SOURCES : 170 FIDÉLITÉ ET MISSION

SOURCES

Dans cette rubrique, il est question de sources, celles qui nous font vivre, celles qui donnent sens à notre action, celles qui contribuent à construire notre identité. La dernière lettre apostolique de Léon XIV, Une fidélité qui engendre l’avenir, consacrée au sacerdoce à l’occasion des soixante ans des décrets de Vatican II Optatam totius et Presbyterorum Ordinis, appartient à cette catégorie. Le pape y dessine une vision du prêtre en lien avec l’Église et le monde d’aujourd’hui que le journal La Croix résume avec ce titre : « la fin du prêtre en surplomb ».

Fidélité et mission

« L’identité des prêtres se construit autour de leur être pour et est indissociable de leur mission. En effet, celui qui prétend trouver l’identité sacerdotale en la recherchant introspectivement dans sa propre intériorité ne trouve peut-être rien d’autre que des panneaux qui disent “sortie” :
sors de toi-même, sors à la recherche de Dieu dans l’adoration,
sors et donne à ton peuple ce qui t’a été confié,
et ton peuple aura soin de te faire sentir et goûter qui tu es,
comment tu t’appelles, quelle est ton identité
et il te fera te réjouir avec le cent pour un que le Seigneur a promis à ses serviteurs.

Deux tentations s’insinuent contre la fidélité à la mission.
La première consiste en une mentalité axée sur l’efficacité selon laquelle la valeur de chacun se mesure à ses performances, c’est-à-dire à la quantité d’activités et de projets réalisés. Selon cette façon de penser, ce que l’on fait passe avant ce que l’on est, inversant la véritable hiérarchie de l’identité spirituelle.

La deuxième tentation, à l’opposé, se qualifie comme une sorte de quiétisme effrayé par le contexte, on se replie sur soi-même en refusant le défi de l’évangélisation et en adoptant une approche paresseuse et défaitiste…

En toute situation, les prêtres sont appelés, par le témoignage d’une vie sobre et chaste, à apporter une réponse efficace à la grande soif de relations authentiques et sincères qui se manifeste dans la société contemporaine… À cette fin, il est nécessaire que les prêtres et les laïcs – tous ensemble – opèrent une véritable conversion missionnaire qui oriente les communautés chrétiennes, au service de la mission que les fidèles accomplissent dans la société… il apparaîtra ainsi plus clairement que la paroisse n’est pas centrée sur elle-même, mais qu’elle est orientée vers la mission et appelée à soutenir l’engagement de tant de personnes qui, de différentes manières, vivent et témoignent de leur foi dans leur profession et dans l’activité sociale, culturelle et politique.

Léon XIV, Une fidélité qui génère l’avenir, 8 décembre 2025, n° 23-24.26

CLÉS POUR LIRE MATTHIEU : 12. SEL ET LUMIÈRE

Clés pour lire l’évangile de Matthieu

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Matthieu. Cette semaine : Mt 5, 13-16 du 5éme dimanche ordinaire.

Sel et lumière pour les hommes
Voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père. (Mt 5, 16)

« Vous êtes le sel de la terre. Vous êtes la lumière du monde. » Il n’est pas dit : « vous devez être le sel, vous devez être la lumière. » Cela ne dépend pas de la volonté des disciples d’accepter ou non. Jésus ne leur lance pas une invitation à être sel ou lumière. Ils le sont, qu’ils le veuillent ou non, par leur réponse à l’appel de Jésus.

« Que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux » (5, 16). Il ne s’agit pas de faire des discours ou de mener des actions de propagande, mais d’être ce que nous sommes, des disciples de Jésus. Le rayonnement des disciples n’est pas un but, c’est un fait : « la lampe brille » (5, 15). C’est de surcroît qu’elle peut amener les hommes à rendre gloire à Dieu.

« Vous êtes le sel de la terre. Vous êtes la lumière du monde. »
La double image évangélique du « sel de la terre » et de « la lumière du monde » sert souvent à caractériser des manières distinctes, voire successives, de se situer comme chrétiens dans la société. Au long du XXe siècle, on a vécu ces deux modalités de présence et d’action. Les chrétiens se sont d’abord profondément immergés dans la société y œuvrant avec tous à l’avènement d’un monde nouveau. On a parlé ainsi d’enfouissement, à l’image de ces prêtres se faisant ouvriers. La fin des années ’70 marqua un déclin de cette posture de discrétion chrétienne. L’heure était venue d’une nouvelle stratégie, celle d’une visibilité assumée. Et aujourd’hui, en Belgique, discrétion ou visibilité, sel ou lumière ? N’est-il pas venu le moment d’un catholicisme affirmatif ?

Abbé Marcel Villers

CLÉS POUR LIRE MATTHIEU : 11. RÉJOUISSEZ-VOUS

Clés pour lire l’évangile de Matthieu

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Matthieu. Cette semaine : Mt 5, 1-12 du 4éme dimanche.

Réjouissez-vous !
Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. (Mt 5, 3)

« Réjouissez-vous. Heureux êtes-vous. » (5, 12) C’est à ses disciples que Jésus s’adresse. Il s’adresse à ceux-là qui l’entourent, ceux qui ont répondu à son appel. Et Jésus de leur décrire ce qui les attend, leur avenir. Ils ont obéi à son appel, renoncé à tout pour le suivre. Cet appel a fait d’eux, de nous, des pauvres, des gens que l’on combat, des affamés.

« Heureux êtes-vous », nous déclare Jésus. Heureux à cause de l’appel de Jésus auquel nous avons répondu. Et Jésus de dresser le portrait de ses disciples : des pauvres de cœur, des doux, des affligés, des affamés de justice, des miséricordieux, des cœurs purs, des artisans de paix, des persécutés en raison de leur engagement pour la justice, c’est-à-dire pour leur obéissance à la loi de Dieu.

Les discours de Jésus dans l’évangile de Matthieu
L’évangile matthéen est construit en cinq grandes parties organisées sur le schéma gestes/paroles qui se traduit littérairement par une suite de récits et de discours. Ainsi les paroles de Jésus éclairent ses gestes. Cinq grands discours ponctuent le texte de Matthieu. Ils correspondent symboliquement aux cinq livres de la Torah, cœur de la Loi juive à laquelle Matthieu et sa communauté se réfèrent et réinterprètent à la lumière de leur foi en Jésus Christ. L’objectif de Matthieu serait de présenter la nouvelle Torah, celle des chrétiens. Jésus est ainsi désigné comme le nouveau Moïse, considéré comme l’auteur des cinq livres de la Loi. Les cinq discours de Matthieu sont : celui sur la montagne ou le nouveau chemin de vie (chapitres 5-7) ; le discours de mission (chapitre 10) ; le discours en paraboles ou le mystère du Royaume (13) ; le discours sur la vie en communauté (18) ; le discours sur la fin des temps ou le jugement du monde (24-25).

Abbé Marcel Villers

SOURCES : 169. FIDÉLITÉ ET SYNODALITÉ

SOURCES

Dans cette rubrique, il est question de sources, celles qui nous font vivre, celles qui donnent sens à notre action, celles qui contribuent à construire notre identité. La dernière lettre apostolique de Léon XIV, Une fidélité qui engendre l’avenir, consacrée au sacerdoce à l’occasion des soixante ans des décrets de Vatican II Optatam totius et Presbyterorum Ordinis, appartient à cette catégorie. Le pape y dessine une vision du prêtre en lien avec l’Église et le monde d’aujourd’hui que le journal La Croix résume avec ce titre : « la fin du prêtre en surplomb ».

Fidélité et synodalité

« J’en arrive à un point qui me tient particulièrement à cœur… la relation avec les fidèles laïcs au milieu desquels les prêtres, avec leur tâche spécifique, sont des frères parmi les frères, partageant la même dignité baptismale, unissant « leurs efforts à ceux des fidèles laïcs » et tirant parti « de leur expérience et de leur compétence dans les différents domaines de l’activité humaine, pour pouvoir avec eux discerner les signes des temps ».

Au lieu de dominer ou de concentrer toutes les tâches sur eux-mêmes, « ils découvriront et discerneront dans la foi les charismes des laïcs sous toutes leurs formes, des plus modestes aux plus éminents. » …

L’élan donné par le processus synodal est une invitation forte du Saint-Esprit à faire des pas décisifs dans cette direction…

Dans une Église toujours plus synodale et missionnaire, le ministère sacerdotal ne perd rien de son importance et de son actualité… « Les prêtres sont appelés à vivre leur service dans une attitude de proximité, d’accueil et d’écoute de tous, en s’ouvrant à un style synodal ».

Pour mettre en œuvre toujours mieux une ecclésiologie de communion, il convient que le ministère du prêtre dépasse le modèle d’un leadership exclusif qui détermine la centralisation de la vie pastorale et la charge de toutes les responsabilités confiées à lui seul, en tendant vers une conduite toujours plus collégiale dans la coopération entre les prêtres, les diacres et tout le Peuple de Dieu, dans cet enrichissement mutuel qui est le fruit de la diversité des charismes suscités par l’Esprit Saint…

Le sacerdoce ministériel et la configuration au Christ Époux ne doivent pas nous conduire à identifier la potestas sacramentelle avec le pouvoir, car « la configuration du prêtre au Christ Tête – c’est-à-dire comme source principale de la grâce – n’entraîne pas une exaltation qui le place au-dessus de tout le reste ».

Léon XIV, Une fidélité qui génère l’avenir, 8 décembre 2025, n° 20-22.