrait, il n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison » (12, 39). Dieu surgit dans nos vies à l’improviste.

« Tenez-vous prêts : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra » (12, 40). Le disciple doit être toujours sur ses gardes, toujours prêt comme le serviteur qui attend le retour de son maître. Ainsi la vie du chrétien est comme une longue attente, une longue veille, tendu vers une venue. « Viens, Seigneur Jésus ! » (Ap 21,20)

La Parousie
Le terme vient du grec « parousia » qui signifie : présence, arrivée. Ce mot désignait dans le monde gréco-romain la visite officielle d’un prince ; on dirait aujourd’hui la joyeuse entrée du souverain dans sa capitale. Les premiers écrits chrétiens emploient ce mot pour désigner la venue du Christ parmi les hommes, inaugurant les temps messianiques et l’avènement glorieux à la fin des temps. S’il est déjà venu, le Christ « reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts, et son règne n’aura pas de fin » dit le Credo. Ce règne équivaut à la fin de l’histoire attendue comme proche par les premiers chrétiens. Le retard du retour du Christ et de la fin du monde a suscité une crise dans l’Église primitive et conduit à une interprétation plus spirituelle et existentielle de l’attente dont témoignent les paraboles de vigilance.

Abbé Marcel Villers 

SOURCES : 145. CROIRE ET COMPRENDRE

         SOURCES

Le pape Léon, fils de saint Augustin, nous offre l’occasion de redécouvrir la forte spiritualité de ce Père latin de l’Église. Voici sa réponse à une objection fondamentale, celle qui veut comprendre d’abord avant de croire. Augustin va définir les liens entre croire et comprendre

Croire et comprendre

« Tout homme veut comprendre.
Personne qui n’ait ce désir.
Mais tous nous ne voulons pas croire.
On me dit : « Je veux comprendre pour croire. »
Je réponds : « Crois pour comprendre. »

Voici donc une discussion qui s’élève entre nous
et qui va porter toute entière sur ce point :
« Je veux comprendre pour croire », me dit l’adversaire ;
et moi je lui dis : « Crois d’abord et tu comprendras. »

Pour trancher le débat, choisissons un juge.
Parmi tous les hommes à qui je puis songer,
je ne trouve pas de meilleur juge que l’homme
que Dieu lui-même a choisi pour interprète.
Ce n’est pas au poète mais au prophète de juger entre nous.

Tu disais : « J’ai besoin de comprendre pour croire »
et moi : « Crois d’abord pour comprendre. »
Allons au juge ; que Dieu prononce par son prophète.
Le prophète répond :
« Si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas. » (Is 7, 9)…

En un sens, mon adversaire et moi disons vrai tous les deux.
Donnons-nous donc la main.
Comprends donc pour croire et crois pour comprendre.
Autrement dit : comprends la parole pour arriver à croire,
et crois à la parole de Dieu pour arriver à la comprendre. »

Saint Augustin, Sermon 43.

AUGUSTIN D’HIPPONE (354-430), converti au christianisme par saint Ambroise de Milan, retourne en Afrique du Nord et y devient prêtre, puis évêque. Il a composé une œuvre immense de théologien comme de prédicateur. Il eut une influence prépondérante dans la pensée chrétienne occidentale.

CLÉS POUR LIRE LUC : 35. LE FOU

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile. Cette semaine, Lc 12, 13-21 du 18e dimanche ordinaire.

L’insensé
La vie de quelqu’un, même dans l’abondance,
ne dépend pas de ce qu’il possède. (Lc 12,15)

« Tu es fou », nous crie Dieu. La mort t’attend. Alors « ce que tu auras accumulé, qui l’aura ? » (12, 20) Jésus ne brandit pas la mort comme un épouvantail. Il rappelle avec réalisme que le sens de la vie, le secret du bonheur est ailleurs. Même si l’argent peut y contribuer, « la vie de l’homme ne dépend pas de ce qu’il possède ».
La sagesse que propose Jésus, c’est l’appréciation correcte de la fragilité, de l’éphémère de notre vie. Comme le dit l’Ecclésiaste, « que reste-t-il à l’homme de toute la peine et de tous les calculs pour lesquels il se fatigue sous le soleil ? » Pourquoi passer notre temps, si court, à faire des réserves pour demain ? C’est aujourd’hui qu’il faut vivre et que nos richesses doivent porter du fruit pour nos frères.

Le chrétien et la richesse
« La richesse est tentation chaque fois que l’espoir mis en elle devient concurrent de ce l’on ne peut recevoir que de Dieu, en particulier l’assurance, la sécurité. L’abondance matérielle, en particulier, est propre à éveiller en l’homme l’idée de pouvoir se passer de Dieu. La tentation qui frappe à la porte de l’homme qui est dans l’abondance, c’est d’ignorer qui est l’Eternel, de se satisfaire de ce qu’il possède et de ne plus voir ce que Dieu vient faire dans sa vie, c’est de s’emparer de ce que Dieu donne et d’en faire sa chose, au lieu de rendre grâce et de rendre gloire. Ce qui séduit l’homme au travers de l’argent, c’est l’ambition de l’indépendance, l’idée d’une forme de sécurité autarcique, la pensée de l’autonomie vis-à-vis de Dieu. » (Michel JOHNER, Le chrétien à l’épreuve de l’argent, 2001)

Abbé Marcel Villers

ART ET FOI : 14. LE COURONNEMENT D’ÉPINES

ART ET FOI. PLAFOND DE L’ÉGLISE DE THEUX.

Nous vous proposons la découverte des panneaux, datant de 1630, ornant le plafond de la nef de l’église de Theux. 66 médaillons figurent un(e) saint(e), dont plusieurs de Marie, des scènes de la Passion du Christ, de sa gloire, etc. Deux fois par mois, le mardi, un de ces médaillons sera présenté.

CHRIST COURONNÉ D’ÉPINES

Cet épisode de la Passion de Jésus est présenté dans trois évangiles : Mc 15,16-20 ; Mt 27,27-31 ; Jn 19, 2-3.

Description du panneau

Le Christ a les mains ligotées. Deux bourreaux lui enfoncent, à l’aide d’une espèce de tenaille, une couronne d’épines sur la tête. L’homme de gauche est clairement un soldat, porteur d’une épée et d’une sorte de costume militaire, que porte aussi l’homme de droite.

 

Dans le récit de la Passion de Matthieu et de Marc, les outrages à Jésus roi suivent la comparution de Jésus devant Pilate, comme les outrages à Jésus prophète suivaient le procès devant le Sanhédrin. Dans Jean, cette scène constitue le centre de la comparution devant Pilate, composée de deux interrogatoires de Jésus par Pilate.

À Pilate qui lui demande s’il est le roi des Juifs, Jésus répond affirmativement. C’est cette prétention à la royauté qui devient le sujet de moqueries des soldats du gouverneur. Ils font de Jésus un roi de mascarade. On le revêt de pourpre, le vêtement pourpre était un vêtement royal ; cela peut désigner simplement un manteau de licteur dont la couleur pouvait évoquer la pourpre royale. « On lui met sur la tête une couronne tressée de plantes épineuses. Mt précise qu’on lui met dans la main droite un roseau pour évoquer le sceptre royal. Chacun vient alors présenter ses hommages à ce simulacre de roi ; selon les coutumes orientales, on donnait un baiser au roi après s’être prosterné devant lui. C’est ce rite que décrivent Mt et Mc, mais le baiser au roi est remplacé par des crachats injurieux ; Jean dit seulement qu’on lui donne des gifles. » (P. BENOIT et M.-E. BOISMARD, Synopse des quatre évangiles en français, tome II, Paris, 1972, p.420).

Ce n’est qu’à partir du XIIIe siècle, dans le cadre de la dévotion au Christus patiens (« Christ souffrant »), qu’apparaît l’iconographie de la couronne d’épines. (Jacques de Landsberg, L’art en croix : le thème de la crucifixion dans l’histoire de l’art, Paris, 2001, p. 30).

Abbé Marcel Villers