CLÉS POUR LIRE JEAN : 9. ILS N’ONT PLUS DE VIN

Clés pour lire l’évangile de Jean

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. En ce début d’année, le premier signe de Jésus : Jn 2, 1-11.         

Des noces à Cana.
Il manifesta sa gloire et ses disciples crurent en lui. (Jn 2,11)

A Cana, l’Évangile s’ouvre : il est Bonne nouvelle pour tous, pour l’univers entier à qui les disciples le porteront. Puisez et portez-en à tous les peuples, nous commande Jésus. Alors ils goûteront l’eau changée en vin. Et ils s’étonneront : d’où vient ce vin ? Jésus est le bon vin que Dieu a gardé jusqu’à maintenant. Comme aucun vin connu, avec luxe et largesse, il comble le désir de joie et de vivre de tout homme.

Cana est, en quelque sorte, le paradigme de toute la vie et de la mission de Jésus. Avec Jésus est venue l’Heure où Dieu se donne sans mesure à tous les hommes comme le vin est dispensé luxueusement à Cana. Avec Jésus, l’espérance triomphe de la tristesse, la vie jaillit de la mort, la défaite se transforme en victoire, l’eau est changée en vin. C’est tout le mystère pascal qui est annoncé à Cana.

Le commencement des signes (Jn 2,11)
On considère l’évangile de Jean comme le livre des signes. « Ces signes sont au nombre de six : le changement de l’eau en vin aux noces de Cana (chapitre 2), la guérison du fils de l’officier royal (chapitre 4), celle de l’infirme à la piscine de Bethesda (chapitre 5), la multiplication des pains (chapitre 6), la guérison de l’aveugle-né (chapitre 9), la résurrection de Lazare (chapitre 11). A cette série s’ajoute le signe par excellence annoncé tout de suite après le miracle de Cana : la destruction et le relèvement du Temple (chapitre 2), figure de la mort et de la résurrection du corps de Jésus. Comme la suite des sept jours avait rythmé le récit de la création (Gn 1), les sept signes évoqués rythment les récits de la révélation apportée par Jésus-Christ. » (François GENUYT, L’économie des signes, 1992)

Abbé Marcel Villers

SOURCES : 117. NÉ DE L’ESPRIT

SOURCES

En ce début d’année, la liturgie dominicale nous fait découvrir les premiers faits et gestes de Jésus. Invitation à nous remémorer nos premiers pas à sa suite, lui le chemin et la vie. Méditons sur le premier moment, notre baptême, fondement et entrée dans l’existence chrétienne.

                      Né de l’Esprit

« Le baptême est l’immersion totale
dans l’eau asphyxiante de la mort
d’où l’on émerge dans la joie

de respirer à nouveau,
de respirer l’Esprit.

Car l’eau, devenant de mortelle vivifiante,
incorpore, selon son symbolisme naturel,
la puissance résurrectionnelle de l’Esprit.

L’eau se referme sur l’initié comme un tombeau.
Pour que le tombeau devienne matrice,
il faut l’intervention transcendante du Saint-Esprit.

L’Esprit donné d’en-haut fait naître à nouveau l’homme
en revêtant d’une lumière encore germinative, mais réelle
son être entier, son cœur, son intelligence, son désir,
toutes ses facultés, ses sens mêmes.

Il faut rappeler ici les paroles de Jésus à Nicodème.
Nul, s’il ne naît de l’eau et de l’Esprit,
Ne peut entrer dans le Royaume de Dieu…
Il vous faut naître d’en-haut (ou : à nouveau).

C’est l’Esprit qui modèle l’homme
renouvelé dans l’eau devenant maternelle.
Elle s’identifie aux eaux originelles que couve l’Esprit,
mais cette fois pour une re-création. »

Olivier CLÉMENT, Sources. Les mystiques chrétiens des origines, 1982.

OLIVIER CLÉMENT (1921-2009). Originaire du sud de la France, jeune professeur de lettres, il se convertit à la foi chrétienne et, à trente ans, reçoit le baptême dans l’Église Orthodoxe. Il se familiarise avec la pensée spirituelle et théologique russe en France dont le cœur est l’Institut de théologie Saint-Serge de Paris où il enseignera par la suite.

CLÉS POUR LIRE LUC : 8. BAPTÊME DANS LE JOURDAIN

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Luc. Cette semaine : Lc 3,15-16.21-22 de la fête du baptême du Seigneur.

Le ciel s’ouvre et l’Esprit descend
Il y eut une voix venant du ciel : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ;
en toi, je trouve ma joie. » (Lc 3,22)

C’est pendant que Jésus priait que lui est révélée son identité de Fils bien-aimé du Père éternel. La prière est cette union intime avec Dieu où nous apprenons de lui qui nous sommes et quelle est notre mission. Jésus vient de sortir du silence et de l’obscurité de la vie cachée à Nazareth. Il est en quête de ce que Dieu attend de lui en ces temps où « le peuple était en attente et tous se demandaient si Jean n’était pas le Christ » (3,15).

Jean fait place, « il vient celui qui est plus fort que moi » (3,16). Il s’efface et passe en quelque sorte le relais à Jésus qui va s’éloigner du Jourdain et rejoindre la Galilée pour y entamer sa prédication de l’imminence du Royaume de Dieu. Il répond ainsi à l’attente du peuple que Jean et son baptême ne pouvaient que cultiver et non combler. Au baptême dans l’eau va succéder celui « dans l’Esprit-Saint et le feu » (3,16).

Le baptême de Jésus et sa vocation
« L’historicité du baptême de Jésus par Jean est universellement admise, mais on a beaucoup discuté sur le sens qu’a eu pour Jésus le fait de se soumettre à un baptême qui signifiait la repentance de ses péchés… Nous ignorons complètement ce que se dirent Jésus et Jean, mais on peut tirer une information importante de la conduite ultérieure de Jésus. Avant son baptême, il était artisan à Nazareth ou dans l’une des petites villes qui bordent le lac… Après son baptême, il est un prédicateur itinérant dont le message est le même que celui de Jean. Le Baptiste doit donc avoir convaincu Jésus que sa vocation était d’être un prophète. » (J. MURPHY-O’CONNOR, Jésus et Paul. Vies parallèles, 2006, p. 62)

Abbé Marcel Villers

SOURCES : 116. INCARNATION

SOURCES

Au cours de ce temps de Noël, laissons nous saisir par l’espérance que nous offre l’Enfant de Bethléem. Abandonnons nous dans les bras de cet Enfant qui nous attire vers lui. Il est le Fils de Dieu, le Verbe fait chair.

L’Éternel est devenu temps

« Le fils de Dieu s’est fait homme, la Raison éternelle de monde s’est faite chair.
Du même coup, le temps et la vie de l’homme ont été transformés.

Dieu s’est fait homme. Il partage notre destin, connaît nos joies et éprouve nos misères.
Nous n’aurons plus à le chercher dans les profondeurs infinies du ciel.
Il partage totalement notre condition, la faim, la fatigue, les inimitiés,
la peur de mourir, une mort misérable.

Que l’infini de Dieu ait ainsi assumé l’étroitesse de notre condition humaine,
que la béatitude ait assumé la tristesse mortelle de notre terre,
que la Vie ait assumé la mort,
voilà bien la vérité la plus invraisemblable.
Mais c’est elle, cette lumière obscure de la foi, et elle seule,
qui donne à nos nuits quelque clarté,
c’est elle seule qui en fait de saintes nuits.

Le message de Noël, c’est que Dieu est venu vers nous.
Il est venu d’une façon telle qu’il ne lui est désormais plus possible,
sans le monde et sans nous, de retrouver
l’éclat terrible de sa propre gloire.

La naissance de cet enfant a tout changé.
A partir du Verbe fait chair, foyer de tout ce qui existe,
tout désormais s’achemine,
sous la poussée inexorable de l’amour,
vers la Face de Dieu.

Karl Rahner, L’homme au miroir de l’année chrétienne, 1966.

KARL RAHNER (1904-1984), jésuite allemand, théologien et un des experts influents lors du Concile Vatican II.