SOURCES : 106. CHAIR ET ESPRIT

                                      La chair et l’Esprit

« Tous ceux qui craignent Dieu, qui croient à l’avènement de son Fils,
qui, par la foi, établissent en leurs cœurs l’Esprit de Dieu,
ceux-là méritent d’être appelés des hommes, purs, spirituels, vivant pour Dieu,
car ils ont l’Esprit du Père,
qui purifie l’homme et le soulève à la vie de Dieu.

Car si, au témoignage du Seigneur, la chair est faible,
de même aussi l’Esprit est prompt.
Et il peut rendre parfait tout ce qu’il possède.

Si donc un homme applique, comme un aiguillon,
la promptitude de l’Esprit à la faiblesse de la chair,
il est inévitable que ce qui est fort l’emporte sur ce qui est faible,
que la faiblesse de la chair soit absorbée par la force de l’Esprit,
Cet homme-là ne sera plus charnel
mais spirituel, grâce à la communion de l’Esprit.

C’est ainsi que les martyrs rendent leur témoignage
Et bravent la mort,
Non selon la faiblesse de la chair
Mais selon la promptitude de l’Esprit. »

Irénée de Lyon, Contre les hérésies

IRÉNÉE DE LYON (130-208), originaire d’Asie Mineure, devenu prêtre, se rend en Gaule où les colonies marchandes orientales se multiplient dans la vallée du Rhône, véhiculant avec elles le christianisme. Ainsi se sont développées, au début du IIe siècle, les communautés de Lyon et de Vienne. La persécution de 177 décapite ces jeunes Églises. Irénée est élu évêque de Lyon et Vienne. Il évangélise bourgs et campagnes des pays de Saône. Contre la gnose, un mouvement spirituel élitiste et spéculatif, il développe une vigoureuse théologie qui met l’accent sur l’incarnation.

CLÉS POUR LIRE MARC : 47. SERVIR OU ÊTRE SERVI

Clés pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 10, 35-45 du 29e dimanche du temps ordinaire.

Être servi ou servir
Les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi.
(Mc 10,43)

Un des problèmes essentiels que pose la vie en société, ici en Église, est celui du pouvoir. On peut l’envisager de deux points de vue : son organisation et sa norme ou son éthique. Jésus met en évidence deux modes de fonctionnement ou plutôt deux systèmes de valeurs ou éthiques du pouvoir.
« Ceux que l’on regarde comme chefs des nations les commandent en maîtres ; les grands font sentir leur pouvoir. » (10,42) Le pouvoir se fait domination, asservissement. Le modèle, c’est le maître qui commande. « Celui qui veut être parmi vous le premier sera l’esclave de tous. » (10,44) Le pouvoir est service et don de soi. Le modèle, c’est Jésus, « pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. » (10,45)
On passe ainsi du maître à l’esclave. Subversion radicale des codes politiques.

Jacques et Jean, les fils de Zébédée
Jacques et Jean, originaires de Bethsaïde, sont deux frères, fils de Zébédée. Ils sont pêcheurs au bord du lac de Tibériade (Mc 1,19-20). Ils sont surnommés « fils du tonnerre » par Jésus (Mc 3,17). Leur mère s’appelait Marie et suivra Jésus jusqu’au Calvaire. Avec Pierre, Jacques et Jean sont les trois intimes de Jésus et partagent les moments clés de l’itinéraire du Christ : la résurrection de la fille de Jaïre (Mc 5,37), la transfiguration (Mc 9,2), l’agonie au jardin des Oliviers (Mc 14, 33), l’apparition de Jésus ressuscité aux bords du lac (Jn 21,2). Seul des Douze, Jean était au pied de la croix avec Marie, la mère de Jésus. Selon les Actes (12,2), Hérode Agrippa 1er fit décapiter Jacques, « frère de Jean ». Il est ainsi la premier des Apôtres à mourir pour sa foi. Selon la tradition (IIe-IIIe s.), Jean se serait établi à Éphèse avec la Vierge Marie où il aurait rédigé son évangile. Il est ensuite exilé à Patmos après avoir à Rome échappé à la mort au cours de la persécution de Domitien (vers 95). Suite à une révélation, Jean aurait composé le livre de l’Apocalypse sur l’île de Patmos où il serait mort très âgé.

Abbé Marcel Villers

SOURCES : 105. CONNU COMME INCONNU

      Connu comme inconnu

 « ll est connu comme inconnu.
C’est à lui que nous ressemblons le plus.
A lui que nous ressemblons le moins.

Il est souverainement communicable
Et souverainement inaccessible.

Il est le maître, il est le père.
Il voit tout de l’intérieur et ne connaît que lui.

Il se donne en attirant à lui.
Il est l’amour infini qui donne tout et ne reçoit rien.

Il est la générosité essentielle parce que juste.
Il est patient et fidèle parce qu’immuable.
Il est doux parce que puissant et intime.

Il est le saint, le grand séparé.
Il est le silence infini et sa parole crée les mondes.

Il n’a qu’une pensée et toute pensée vient de lui.
Il n’a qu’un amour et tout amour coule de lui.

Il est Dieu.
Il est le seul.
Il est.

Il nous a fait à son image et comme à sa ressemblance.
Et le Verbe s’est fait chair.
Il ne connaît le mal qu’à travers le bien qu’il avait voulu.
Et il a planté sa demeure parmi nous.
Et nous l’avons vu plein de grâce et de vérité. »

Jacques Loew, Dans la nuit, j’ai cherché, 1969

Jacques LOEW (1908-1999), dominicain français, prêtre ouvrier, fondateur de la Mission ouvrière Saints-Pierre-et-Paul, et fondateur de l’École de la Foi à Fribourg (Suisse). Ordonné prêtre en 1939, il s’engage dès 1941 comme docker sur le port de Marseille, dans un monde alors largement sous-prolétaire. Toute sa vie, ce missionnaire atypique a cherché à transmettre l’Évangile aux hommes éloignés de la foi.

CLÉS POUR LIRE MARC : 46. UNE SEULE CHOSE

Clés pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 10, 17-30 du 28e dimanche du temps ordinaire.

Une seule chose te manque
Comme il est difficile d’entrer dans le royaume de Dieu ! (Mc 10,24)

« Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima. » (10, 21) C’est la seule fois dans les évangiles où on dit l’amour de Jésus pour quelqu’un. Cet homme observe les commandements depuis sa jeunesse, et cependant il reste insatisfait, et s’interroge sur ce qu’il doit faire « pour avoir la vie éternelle en héritage. » (10,17) Voilà qui motive l’amour de Jésus.
Au « que dois-je faire ? » (10,17), la réponse de Jésus est son propre comportement : le détachement de tout, l’abandon de sa vie dans les mains du Père éternel. Bref, offrir sa vie plutôt que la garder, car la sauver est le plus sûr moyen de la perdre. « Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres… Puis viens, suis-moi. » (10,21)
On peut résumer en deux actes : rupture et suite. « Vends ce que tu as » ; « suis-moi » qui marche sur le chemin de Jérusalem, vers la mort et la résurrection. Est-ce possible pour tous, ce comportement exigé par Jésus ? Mais alors « qui peut être sauvé ? » (10, 26)

Jésus et les riches
« Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu » (10,25) Jésus prend clairement parti pour les pauvres et contre la richesse. Il partage ce tranchant avec les cercles apocalyptiques, qui rangent la richesse parmi les vecteurs du mal. La richesse est l’ennemie de Dieu. D’un autre côté, on constate que Jésus fait un usage assez libre de la richesse des autres. Lui et ses compagnons se font entretenir par des femmes aisées (Lc 8,3). Il accepte les invitations à manger et ne dédaigne pas rencontrer les gens fortunés, ainsi l’homme riche qu’il appelle à le suivre. Bref, l’accent sur la dénonciation de la richesse n’exclut pas un appel lancé aux riches. Cette ambivalence est une des énigmes de Jésus : ni apologie de la misère, ni justification de la fortune. (Daniel MARGUERAT, L’homme qui venait de Nazareth, 1990, p.60-61)

Abbé Marcel Villers