CLÉS POUR LIRE JEAN : LE TÉMOIGNAGE DU BAPTISTE

Clés pour lire l’évangile de Jean

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons cette année fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. Aujourd’hui : Jn 1, 29-34 du 2° dimanche du temps ordinaire.

J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe
et il demeura sur lui. (Jn 1,32)

« Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint. » (1,33) Le baptême de Jésus, comme le nôtre, est un commencement, l’inauguration d’une existence nouvelle, qui est à la fois accomplissement de soi et de la mission particulière que Dieu attend de nous de toute éternité.

C’est par le baptême que commence la vie publique de Jésus, sa mission signifiée par le don de l’Esprit Saint. Comme l’indique Jean-Baptiste : « Si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il soit manifesté à Israël. » (1,31) Le baptême de Jésus par Jean révèle, manifeste à tous qui est ce Jésus qui sort ainsi de l’incognito. « Moi, j’ai vu et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. » (1,34)

L’agneau de Dieu
« La référence à l’agneau peut avoir trois fondements dans l’Ancien Testament : soit l’agneau d’Isaïe 53,7 (« comme un agneau traîné à l’abattoir ») et dans ce cas Jean verrait en Jésus la figure du serviteur souffrant qui prend sur lui la condition pécheresse du monde ; soit l’agneau immolé et dressé de l’Apocalypse, capable de l’emporter contre le péché (Ap 5,6) ; soit l’agneau pascal car selon Jn 19,14, Jésus est condamné à l’heure où au Temple les prêtres sacrifient les agneaux pour la fête de Pâque. Il ne faut pas oublier que l’évangéliste écrit après Pâque pour des croyants. Un tel titre, « agneau de Dieu », donné à Jésus peut recouvrir les trois sens. » (Alain MARCHADOUR, L’Évangile de Jean, 1992)

Abbé Marcel Villers

SOURCES : 166. FIDÉLITÉ A L’APPEL

SOURCES

Dans cette rubrique, il est question de sources, celles qui nous font vivre, celles qui donnent sens à notre action, celles qui contribuent à construire notre identité. La dernière lettre apostolique de Léon XIV, Une fidélité qui engendre l’avenir, consacrée au sacerdoce à l’occasion des soixante ans des décrets de Vatican II Optatam totius et Presbyterorum Ordinis, appartient à cette catégorie. Le pape y dessine une vision du prêtre en lien avec l’Église et le monde d’aujourd’hui que le journal La Croix résume avec ce titre : « la fin du prêtre en surplomb ».

Fidélité à l’appel

« Dès l’appel et la première formation, la beauté et la constance du cheminement sont préservées par la sequela Christi [la suite du Christ].

En effet, avant même de se consacrer à la conduite du troupeau, tout pasteur doit constamment se rappeler qu’il est lui-même disciple du Maître, avec ses frères et sœurs,  car « tout au long de la vie, on est toujours “disciple”, avec le désir constant de se conformer au Christ ». Seule cette relation de sequela obéissante et de disciple fidèle peut maintenir l’esprit et le cœur dans la bonne direction, malgré les bouleversements que la vie peut réserver.

Au cours des dernières décennies, la crise de confiance dans l’Église provoquée par les abus commis par des membres du clergé, qui nous remplissent de honte et nous appellent à l’humilité, nous a rendus davantage conscients de l’urgence d’une formation intégrale qui assure la croissance et la maturité humaine des candidats au presbytérat,  ainsi qu’une vie spirituelle riche et solide.

L’objectif est « un cheminement de familiarité avec le Seigneur qui engage toute la personne, le cœur, l’intelligence, la liberté, et la façonne à l’image du Bon Pasteur ». Rien en vous ne doit être écarté, en effet, tout doit être assumé et transfiguré dans la logique du grain de blé, afin de devenir des personnes et des prêtres heureux, des “ponts” et non des obstacles à la rencontre avec le Christ pour tous ceux qui vous côtoient ».

Seuls les prêtres et les personnes consacrées humainement mûres et spirituellement solides, c’est-à-dire des personnes chez lesquelles les dimensions humaine et spirituelle sont bien intégrées et qui sont donc capables d’entretenir des relations authentiques avec tout le monde, peuvent assumer l’engagement du célibat et annoncer de manière crédible l’Évangile du Ressuscité. »

Léon XIV, Une fidélité qui génère l’avenir, 8 décembre 2025, n° 9-11.

CLÉS POUR LIRE MATTHIEU : 8. AU SORTIR DU FLEUVE

Clés pour lire l’évangile de Matthieu

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Matthieu. Cette semaine : Mt 3, 13-17 de la fête du Baptême du Seigneur.

Au sortir du fleuve, une révélation
Il vint pour être baptisé par Jean qui voulait l’en empêcher.
(Mt 3, 13-14)

Il y a deux baptêmes. Le baptême d’eau, c’est l’immersion : se noyer, se plonger dans l’eau, se laver de tout son passé, de son péché. L’ablution est une pratique universelle. Le Musulman ne fait pas la prière sans pratiquer les ablutions, sans s’être purifié. De grands bassins encadrent les temples hindous où on se lave avant d’entrer au sanctuaire. C’est aussi le pourquoi des bénitiers à l’entrée de nos églises. Le baptême de l’eau dispose les cœurs au repentir. Mais Jésus a-t-il besoin d’être purifié, de se repentir ?

Il y a un autre baptême, non plus un rite de purification, mais l’expression d’une nouvelle naissance. Celle qui fait accéder au monde de l’Esprit, au monde de la foi où nous sont révélées notre véritable identité et notre vocation. « Des cieux, une voix disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je trouve ma joie. » (3, 17)

Jean, Jésus et le baptême
Quand Jésus s’approche de lui pour se faire baptiser, « Jean voulait l’en empêcher et disait : « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi ! » (3, 14). Et Jésus de répondre : « Laisse faire car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice. » (3, 15) « Ce dialogue reflète la difficulté qu’éprouvaient les chrétiens du temps de Matthieu à concilier leur foi en un Christ saint et sans péché avec le baptême qu’avait reçu Jésus, selon une tradition très ancienne. On y apprend aussi quelque chose du long conflit qui opposa les disciples de Jean et ceux de Jésus. La justification donnée par Jésus : « accomplir toute justice » signifie que le plan de Dieu va s’accomplir par l’association de Jésus avec les pécheurs, alors que Jean annonçait leur extermination. » (ACEBAC, Les Évangiles, 1983)

Abbé Marcel Villers

ÉPIPHANIE 2026 THEUX HOMÉLIE

Épiphanie Theux 2026

En ce début d’année, nos regards se tournent vers l’avenir, ce temps qui s’ouvre devant nous, cette année de plus. Qu’allons-nous en faire ?
La liturgie nous présente des voyageurs comme modèles, des hommes en route vers je ne sais quel avenir, car ils marchent à l’étoile.
Et nous, quelle étoile nous met en route ? Qu’espérons-nous de cette année nouvelle, autrement dit du temps qui passe ?
Qu’y a-t-il au bout du temps ? Nous savons que tout a une fin, que notre vie aussi a un terme. Alors, qu’espérons-nous, qu’attendons-nous de ce temps qui nous est donné ?

Nous avons vu son étoile.
Les mages d’Orient sont des savants, des chercheurs scientifiques dirait-on aujourd’hui. Que cherchent-ils ? Découvrir les secrets de la nature, en particulier du ciel et des astres qui commandent le déroulement du temps.
Mais en quoi ces découvertes astronomiques peuvent-elles les combler ? Après avoir résolu un problème, un autre se présentera. Bref, au final, qu’est-ce qu‘ils cherchent ?
Ces recherches en cachent une autre plus fondamentale. Celle du sens, de la signification de la création, de l’être humain, de notre vie. Pourquoi vivre ? Où nous conduit notre existence ?

Tout homme est un chercheur, par définition. L’être humain n’est pas un être achevé, complet, satisfait de soi et de son existence. Au contraire, nous sommes des insatisfaits par nature. Sinon pourquoi cette agitation qui nous caractérise, ce besoin irrépressible de nous dépenser, cette quête incessante de je ne sais quoi qui pourrait nous combler.

Un astre, toujours, se lève au cœur de tout homme, source de ses rêves d’une vie pleine, juste et vraie. Cette étoile brille en notre cœur et nous met en route. Elle nous attire, nous met en chemin vers Celui dont nous sommes issus et vers qui nous allons. C’est lui la plénitude que nous cherchons.
Le plus souvent, nous cherchons à l’extérieur, hors de nous-mêmes, ce qui est à découvrir au plus profond, au cœur de notre être.
L’étable de Bethléem où les mages découvrent l’enfant Jésus, c’est à l’intérieur, au plus profond, dans le lieu du cœur, qu’elle se trouve. La route des mages n’est pas géographique mais intérieure. C’est une découverte aujourd’hui de nombreux humains, des jeunes en particulier.

15 000 jeunes chrétiens européens se sont réunis à Paris cette semaine autour des Frères de Taizé. Ces milliers de jeunes se rassemblent avant tout parce qu’ils sont mus de l’intérieur, par cette étoile qui les met en route. L’intériorité, c’est l’autre nom de cette géographie de la foi vécue comme un chemin de silence et de paix profonde à laquelle ils aspirent. Taizé leur offre à la fois le temps long du silence et celui de la rencontre pour écouter le Christ  dans les profondeurs. On est si facilement influencé par les bruits et brouillages du moment. Il faut couper le son.
Comme les jeunes, comme les mages, mettons-nous en route sur les chemins intérieurs. Avançons, guidés par l’étoile de notre désir.
Alors nous pourrons découvrir la vraie demeure de Jésus, la maison où il est en vérité, celle de notre cœur.
Bonne route au long de cette année nouvelle !

Abbé Marcel Villers

                     Arcabas, Adoration des Mages, 2001