SOURCES : 168. FIDÉLITÉ ET FRATERNITÉ

SOURCES

Dans cette rubrique, il est question de sources, celles qui nous font vivre, celles qui donnent sens à notre action, celles qui contribuent à construire notre identité. La dernière lettre apostolique de Léon XIV, Une fidélité qui engendre l’avenir, consacrée au sacerdoce à l’occasion des soixante ans des décrets de Vatican II Optatam totius et Presbyterorum Ordinis, appartient à cette catégorie. Le pape y dessine une vision du prêtre en lien avec l’Église et le monde d’aujourd’hui que le journal La Croix résume avec ce titre : « la fin du prêtre en surplomb ».

Fidélité et fraternité

« Dans de nombreux contextes, notamment occidentaux, de nouveaux défis se posent dans la vie des prêtres, liés à la mobilité actuelle et à la fragmentation du tissu social. Cela signifie que les prêtres ne sont plus intégrés dans un contexte cohérent et croyant qui soutenait leur ministère dans le passé.

En conséquence, ils sont plus exposés aux dérives de la solitude qui éteint l’élan apostolique et peut provoquer un triste repli sur soi. C’est aussi pour cette raison que je souhaite… promouvoir des formes possibles de vie commune, afin  que les prêtres puissent « s’entraider pour le développement de leur vie spirituelle et intellectuelle, améliorer leur coopération dans le ministère, éviter les dangers que peut entraîner la solitude. » (1)

En cette période de grande fragilité, tous les ministres ordonnés sont appelés à vivre la communion en revenant à l’essentiel et en se rapprochant des personnes, afin de préserver l’espérance qui prend forme dans un service humble et concret.

Dans cette perspective, le ministère du diacre permanent, configuré au Christ Serviteur, est surtout signe vivant d’un amour qui ne reste pas à la surface, mais qui se penche, écoute et se donne.

La beauté d’une Église faite de prêtres et de diacres qui collaborent, unis par la même passion pour l’Évangile et attentifs aux plus pauvres, devient un témoignage lumineux de communion. Selon la parole de Jésus (cf. Jn 13, 34-35), c’est de cette unité enracinée dans l’amour réciproque que l’annonce chrétienne tire sa crédibilité et sa force.

C’est pourquoi le ministère diaconal, surtout lorsqu’il est vécu en communion avec sa propre famille, est un don à connaître, à valoriser et à soutenir. Le service discret mais essentiel d’hommes voués à la charité nous rappelle que la mission ne s’accomplit pas par de grands gestes, mais en étant unis par la passion pour le Royaume et par la fidélité quotidienne à l’Évangile.

Léon XIV, Une fidélité qui génère l’avenir, 8 décembre 2025, n° 17-18.

(1) Conc. œcum. Vatican II, Décr. Presbyterorum Ordinis (7 décembre 1965), 8.

CLÉS POUR LIRE MATTHIEU : 9. AU BORD DE LA MER

Clés pour lire l’évangile de Matthieu

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Matthieu. Cette semaine : Mt 4, 12-17.

Jésus au bord de la mer
Il quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaüm. (Mt 4, 13)

Nazareth, c’est le village, la famille, les amis. Jésus quitte tout cela : son pays, sa parenté, ses repères. Pour habiter au bord de la mer, là où l’espace s’ouvre et le multiple se vit. Capharnaüm, route de la mer, Galilée des nations ! Une région considérée comme païenne et idolâtre, peuplée d’étrangers de toutes sortes.

Matthieu sait que Jésus a œuvré en Galilée ; ce fait, il va le charger d’un sens fort qu’il va puiser dans sa méditation du prophète Isaïe (8, 23-9,1). « Galilée des nations ! Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu une grande lumière. » (4, 15-16) C’est l’espoir d’un rassemblement de tout le peuple de Dieu, alors exilé et dispersé, qu’annonce Isaïe en son temps et que Matthieu voit réalisé par Jésus dans cette Galilée, symbole de la destination universelle de la lumière qu’est l’Évangile.

Capharnaüm
« Ville de Galilée sur le lac de Génésareth, Capharnaüm est une ville frontière entre la Galilée d’Hérode Antipas et les territoires (à l’est du lac) de son frère Philippe. La ville possède un bureau de douane ou de péage, des fonctionnaires royaux, une garnison romaine. Jésus en fit le centre de son activité galiléenne. Il y habita tout comme Pierre et André. Il y enseigna à la synagogue et y réalisa de nombreuses guérisons. Mais il maudit la ville pour son incrédulité. Sa localisation a été controversée, mais elle est aujourd’hui située à Tell-Hum, à 4 km à l’ouest de l’embouchure du Jourdain dans le lac. » (CHOURAQUI André, L’univers de la Bible, tome VIII, Paris, 1985) Dans la langue familière, un capharnaüm désigne un lieu où règne la confusion et le désordre, à l’image de la ville multiculturelle et composite de l’époque de Jésus.

Abbé Marcel Villers

SOURCES : 167. FIDÉLITÉ ET SERVICE

SOURCES

Dans cette rubrique, il est question de sources, celles qui nous font vivre, celles qui donnent sens à notre action, celles qui contribuent à construire notre identité. La dernière lettre apostolique de Léon XIV, Une fidélité qui engendre l’avenir, consacrée au sacerdoce à l’occasion des soixante ans des décrets de Vatican II Optatam totius et Presbyterorum Ordinis, appartient à cette catégorie. Le pape y dessine une vision du prêtre en lien avec l’Église et le monde d’aujourd’hui que le journal La Croix résume avec ce titre : « la fin du prêtre en surplomb ».

Fidélité et service

« Seuls les prêtres et les personnes consacrées humainement mûres et spirituellement solides, c’est-à-dire des personnes chez lesquelles les dimensions humaine et spirituelle sont bien intégrées et qui sont donc capables d’entretenir des relations authentiques avec tout le monde, peuvent assumer l’engagement du célibat et annoncer de manière crédible l’Évangile du Ressuscité.

Il s’agit donc de préserver et de faire grandir la vocation dans un cheminement constant de conversion et de fidélité renouvelée, qui n’est jamais seulement un parcours individuel mais qui nous engage à prendre soin les uns des autres.

Cette dynamique est toujours une œuvre de la grâce qui embrasse notre fragile humanité, la guérissant du narcissisme et de l’égocentrisme.

Avec foi, espérance et charité, nous sommes appelés à entreprendre chaque jour la sequela du Seigneur en mettant toute notre confiance en Lui.

La communion, la synodalité et la mission ne peuvent en effet se réaliser si, dans le cœur des prêtres, la tentation de l’autoréférentialité ne cède pas la place à la logique de l’écoute et du service.

Comme l’a souligné Benoît XVI : « Le prêtre est le serviteur du Christ, au sens que son existence, configurée à Lui de manière ontologique, assume un caractère essentiellement relationnel: il est  dans le Christ,  pour le Christ et  avec le Christ au service des hommes.

Précisément parce qu’il appartient au Christ, le prêtre est radicalement au service des hommes: il est ministre de leur salut, de leur bonheur, de leur libération authentique, mûrissant, dans cette assomption progressive de la volonté du Christ, dans la prière, dans le « cœur à cœur » avec Lui ».

Léon XIV, Une fidélité qui génère l’avenir, 8 décembre 2025, n° 13.

CLÉS POUR LIRE JEAN : LE TÉMOIGNAGE DU BAPTISTE

Clés pour lire l’évangile de Jean

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons cette année fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. Aujourd’hui : Jn 1, 29-34 du 2° dimanche du temps ordinaire.

J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe
et il demeura sur lui. (Jn 1,32)

« Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint. » (1,33) Le baptême de Jésus, comme le nôtre, est un commencement, l’inauguration d’une existence nouvelle, qui est à la fois accomplissement de soi et de la mission particulière que Dieu attend de nous de toute éternité.

C’est par le baptême que commence la vie publique de Jésus, sa mission signifiée par le don de l’Esprit Saint. Comme l’indique Jean-Baptiste : « Si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il soit manifesté à Israël. » (1,31) Le baptême de Jésus par Jean révèle, manifeste à tous qui est ce Jésus qui sort ainsi de l’incognito. « Moi, j’ai vu et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. » (1,34)

L’agneau de Dieu
« La référence à l’agneau peut avoir trois fondements dans l’Ancien Testament : soit l’agneau d’Isaïe 53,7 (« comme un agneau traîné à l’abattoir ») et dans ce cas Jean verrait en Jésus la figure du serviteur souffrant qui prend sur lui la condition pécheresse du monde ; soit l’agneau immolé et dressé de l’Apocalypse, capable de l’emporter contre le péché (Ap 5,6) ; soit l’agneau pascal car selon Jn 19,14, Jésus est condamné à l’heure où au Temple les prêtres sacrifient les agneaux pour la fête de Pâque. Il ne faut pas oublier que l’évangéliste écrit après Pâque pour des croyants. Un tel titre, « agneau de Dieu », donné à Jésus peut recouvrir les trois sens. » (Alain MARCHADOUR, L’Évangile de Jean, 1992)

Abbé Marcel Villers