ART ET FOI : SAINT PAUL

ART ET FOI. PLAFOND DE L’ÉGLISE DE THEUX.

Nous vous proposons la découverte des panneaux, datant de 1630, ornant le plafond de la nef de l’église de Theux. 66 médaillons figurent un(e) saint(e), dont plusieurs de Marie, des scènes de la Passion du Christ, de sa gloire, etc. Deux fois par mois, le mardi, un de ces médaillons sera présenté.

PAUL (vers 15-vers 67)

Apôtre des Gentils.
Fêté le 25 janvier de la « Conversion de saint Paul » ; le 29 juin, jour de son martyr et de celui de Pierre, c’est la  » Saints Pierre et Paul » ; le 30 juin : « Saint Paul » (avant la réforme du calendrier liturgique de 1969). Saint patron des missionnaires, des vanniers et des cordiers car il s’échappa de Damas dans un panier ; des tapissiers car il était tisseur de tentes.
Co-patron de Rome avec saint Pierre. Tous deux y sont morts en martyrs et on y trouve leurs tombeaux, hauts lieux de pèlerinage dès le IIe s.

Description et analyse du panneau fort abîmé
Sous le bras droit, il tient un livre, l’évangile qu’il a prêché ou un recueil de ses épîtres, et l’épée de son supplice, son attribut traditionnel à partir du XIIIe s.. De la main droite, il désigne le contenu de sa main gauche qui semble être une bourse, allusion au devoir de secourir les pauvres (2 Co 9) ou peut-être à la collecte qu’il organisa au profit de l’Église de Jérusalem (1 Co 16, 1-4). Cette représentation de Paul ne correspond pas au modèle traditionnel. En effet, « il est un des rares saints qui, dès le haut Moyen Âge, présente un type physique stable. Il est petit, contrefait, chauve, avec un front bombé et une longue barbe. » (Michel PASTOUREAU et Gaston DUCHET-SUCHAUX, La Bible et les saints, Paris, 2017, p.489)

Paul serait né et, en tous cas, a vécu à Tarse au début du premier siècle de notre ère. Il est un enfant de la diaspora et du monde cosmopolite de l’époque : il est juif, parle araméen et grec, et est citoyen romain. (Jérome MURPHY-O’CONNOR, Jésus et Paul. Vies parallèles, 2006, p.33) Jeune adulte, il rejoint Jérusalem, lors d’un pèlerinage pour la Pâque. C’est là qu’il adhère au mouvement pharisien (Ac 22, 1-4) dont il devient un militant acharné jusqu’à persécuter les chrétiens. (Ga 1,13-19)

Sa rencontre avec le Christ (Ac 9, 3-19) le transforme en un propagateur de l’Évangile parmi les Juifs et les païens. Pour lui, plus besoin d’obéir à la Loi juive pour être chrétien : il ouvre à tous l’accès au salut.
Il parcourt le bassin méditerranéen à quatre ou cinq reprises et fonde de nombreuses Églises locales en Asie Mineure et en Grèce. Lors d’un retour à Jérusalem, il est arrêté par les Romains suite à une émeute dans le Temple (Ac 21, 27-36).
Citoyen romain, Paul en appelle à la juridiction de Rome où il est transféré vers 58-60. Il y prêche pendant deux ans en résidence surveillée. Libéré, il fait un voyage sans succès en Espagne (Ro 15, 24-28) avant d’être arrêté en 65 comme chrétien lors de la persécution provoquée par Néron. Fin 67 ou 68, il subit le martyre sur la route d’Ostie où il est décapité. (Jérome MURPHY-O’CONNOR, Jésus et Paul. Vies parallèles, 2006, p.135-144). Son corps repose en partie sous l’autel majeur de la basilique Saint-Paul-hors-les Murs.

Abbé Marcel Villers

ART ET FOI : CHRIST EN CROIX

LE CHRIST EN CROIX

La mort du Christ est rapportée par les quatre évangiles : Mc 15,33-37 ; Mt 27, 45-50 ; Lc 23, 44-46 ; Jn 19, 28-30.

Description du panneau
Le Christ a les yeux fermés. Il porte la couronne d’épines. Il est cloué à la croix par les mains et les deux pieds, le flanc droit percé par la lance d’où s’écoule le sang (Jn 19,34). Les jambes ne sont pas croisées. Au-dessus de sa tête, le titulus ou écriteau indiquant le motif de sa condamnation : « INRI » qui sont les lettres initiales des mots latins : Iesus Nazarenus Rex Iudaeorum, c’est-à-dire « Jésus le Nazaréen roi des Juifs », que Pilate avait fait mettre sur la croix selon Jean 19,20.
Des changements notables apparaissent dans la représentation de la Crucifixion au cours du XIIIe s. La croix va devenir beaucoup moins large. Du coup, la tablette qui supportait les pieds (suppedaneum), non attestée historiquement et n’apparaissant dans l’iconographie chrétienne qu’au VIIe siècle, disparait. Il n’y a plus de place pour des pieds parallèles fixés par deux clous. On passe d’un Christ à quatre clous à un crucifié à trois clous, les deux pieds étant ramenés l’un sur l’autre.

Sur le panneau du plafond de Theux, attribué à J. Helbig (1870) mais s’inspirant d’un original de 1630, on en reste aux quatre clous mais sans suppedaneum. On peut l’expliquer par le fait que le Concile de Trente, laisse aux artistes toute latitude à cet égard. » (Louis Réau, Iconographie de l’art chrétien, Paris, 1955-1959, p.480) Dès le début du XVe s., les bras du crucifié ne sont plus largement ouverts comme autrefois, et presque horizontaux, ils s’élèvent au contraire au-dessus de la tête et tendent à la verticale. La tête, qui était auparavant placée sur la traverse de la croix, est maintenant au-dessous. Le poids du corps porte sur les deux mains, et donne au corps l’image d’une sorte d’Y. Les jambes qui furent d’abord juxtaposées et les pieds seuls croisés, deviennent elles-mêmes croisées, le plus souvent la droite passée sur la gauche. (Emile Male, L’art français de la fin du moyen âge. L’apparition du pathétique, in Revue des Deux Mondes, tome 29, 1905). De nouveau, le panneau de Theux semble à mi-chemin entre ces deux modèles de Christ en croix.

Un détail, emprunté aux mystiques, achève la physionomie du Christ du XVe s. Il a été crucifié, non pas la tête nue, mais avec la couronne d’épines. Cette couronne apparaît au début du XIVe s. Les évangiles ne la mentionnent pas sur la tête de Jésus lors de sa crucifixion. D’ailleurs, la tradition iconographique montre d’abord un Christ à la tête nue, puis on trouve au XIe s. le Christus triumphans portant la « corona », diadème royal parfois réduit à un filet d’or orné d’une gemme sur le front. Ce n’est qu’à partir du XIIIe s., dans le cadre de la dévotion au Christus patiens, qu’apparaît l’iconographie de la couronne d’épines. (Jacques de Landsberg, L’art en croix : le thème de la crucifixion dans l’histoire de l’art, Paris, 2001, p. 30)

Abbé Marcel Villers

Illustration : panneau peint de la nef de l’église de Theux

Voeux de Noël

« Debout ! Le Seigneur vient !

La parole s’infiltre et ébranle nos coeurs.

Voici le Royaume, il s’approche.

Il est là.

Réveillons-nous ! »

(Hymne cistercien)

HOMÉLIE DES DIMANCHES D’AVENT Theux 2025

Premier dimanche d’Avent 2025

Est-ce que nous savons attendre ? Et si oui, qu’attendons-nous ?
Que tout continue comme maintenant ou que les choses changent ?
Attendre le Seigneur, c’est veiller, donc agir et non dormir ; c’est faire venir le Royaume dont il a annoncé la venue.

Lève-toi, il est temps. L’heure est venue de sortir de notre torpeur, écrit saint Paul, de notre train-train habituel. Mettons-nous en marche sur les chemins de la justice où le Seigneur nous précède.
Il est le Prince de la Paix ;
le libérateur des captifs ;
l’étranger venu frapper à notre porte ;
l’enfant de Dieu que tous nous sommes.

Ce sont les quatre thèmes que nous méditerons en ce temps d’Avent, autant de réalités de notre aujourd’hui : la guerre, les otages, les migrants rejetés, les enfants abusés ou refusés.

Veillez. Tenez-vous prêts, nous dit l’évangile.
Sortez de votre sommeil, proclame Saint Paul.
Quant au prophète Isaïe, il incite à miser sur la paix : De leurs épées, ils forgeront des socs de charrue, on ne s’entrainera plus pour la guerre.

Cet enjeu est plus actuel que jamais. En 2024, on a dénombré 61 conflits dans le monde, dont 18 guerres : Ukraine, Gaza, Soudan, Congo, etc.

Pouvons-nous rester passifs ?
Non. Lève-toi, il est temps. Ce sera notre mot d’ordre pour ce temps de l’Avent. Mais vous me direz : que voulez-vous que j’y fasse ? comment puis-je, moi seul, changer les choses ?

Cette résignation, ce constat d’impuissance, nous le partageons aisément.  Mais ce n’est pas une fatalité comme le démontre par son action Ella Mindja, jeune catholique congolaise, originaire du Sud-Kivu, pour qui «la guerre est une réalité qui l’accompagne depuis l’enfance».

Depuis près de trente ans, des groupes armés s’affrontent dans l’Est du Congo. Et les femmes paient le prix le plus lourd. Elles sont violées, déplacées, réduites au silence. Mais, dans ce chaos, elles ne sont pas que des victimes. Elles sont surtout et souvent des actrices essentielles de survie. Ce double héritage – la douleur et la résistance – a forgé la vocation d’Ella Mindja : faire du droit une arme pacifique. Elle a choisi les études de droit et est devenue avocate militante. Des villages de Bukavu aux tribunes de l’ONU, Mindja a porté la voix des femmes congolaises, elles qui refusent la résignation.

Pour elle, la paix ne se décrète pas; elle se construit avec celles qui ont survécu. La paix véritable naît de la vie quotidienne, de la survie, de la solidarité. En ce sens, la femme congolaise est la première diplomate de la paix. Car les femmes continuent de croire à la possibilité d’un lendemain. Elles sont veuves, mères, orphelines, mais debout.

Aux jeunes filles congolaises qui grandissent dans la peur, Mindja adresse ce message: «La volonté de Dieu ne nous conduit jamais là où sa grâce ne peut nous soutenir. Vous avez déjà montré une force extraordinaire. C’est à vous maintenant de bâtir, pierre après pierre, le pays que nous voulons». La paix n’est pas un rêve abstrait, mais un travail quotidien, une conversion du regard et des structures;

Et nous, alors ? Que pouvons-nous faire ?. Là où nous sommes, devenir des instruments de paix comme le propose la prière de saint François d’Assise.

Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix !
Là où il y a de la haine, que je mette l’amour.
Là où il y a l’offense, que je mette le pardon.
Là où il y a discorde, que je mette l’union.
Là où il y a désespoir, que je mette l’espérance.
Là où il y a les ténèbres, que je mette la lumière.
Là où il y a la tristesse, que je mette la joie.

Abbé Marcel Villers