Homélie pour les funérailles d’un pilote

L’évangile choisi pour ce jour était la découverte du tombeau vide par Marie-Madeleine, Pierre et Jean (Jean 10,1-9)

Ce qui se passe pour Marie-Madeleine et les apôtres lorsqu’ils découvrent le tombeau vide, c’est ce qui se passe encore pour nous aujourd’hui.

Le tombeau est vide ; dans certains textes, l’ange annonce : Jésus est ressuscité. Il y a une réalité, un message, mais chacun va devoir faire son expérience, arriver à la foi et, on le voit dans les textes, c’est différent pour chacun.

C’est encore la réalité aujourd’hui. Sans doute, comme pour beaucoup d’entre nous, lorsqu’il était enfant, Alain Jamar a reçu ce message, ces mots : Jésus est ressuscité, c’est Pâques, Il est ressuscité, alléluia. Comme si c’était une évidence. Mais il a dû mettre du contenu, une expérience intérieure sur ces mots.

Il y a le message et il y a ce que nous vivons, ce que Monsieur Jamar a vécu.

Lorsque nous nous sommes rencontrés pour faire connaissance et préparer cette célébration, vous disiez qu’il était croyant, qu’il avait une ligne directe avec Dieu, mais que c’était son secret, qu’il n’en parlait pas du tout.

Après vous avoir entendu parler de sa vie, je me dis qu’il a vécu des événements, des réalités de vie qui, tôt ou tard, d’une manière ou l’autre, touchent à la foi, à la question de Dieu.

Il était pilote, toute sa vie il a volé, il était dans l’infini du ciel. Il a survolé une nature pas encore trop ravagée par l’homme. Il aimait la mer. Pour beaucoup, le ciel, la mer, la nature sont des lieux qui font pressentir une source à la vie, aux origines du monde. Avec des questions : Est-ce Dieu, est-ce bien Dieu ? ou avec des convictions profondes et des mercis : Que c’est beau, que c’est grand. Merci. Merci, mon Dieu !

Monsieur Jamar, qu’a-t-il vécu à ce niveau ?

Il a rencontré, côtoyé la souffrance. Il y a été confronté, il a aidé des gens en souffrance. Il cherchait la rencontre vraie, sans artifice. Dans ces réalités de vie, tôt ou tard, se pose la question de Dieu et de ses actions. Est-ce Dieu qui veut cela ? Que fait-Il ? La bonté, l’accueil, la vérité que l’on découvre à côté de la souffrance est pour certains une réponse : Dieu agit dans cette bonté !

Monsieur Jamar, qu’a-t-il vécu en ce domaine ?

À côté de sa vie professionnelle, il y avait sa vie de couple et de père. Vous disiez que la naissance de sa fille l’avait profondément touché.

Lors des rencontres de préparation aux baptêmes, à une époque, j’utilisais un petit questionnaire pour aider les parents à exprimer pourquoi ils demandaient le baptême. Parmi les réponses possibles, il y avait : Pour remercier Dieu qui m’a donné cet enfant. Pour les parents qui prenaient cette réponse, la naissance de leur enfant était une véritable expérience spirituelle.

Et pour Monsieur Jamar ?

Après vous avoir entendues parler de lui, je suppose que Monsieur Jamar a vécu avec une intensité particulière ces réalités de vie qui amènent tôt ou tard, si on est croyant, même simplement un peu croyant, à la question de Dieu, à la vie intérieure, la vie spirituelle, la rencontre avec Dieu.

Qu’a-t-il vécu ? C’est son secret.

Mais dans la foi chrétienne, nous croyons qu’aujourd’hui il découvre Celui qu’il cherchait ; qu’il rencontre Celui qu’il avait déjà rencontré ; qu’il comprend ce qui parfois l’a peut-être aidé, soutenu, suivant ce qu’il vivait ; qu’il trouve des réponses aux questions qu’il se posait.

Et cette rencontre, il la vit en face à face, en vérité, sans artifice, comme il vivait ses relations dans la vie courante.

Je vous souhaite que la foi en cette vie qui est la sienne aujourd’hui soit pour chacune, pour chacun, source de paix, de réconfort. Il est bien là où il est !

Abbé François-Xavier Jacques,
11 mai 2019

Si le grain de blé ne meurt… – Homélie pour les funérailles de Léon Houbeau

Léon, avec son frère Joseph, était agriculteur, et je crois qu’il l’était aussi dans l’âme ! La nature et la terre, ça se respecte : à vouloir trop l’exploiter et la maîtriser, on voit les dégâts que cela fait. Elle dépend peut-être un peu de notre travail, mais nous dépendons aussi beaucoup d’elle : le climat trop humide ou trop sec nous rappelle à l’ordre !

Autrement dit, cette nature peut être aussi un maître de vie, avec ses rythmes, ses saisons… Il nous faut nous mettre à son écoute et apprendre à marcher avec elle, à son rythme, en devenir partenaire et complice. Elle nous pousse à devenir attentifs, à s’oublier un peu soi-même pour tenir compte d’elle et, par ricochet, des autres. Elle nous oblige à la patience : ce n’est pas en tirant sur la jeune tige qu’elle poussera plus vite.

Léon a dû aussi bien comprendre que le grain de blé doit passer par la nuit et le froid de la terre, être enfoui longtemps avant d’émerger et de donner du fruit, croissance dont on n’a pas la maîtrise. Finalement, petit à petit, ont dû se forger en lui un tas de valeurs, si proches de l’Évangile : Jésus, d’ailleurs, était fils d’un petit village, et beaucoup de ses histoires s’inspirent de la nature qu’il voyait.

En ce sens, sans doute sans le savoir, Léon a été aussi ‘serviteur de Jésus’ et s’est mis à sa suite. C’est pourquoi, vaut pour lui cette parole de Jésus : Là où je suis, là aussi sera mon serviteur, et si quelqu’un me sert, mon Père le récompensera, et il donnera du fruit, mystérieusement mais réellement.

C’est peut-être, en faisant vivre ces valeurs au contact de la nature, mais aussi de l’Évangile, que pourra, lentement, comme la graine qui germe, se réaliser ce rêve de Dieu : d’un ciel nouveau et d’une terre nouvelle, où la « mer » du Mal diminue, pour donner place à une Jérusalem nouvelle, belle comme une fiancée (cf Ap) ; où Dieu sera au milieu des humains pour être notre Père et nous, ses enfants : c’est le rêve, l’utopie de Dieu ; c’est aussi notre désir. Déjà mystérieusement, nous y collaborons, chacun comme un grain de blé enfoui en terre. Mais à beaucoup de grains de blé, on peut espérer une réelle moisson.

Que l’exemple de Léon nous rappelle que nous avons chacun notre place et notre rôle, aussi petit soit-il, mais important pour un monde finalement plus juste et fraternel.

Merci, Léon, pour votre témoignage de vie, dans une si grande discrétion.

Soyez dans la paix de Dieu, et veillez sur ceux que vous continuez d’aimer !

Père Norbert Maréchal

P.S. La célébration des funéraille a eu lieu à Becco, le 20 août 2018 ; les lectures choisies pour la célébration étaient : Ap 21 et Jn 12,24-26
P.S. 2 : Merci à Jean-François Kieffer pour le dessin du Semeur (1000 images d’évangile)

Funérailles de Mme Villers : remerciements et homélie

NDdeBanneux

Aux paroissiens de l’Unité pastorale de Theux : mes plus vifs remerciements pour leur présence et leur prière à l’occasion du décès de ma mère. J’ai, en cette circonstance, expérimenté ce que signifie former une communauté. Et combien son soutien est réconfortant. Soyez assuré de ma reconnaissance et comptez sur moi.

Abbé Marcel Villers

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie prononcée le jour des funérailles de Mme Villers, née Rose Counson : quoique rédigée par l’abbé Villers, l’homélie a été lue par l’abbé Ignace, notre ancien curé de l’Unité pastorale de Theux, à Spa le 23 septembre dernier (2 Cor 4,14-5,8 ; Jn 14,1-6).

Des profondeurs, je crie vers toi, Seigneur.
Seigneur, écoute mon appel !

Quel était le cri de la défunte, en ces derniers jours ? Celui évoqué par saint Paul : quitter ce corps pour aller demeurer auprès du Seigneur.

Bien sûr la souffrance, physique et mentale, le grand âge, peuvent permettre de comprendre ce désir d’en finir. Mais s’agit-il de cela uniquement ?

Face à ce corps sans vie, comment ne pas se poser la question : Où est-elle maintenant ? 

Pour les uns, ce que nous voyons n’est plus qu’une enveloppe. Car, écrit saint Paul, le corps, qui est notre demeure sur la terre, n’est qu’une tente qui se détruit.

Pour d’autres, ce corps est comme l’inscription matérielle de la destinée, de l’histoire unique de notre défunte. Ce corps, jusque dans sa matérialité, est l’archive d’une existence. Devenu cadavre, le corps ne perd pas son unicité, c’est celui de ma mère, non une masse anonyme. En présence de ma mère, réduite à son corps, je sais que celui-ci la raconte. Les plaisirs et les jours s’y lisent. Toute son existence et ses péripéties y ont laissé une trace.

Tout cela est-il condamné à périr, se dissoudre et se confondre avec la poussière ? Toute une existence, avec son poids d’amour et de sacrifice, est-elle destinée au néant ? À disparaître définitivement ?

Non, proclame saint Paul, car même si, en nous, l’homme extérieur va vers sa ruine, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour. Lire la suite « Funérailles de Mme Villers : remerciements et homélie »

Homélie pour les funérailles de Florent

FlorentLacomble

L’abbé Marcel Villers a bien voulu nous transmettre le texte de son homélie pour les funérailles de Florent qui ont eu lieu à Theux le 5 septembre dernier.
Nous sommes sûrs que vous serez nombreux à le lire et le méditer

Elle est là à pleurer devant le tombeau.

Ce matin-là, dès avant le lever du soleil, elle est venue sur la tombe. Elle veut revoir le visage du Bien-Aimé. Elle désire le parfumer, le toucher une dernière fois. Mais elle ne trouve pas le corps. Son corps lui est enlevé et le visage tant aimé, qu’elle cherchait à revoir, a disparu.

Au fond du tombeau, ce qu’elle voit, ce sont deux anges vêtus de blanc, en habits éblouissants. Avec quels yeux peut-on voir un ange ? Sinon ceux de la confiance et de l’amour -dont les larmes de Marie-Madeleine sont le signe.

Ces anges viennent de l’autre monde, témoins de ce que nul œil humain ne peut voir : la résurrection, qui est passage du temps vers l’éternité.

La fin de la vie humaine, ce n’est pas le cadavre gisant au tombeau.

La vérité de notre condition, elle est signifiée par ces anges, revêtus de lumière et assis au fond du tombeau.

En chacun de nous, resplendit un ange de lumière, une beauté que rien, ni la maladie, ni la décrépitude, pas même la mort, ne peut éteindre.

Mais avec quels yeux peut-on voir, en chacun, cet ange éblouissant ?

Ceux de l’amour qui rend capable de traverser le rideau de larmes que suscite la mort de l’être aimé. Lire la suite « Homélie pour les funérailles de Florent »