SOURCES : 155. VIVRE L’INESPÉRÉ

SOURCES

Dans cette rubrique, il est question de sources, celles qui nous font vivre, celles qui donnent sens à notre action, celles qui contribuent à construire notre identité. Aujourd’hui comme hier, nous avons besoin de boire à ces sources pour vivre et donner sens à notre engagement. Nous vous proposons la lecture de la lettre écrite aux jeunes par Frère Roger pour l’ouverture du concile des jeunes de 1974 à Taizé.

Vivre l’inespéré (3)

 Heureux celui qui meurt d’aimer.
Sans relâche, ô Christ, tu m’interpelles et me demandes :
Qui dis-tu que je suis ?
Tu es celui qui m’aimes jusque dans la vie qui ne finit pas.

Le non qui est en moi, tu le transfigures jour après jour en oui.
Tu me demandes non pas quelques bribes,
mais toute mon existence.

Tu es celui qui, de jour et de nuit, pries en moi sans que je sache comment.
Mes balbutiements sont prière :
t’appeler par le seul nom de Jésus emplit notre communion.

Tu es celui qui, chaque matin, passes à mon doigt
l’anneau du fils prodigue, l’anneau de fête.

Et moi, pourquoi ai-je hésité si longtemps ?
Ai-je échangé le rayonnement de Dieu contre l’impuissance,
ai-je abandonné la source d’eau vive
pour me creuser des citernes lézardées qui ne tiennent pas l’eau ?

Toi, inlassablement, tu me cherchais.
Pourquoi ai-je hésité à nouveau,
demandant de me laisser du temps pour m’occuper de mes affaires ?
Après avoir mis la main à la charrue,
pourquoi avoir regardé en arrière ?
Sans trop le savoir,
je me rendais impropre à te suivre.

Pourtant, sans t’avoir vu, je t’ai aimé.
Tu me répétais : vis le très peu de chose que tu as compris de l’Evangile.
Annonce ma vie parmi les hommes.
Allume un feu sur la terre.
Toi, suis-moi…

Frère Roger de Taizé, Vivre l’inespéré, 1983

ROGER SCHUTZ (1915-2005), protestant d’origine suisse, fils de pasteur. Il s’installe en France en 1940, dans le village de Taizé où il fonde une communauté monastique œcuménique. 

CLÉS POUR LIRE LUC : 45. LA FOI SAUVE

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile. Cette semaine, Lc 17, 11-19 du 28e dimanche ordinaire.

La foi qui sauve
Jésus, Maître, prends pitié de nous. (Lc 17, 13)

Le cri d’appel des lépreux à Jésus n’est pas une demande formelle de guérison. « Allez vous montrer aux prêtres » (17, 14), leur répond Jésus. Selon la législation, ce sont les prêtres qui constatent la guérison. Mais Jésus n’a fait aucun geste ni prononcé une parole de guérison. Les dix lépreux ne sont pas guéris et néanmoins, ils font confiance et obéissent à Jésus. « En cours de route, ils furent purifiés. » (17, 14) La parole de Jésus est puissante qui guérit à distance.

La guérison n’est pas le salut. Un seul, « voyant qu’il était guéri, revint en glorifiant Dieu. » (17, 15) Et Jésus de constater : « il ne s’est trouvé que cet étranger pour rendre gloire à Dieu. » (17, 18) Seul sur les dix guéris, il est déclaré sauvé. « Va, ta foi t’a sauvé. » (17, 19) Le salut est donc bien plus que la guérison physique. Et la foi plénière de celui qui revient est bien plus que la foi-confiance des dix. La guérison ne débouche sur le salut que si elle conduit à une relation personnelle avec Jésus. « Il se jeta face contre terre aux pieds de Jésus. » (17, 16)

Une liturgie : du cri à l’action de grâces
« Ce récit est jalonné de termes à résonnance liturgique : « Aie pitié » (éleison), « glorifier » (doxazô), « rendre grâces » (eucharistéô). Le demi-tour fait par l’homme guéri et reconnaissant exprime l’idée de conversion qui se retrouve dans les récits de résurrection chez Luc (24,9. 33. 52). « Relève-toi et va » (17, 19) évoque bien sûr la résurrection, et correspond aussi à l’envoi final du culte chrétien : Guéri, remis sur pieds, repars sur les chemins de la vie. » (Charles L’EPLATTENIER, Lecture de l’évangile de Luc, 1982) Voilà qui manifeste combien la liturgie des premières communautés est un des milieux de vie où sont nés les évangiles. Ces derniers reliaient à Jésus les pratiques liturgiques naissantes.

Abbé Marcel Villers

SOURCES : 154. VIVRE L’INESPÉRÉ

SOURCES

Dans cette rubrique, il est question de sources, celles qui nous font vivre, celles qui donnent sens à notre action, celles qui contribuent à construire notre identité. Aujourd’hui comme hier, nous avons besoin de boire à ces sources pour vivre et donner sens à notre engagement. Nous vous proposons la lecture de la lettre écrite aux jeunes par Frère Roger pour l’ouverture du concile des jeunes de 1974 à Taizé.

Vivre l’inespéré (2) 

« L’essentiel demeure caché à tes propres yeux.
Mais l’ardeur de ta recherche en est soutenue plus encore,
pour avancer vers l’unique réalité.
Alors, peu à peu, il devient possible de pressentir
la profondeur, la largeur, d’un amour qui dépasse toute connaissance.
Là tu touches aux portes de la contemplation.
Là tu puises les énergies pour les recommencements,
pour l’audace des engagements.

… En tout homme se trouve une part de solitude
qu’aucune intimité humaine  ne peut combler,
pas même l’amour le plus fort entre deux êtres.
Qui ne consent pas à ce lieu de solitude connait la révolte
contre les hommes, contre Dieu lui-même.

Pourtant tu n’es jamais seul.
Laisse-toi sonder jusqu’au cœur de toi-même,
et tu verras que tout homme est créé pour être habité.
Là, au creux de l’être,
là où personne ne ressemble à personne,
le Christ t’attend.
Là se passe l’inattendu.

… Après coup seulement, parfois longtemps après, tu comprendras :
le Christ a passé, sa surabondance a été donnée.
Au moment où les yeux s’ouvrent à ce passage, tu te diras :
« Mon cœur n’était-il pas tout brûlant au-dedans de moi
pendant qu’il me parlait ? »

Frère Roger de Taizé, Vivre l’inespéré, 1983

ROGER SCHUTZ (1915-2005), protestant d’origine suisse, fils de pasteur. Il s’installe en France en 1940, dans le village de Taizé où il fonde une communauté monastique œcuménique. 

CLÉS POUR LIRE LUC : 44. FOI ET MOUTARDE

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile. Cette semaine, Lc 17, 5-10 du 27e dimanche ordinaire.

La foi et la moutarde
Seigneur, augmente en nous la foi ! (Lc 17, 5)

La réponse de Jésus est encourageante : « Si vous aviez de la foi, gros comme une graine de moutarde… » (17, 6). Il suffit de peu. La foi est une réalité qui peut augmenter, mais même minime, elle peut produire des effets extraordinaires : « vous auriez dit à l’arbre que voici : Déracine-toi et va te planter dans la mer, et il vous aurait obéi » (17, 6).

S’agit-il de faire des miracles et des prodiges pour impressionner les gens et les amener à la foi ? La foi a-t-elle besoin de manifestations grandioses pour être crue ? L’arbre qui va se planter dans la mer, n’est-ce pas tout simplement l’image du royaume de Dieu qui va se planter au cœur du mal ? On saisit alors que la foi, même infime, est victoire sur le mal et la mort.

N’allons pas imaginer que nous soyons capables par nous-mêmes de ces réalisations exceptionnelles. « Nous sommes de simples serviteurs : nous n’avons fait que notre devoir » (17, 10).

La graine de moutarde et l’arbre dans la mer
Dans cette comparaison, commencement et fin s’opposent : la foi comme une graine de moutarde, la plus petite des graines, et l’arbre planté dans la mer, triomphant ainsi des flots par sa taille. Ce contraste indique que « dans ce qui est minuscule agit déjà ce qui le rendra immense. Dans l’instant présent s’amorce déjà ce qui va arriver, mais qui est encore caché. C’est pourquoi il faut croire à la présence cachée du Royaume dans l’action de Jésus où partant de ce qui n’est rien, et malgré tous les échecs, Dieu mène à son achèvement ce qu’il a commencé. Il s’agit de prendre Dieu au sérieux et de compter réellement sur lui, en dépit de toutes les apparences » (J. JÉRÉMIAS, Les paraboles de Jésus, 1962). Telle est la foi !

Abbé Marcel Villers