SOURCES : 129. LA DEUXIÈME VERTU

SOURCES

Au long de cette Année sainte, nous sommes invités à approfondir notre foi, fondement de notre espérance en la Vie promise par le Christ. Le carême est un temps favorable pour puiser aux sources et renouveler notre vie chrétienne. Fructueux carême !

            Le porche du mystère de la deuxième vertu

« L’espérance, dit Dieu, voilà ce qui m’étonne.
Moi-même.

Cela c’est étonnant.
Que ces pauvres enfants voient comme tout se passe
Et qu’ils croient que demain ça ira mieux.
Qu’ils voient comme ça se passe aujourd’hui
Et qu’ils croient que ça ira mieux demain.

Cela c’est étonnant
et c’est bien la plus grande merveille de notre grâce.
Et j’en suis étonné moi-même.
Et il faut que ma grâce soit en effet d’une force incroyable.
Et qu’elle coule d’une source et comme un fleuve inépuisable.

Quelle ne faut-il pas que soit ma grâce et la force de ma grâce
Pour que cette petite espérance, vacillante au souffle du péché,
Tremblante à tous les vents, anxieuse au moindre souffle,
Soit aussi invariable, se tienne aussi fidèle, aussi droite, aussi pure ;
Que cette petite flamme du sanctuaire.

Depuis cette première fois que ma grâce a coulé
Pour la création du monde.
Depuis toujours que ma grâce coule pour la conservation du monde.
Une flamme impossible à atteindre,
Impossible à éteindre au souffle de la mort. »

Charles Péguy, Le porche du mystère de la deuxième vertu, 1911.

Charles PÉGUY (1873-1914) est notamment l’auteur des Mystère de la charité de Jeanne d’Arc (1910) et de Le Porche du Mystère de la deuxième vertu (1911), comme de nombreux poèmes. Brillant élève, il s’oriente vers le socialisme libertaire, rêve d’une société égalitariste. À la fois très croyant et anticlérical, il prône l’amour entre les hommes.  Il décède lors de la bataille de l’Ourcq en 1914. Ses écrits, qui obtinrent peu de succès de son vivant, font aujourd’hui partie des œuvres classiques de la littérature française.

CLÉS POUR LIRE LUC : 20. LA LIBÉRATION DE LA FEMME

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile. Cette semaine, Jn 8, 1-11 du 5ème dimanche du carême.

La femme libérée
Femme, personne ne t’a condamnée ? Moi non plus, je ne te condamne pas. (Jn 8, 11)

La femme a fauté, elle doit mourir. Pour les légistes, elle est déjà morte, un cadavre. Mais cette femme est un pur prétexte. Il ne s’agit pas de prendre en considération son cas. Il s’agit de coincer Jésus.
Jésus lui donne la parole : « Femme, où sont-ils donc ? » (8,10). Elle est pour lui une personne. Il la reconnaît en tant que telle. Alors cette femme qui était morte, revient à la vie. Elle était prise au piège de la mort. Le Christ brise le cercle de ses adversaires et celui où pouvait encore l’enfermer sa conscience coupable. Brisant le cercle, Jésus ouvre devant elle le chemin d’une vie nouvelle : « Va et désormais ne pèche plus. » (8,11)
Mais pardonner est coûteux. Il y a un prix à payer. Les pharisiens tendaient un piège à Jésus. S’il pardonne, il s’oppose de fait à la Loi, et c’est lui alors qui mérite la mort. C’est le processus mortel que cherchaient à enclencher ses adversaires. « Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser. » (8,6)

Adultère
« Sont adultères la femme mariée ou fiancée qui ne respecte pas ses engagements, l’homme qui trompe sa femme avec une femme mariée. Le Décalogue (Ex 20,14) condamne formellement l’adultère, et dans le cas de flagrant délit, les deux coupables sont mis à mort (Lv 20,10). Si c’est la femme qui est coupable, le mari peut se contenter de la répudier. Le Nouveau Testament reprend la condamnation du crime d’adultère et même étend son  domaine puisque Jésus, après avoir cité le Décalogue, ajoute : « Quiconque regarde une femme pour la désirer a déjà commis l’adultère avec elle. » (Mt 5, 27-28) Pourtant face à une femme adultère qu’on s’apprête à lapider, Jésus défie scribes et pharisiens : « Moi non plus, je ne te condamne pas. » (Jn 8, 2-11). » (Dictionnaire culturel de la Bible, 1990)

Abbé Marcel Villers

HOMÉLIE DU CARÊME. QUATRIÈME DIMANCHE. THEUX 2025

4°dimanche de carême. Lc 15,1-32. 

Laissez-vous réconcilier par Dieu. Cette invitation de saint Paul est la réponse des chrétiens à la question de la fraternité. Fraternité entre les humains. Fraternité entre les peuples. La réconciliation est la porte d’entrée dans la fraternité.
Cette fraternité, nous voulons la manifester, particulièrement en ce temps de carême, à l’égard de nos frères et sœurs du Pérou qui luttent pour une terre plus juste et plus solidaire. Notre don, notre geste de partage sont sources d’espérance pour eux comme pour notre terre. C’est le sens du slogan de ce carême : Semons la solidarité. Cultivons l’espérance.
Cette espérance est fondée sur l’amour, celui que manifeste Dieu à l’égard des humains, celui que Dieu manifeste à ses fils pécheurs.

Il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers.
Dieu est miséricorde, il a un cœur qui prend pitié, il nous attend avec patience et lorsque nous faisons retour, il se jette à notre cou et nous couvre de baisers. Dieu cherche toujours à nous rejoindre, là où nous sommes, pour nous prendre sur ses épaules.
L’homme en jaune, c’est nous, chacun de nous, fatigué, blessé, découragé, et qui ne peut plus marcher, avancer tout seul. Comme la brebis égarée, comme le fils prodigue, il vient à notre secours pour nous porter, nous prendre sur ses épaules. Le Dieu de Jésus, c’est celui qui laisse là le troupeau des 99 brebis pour aller chercher la seule, l’unique qui s’est perdue. Le Dieu de Jésus, c’est celui qui se jette au cou de son fils cadet revenant de ses égarements. Et ce fils, qui a dilapidé tout ce que son père lui avait donné, retrouve tous ses privilèges de fils de la maison et partage à nouveau la table familiale avec son père.

Ayant retrouvé son enfant perdu, le père invite le fils aîné à festoyer et se réjouir, car ton frère était perdu et il est retrouvé. Le fils aîné ne peut l’accepter. Il se désolidarise de son frère qu’il désigne à son père comme ton fils que voilà, refusant de ce fait qu’il soit son frère.
Pourquoi refuse-t-il cette fraternité ?
Si tous les hommes sont frères depuis Abel et Caïn, ils sont vite devenus des frères ennemis. Et ce, par jalousie.
C’est par jalousie que Caïn va jusqu’au meurtre de son frère. La jalousie dresse les individus, les peuples, les uns contre les autres.
A la jalousie, Dieu oppose la solidarité, la fraternité.
Le pécheur a beau l’oublier et le juste s’en scandaliser, la fraternité est ineffaçable. Différents et même séparés, nous restons néanmoins les fils du même père. Car c’est lui la source de la fraternité.
Seul un être transcendant, reconnu par tous comme leur origine et leur fin, peut garantir la fraternité entre les humains. On ne peut être frères que si l’on accepte d’être fils.
Fils d’un même Père, frères les uns des autres, solidaires dans le bonheur comme dans la peine, luttons pour une fraternité universelle, seule source d’espérance d’un avenir pour l’humanité et d’une terre qui tourne juste.

Abbé Marcel Villers

SOURCES : 128. DÉSENSABLER

SOURCES

Au long de cette Année sainte, nous sommes invités à approfondir notre foi, fondement de notre espérance en la Vie promise par le Christ. Le carême est un temps favorable pour puiser aux sources et renouveler notre vie chrétienne. Fructueux carême !

                      Désensabler

« Dieu n’a pas créé la mort,
il n’a pas créé le mal
mais il a laissé en tout la liberté
à l’homme comme à l’ange.
Ainsi, par la liberté,
les uns s’élèvent jusqu’au sommet du bien,
les autres se précipitent dans l’abîme du mal.

Mais, toi, homme, pourquoi refuses-tu ta liberté ?
Pourquoi ce déplaisir à t’efforcer,
à peiner, à lutter et à devenir l’artisan de ton salut ?

Aimerais-tu mieux, peut-être, te reposer
dans le sommeil d’une existence paresseuse
et d’un éternel bien-être ?

Mon Père, est-il dit, est continuellement à l’œuvre (Jn 5,17).
Et il te déplaît d’œuvrer
à toi qui as été créé pour créer positivement. »
(Origène, Première homélie sur Ézéchiel, 3.)

L’ascèse est éveil hors du somnambulisme quotidien. Elle permet au Verbe de désensabler au fond de l’âme la source des eaux vives.

ORIGÈNE (185-254) reçoit une solide formation biblique et théologique à Alexandrie où il va exercer une fonction d’enseignement à l’École catéchétique. Suspecté d’enseigner des doctrines aventurées par l’évêque, il est interdit à Alexandrie. Il poursuit son enseignement en Palestine et Syrie. Il meurt martyr à Tyr.