SOURCES : 153. VIVRE L’INESPÉRÉ

SOURCES

Dans cette rubrique, il est question de sources, celles qui nous font vivre, celles qui donnent sens à notre action, celles qui contribuent à construire notre identité. Aujourd’hui comme hier, nous avons besoin de boire à ces sources pour vivre et donner sens à notre engagement. Nous vous proposons, en trois épisodes successifs, la lecture de la lettre écrite aux jeunes par Frère Roger pour l’ouverture du concile des jeunes de 1974 à Taizé.

Vivre l’inespéré

« Avec le peuple de Dieu, avec des hommes de toute la terre,
tu es invité à vivre l’inespéré.
A toi tout seul, comment connaîtrais-tu le rayonnement de Dieu ?
Trop éblouissant pour être vu,
Dieu est un Dieu qui aveugle le regard.

Le Christ, lui, capte ce feu dévorant
et sans éclat laisse Dieu transparaître.
Connu ou non, le Christ est là, auprès de chacun.
Il est tellement lié à l’homme
qu’il demeure en lui, même à son insu.
Il est là comme un clandestin,
brûlure au cœur de l’homme,
lumière dans l’obscurité.

Mais le Christ est aussi un autre que toi-même.
Lui, le Vivant, se tient en avant et au-delà de toi.
Là est son secret, lui t’a aimé le premier.
Là est le sens de ta vie :
être aimé pour toujours,
aimé jusque dans l’éternité,
pour qu’à ton tour tu ailles jusqu’à mourir d’aimer.

Sans l’amour, à quoi bon exister ?
… Si tu pries, c’est par amour.
Si tu luttes pour rendre visage humain à l’homme exploité,
c’est encore par amour.
Te laisseras-tu introduire sur ce chemin ?
Au risque de perdre ta vie par amour,
vivras-tu le Christ pour les hommes ?

Frère Roger de Taizé, Vivre l’inespéré, 1983

ROGER SCHUTZ (1915-2005), protestant d’origine suisse, fils de pasteur. Il s’installe en France en 1940, dans le village de Taizé où il fonde une communauté monastique œcuménique.

CLÉS POUR LIRE LUC : 43. L’ABÎME

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile. Cette semaine, Lc 16, 19-31 du 26e dimanche ordinaire.

L’abîme
Ils ont Moïse et les prophètes : qu’ils les écoutent ! (Lc 16, 29)

« Quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus » (16, 31). Les riches resteront les riches et les pauvres resteront pauvres. Rien ne peut combler l’abîme entre eux « établi entre vous et nous, pour que ceux qui voudraient passer vers vous ne le puissent pas, et que, de là-bas non plus, on ne traverse pas vers nous » (16, 26). Cet abîme est celui qui sépare le ciel et l’enfer.

Le grand abîme qui séparait sur terre le riche et le pauvre est, dans l’au-delà, le même, mais inversé. Cette inversion révèle qu’un autre monde est possible, que Dieu a choisi son camp, celui du pauvre Lazare dont le nom signifie : « celui que Dieu secourt ». Reste à observer la Loi de Moïse : « Tu devras ouvrir ta main pour ton frère, pour ton pauvre et ton indigent » (Dt 15, 7-11).

L’au-delà
« Le pauvre mourut et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham. » (16, 22) « Au séjour des morts, le riche était en proie à la torture… je souffre terriblement dans cette fournaise » (16, 23-24). Deux situations sont opposées : le sein d’Abraham pour Lazare et la fournaise pour le riche.
« Les Juifs se représentaient le bonheur éternel comme un banquet auquel participent les patriarches. On y mangeait étendu sur un coussin, et la tête de chacun se trouvait près de la poitrine du voisin. Être dans le sein d’Abraham est donc une manière juive de dire être à côté de lui, à la place d’honneur dans le festin céleste. Le riche souffre de la soif, alors qu’il y a de l’eau là où se trouve Lazare. On songe au paradis merveilleusement irrigué par quatre fleuves (Gn 2, 9-14) » (ACEBAC, Les Évangiles, 1983).

 Abbé Marcel Villers

SOURCES : 152. AMOUR D’ÉTERNITÉ

SOURCES

Dans cette rubrique, il est question de sources, celles qui nous font vivre, celles qui donnent sens à notre action, celles qui contribuent à construire notre identité. Aujourd’hui comme hier, nous avons besoin de boire à ces sources pour vivre et donner sens à notre engagement.

Aimé d’un amour d’éternité

« M’aimes-tu ? » : c’est l’ultime question de Jésus à Pierre.
Depuis ce jour, à chaque être humain sur la terre, le Christ inlassablement demande :
« M’aimes-tu ? ».

Il est des jours où nous nous bouchons les oreilles :
cette question devient insupportable.
Elle est intolérable à qui n’a jamais connu un amour humain,
à qui n’éprouve que l’abandon.
Elle est intolérable à nous tous
quand elle révèle en nous cette part de solitude
qu’aucune intimité humaine ne peut combler,
cette part de solitude où Dieu nous attend.
Et quand s’exaspère la révolte,
cette question résonne comme une condamnation
tant il est vrai que personne ne peut aimer par un acte de la volonté.

Le savons-nous assez ?
Le Christ n’oblige jamais à l’aimer.
Mais lui, le Vivant, se tient aux côtés de chacun,
comme un pauvre, comme un obscur.
Il est là,
même dans les événements les plus minables,
dans la fragilité de l’existence.

Son amour est une présence
non pas d’un instant mais pour toujours.
Cet amour d’éternité ouvre un devenir au-delà de nous-mêmes.
Sans cet ailleurs,
sans ce devenir au-delà de lui-même,
l’homme n’a plus d’espérance…
et se dissipe le goût d’aller de l’avant.

Face à cet amour d’éternité,
notre réponse ne peut être que de nous abandonner. »

Frère Roger de Taizé, Vivre l’inespéré, 1983

ROGER SCHUTZ (1915-2005), protestant d’origine suisse, fils de pasteur. Il s’installe en France en 1940, dans le village de Taizé où il fonde une communauté monastique œcuménique. 

CLÉS POUR LIRE LUC : 42. HABILETÉ

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile. Cette semaine, Lc 16, 1-13 du 25e dimanche ordinaire.

L’habileté
Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête. (Lc 16, 9)

Comme le gérant de la parabole, nous disposons de biens qui vont bientôt nous être retirés. Que font les fils de ce monde dans cette situation ? Ils se dépêchent de se faire des amis grâce aux biens qu’ils gèrent. « Les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière » (16, 8).

Les biens matériels, l’argent ne sont pas nos maîtres, mais nos serviteurs. Ils doivent servir à se faire des amis. « Le jour où il (l’argent) ne sera plus là, ces amis vous accueilleront dans les demeures éternelles » (16, 9). Du bon usage de l’argent, Jésus nous donne le critère : l’amitié qu’il nous aura gagné.

Dieu ou Mamon
« Vous ne pouvez pas servir Dieu et l’argent » (16, 13). On a traduit par « l’argent » le terme utilisé par Luc : « mamon ». C’est un mot araméen désignant la richesse qui a passé dans le Talmud et qui avait un équivalent en phénicien. Le Talmud connaît et emploie couramment l’expression évangélique « mamon d’iniquité » ou « de mensonge », et « mamon d’impiété ». Ces expressions « iniquité, mensonge, impiété » sont traduites moins heureusement aujourd’hui par « malhonnête » (16, 9.11). Luc va plus loin encore dans le rejet de l’argent en l’élevant au rang de fausse divinité ou d’idole, qui s’égale à Dieu, comme Moloch ou Baal : « Vous ne pouvez pas servir Dieu et l’argent » (16, 13).

Abbé Marcel Villers