SOURCES : 105. CONNU COMME INCONNU

      Connu comme inconnu

 « ll est connu comme inconnu.
C’est à lui que nous ressemblons le plus.
A lui que nous ressemblons le moins.

Il est souverainement communicable
Et souverainement inaccessible.

Il est le maître, il est le père.
Il voit tout de l’intérieur et ne connaît que lui.

Il se donne en attirant à lui.
Il est l’amour infini qui donne tout et ne reçoit rien.

Il est la générosité essentielle parce que juste.
Il est patient et fidèle parce qu’immuable.
Il est doux parce que puissant et intime.

Il est le saint, le grand séparé.
Il est le silence infini et sa parole crée les mondes.

Il n’a qu’une pensée et toute pensée vient de lui.
Il n’a qu’un amour et tout amour coule de lui.

Il est Dieu.
Il est le seul.
Il est.

Il nous a fait à son image et comme à sa ressemblance.
Et le Verbe s’est fait chair.
Il ne connaît le mal qu’à travers le bien qu’il avait voulu.
Et il a planté sa demeure parmi nous.
Et nous l’avons vu plein de grâce et de vérité. »

Jacques Loew, Dans la nuit, j’ai cherché, 1969

Jacques LOEW (1908-1999), dominicain français, prêtre ouvrier, fondateur de la Mission ouvrière Saints-Pierre-et-Paul, et fondateur de l’École de la Foi à Fribourg (Suisse). Ordonné prêtre en 1939, il s’engage dès 1941 comme docker sur le port de Marseille, dans un monde alors largement sous-prolétaire. Toute sa vie, ce missionnaire atypique a cherché à transmettre l’Évangile aux hommes éloignés de la foi.

CLÉS POUR LIRE MARC : 46. UNE SEULE CHOSE

Clés pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 10, 17-30 du 28e dimanche du temps ordinaire.

Une seule chose te manque
Comme il est difficile d’entrer dans le royaume de Dieu ! (Mc 10,24)

« Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima. » (10, 21) C’est la seule fois dans les évangiles où on dit l’amour de Jésus pour quelqu’un. Cet homme observe les commandements depuis sa jeunesse, et cependant il reste insatisfait, et s’interroge sur ce qu’il doit faire « pour avoir la vie éternelle en héritage. » (10,17) Voilà qui motive l’amour de Jésus.
Au « que dois-je faire ? » (10,17), la réponse de Jésus est son propre comportement : le détachement de tout, l’abandon de sa vie dans les mains du Père éternel. Bref, offrir sa vie plutôt que la garder, car la sauver est le plus sûr moyen de la perdre. « Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres… Puis viens, suis-moi. » (10,21)
On peut résumer en deux actes : rupture et suite. « Vends ce que tu as » ; « suis-moi » qui marche sur le chemin de Jérusalem, vers la mort et la résurrection. Est-ce possible pour tous, ce comportement exigé par Jésus ? Mais alors « qui peut être sauvé ? » (10, 26)

Jésus et les riches
« Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu » (10,25) Jésus prend clairement parti pour les pauvres et contre la richesse. Il partage ce tranchant avec les cercles apocalyptiques, qui rangent la richesse parmi les vecteurs du mal. La richesse est l’ennemie de Dieu. D’un autre côté, on constate que Jésus fait un usage assez libre de la richesse des autres. Lui et ses compagnons se font entretenir par des femmes aisées (Lc 8,3). Il accepte les invitations à manger et ne dédaigne pas rencontrer les gens fortunés, ainsi l’homme riche qu’il appelle à le suivre. Bref, l’accent sur la dénonciation de la richesse n’exclut pas un appel lancé aux riches. Cette ambivalence est une des énigmes de Jésus : ni apologie de la misère, ni justification de la fortune. (Daniel MARGUERAT, L’homme qui venait de Nazareth, 1990, p.60-61)

Abbé Marcel Villers

SOURCES : 104. PROPHÈTES DE MALHEUR

                    Prophètes de malheur

 « ll arrive souvent que dans l’exercice quotidien
de notre ministère apostolique
nos oreilles soient offensées
en apprenant ce que disent certains
qui, bien qu’enflammés de zèle religieux,
manquent de justesse de jugement
et de pondération dans leur façon de voir les choses.

Dans la situation actuelle de la société,
ils ne voient que ruines et calamités :
ils ont coutume de dire que notre époque
a profondément empiré par rapport aux siècles passés.

Ils se conduisent comme si l’histoire,
qui est maitresse de vie,
n’avait rien à leur apprendre.

Et comme si du temps d’autrefois
tout était parfait
en ce qui concerne la doctrine chrétienne,
les mœurs et la juste liberté de l’Église.

Il nous semble nécessaire de dire
notre complet désaccord
avec ces prophètes de malheur,
qui annoncent toujours des catastrophes,
comme si le monde était près de la fin.

Dans le cours actuel des événements,
alors que la société humaine semble à un tournant,
il vaut mieux reconnaître
les desseins mystérieux de la Providence divine
qui, à travers la succession des temps
et les travaux des hommes,
la plupart du temps contre toute attente,
atteignent leur fin et disposent tout avec sagesse
pour le bien de l’Église,
même les événements contraires. »

Jean XXIII, Discours d’ouverture du concile Vatican II, 11/10/1962

CLÉS POUR LIRE MARC : 45. MARI ET FEMME

Clés pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 10, 2-16 du 27e dimanche du temps ordinaire.

Mari et femme
 Au commencement, Dieu les fit homme et femme. (Mc 10,6) 

A la question des pharisiens qui porte sur la permission de renvoyer son épouse, Jésus répond dans un autre registre, celui du fondement appelé ici « commencement ». Le couple humain trouve son sens et sa norme dans le dessein de Dieu.
Si Dieu les fit différents, « homme et femme » (10,6), c’est en vue de leur union qui fait qu’« ils ne sont plus deux, mais une seule chair » (10,8). La conséquence coule de source : « ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! » (10,9). Il ne s’agit pas ici d’un commandement, mais d’un vœu, d’un idéal conforme à la volonté divine fondatrice, celle qu’exprime la Création et qui prime sur les lois et règlements.
Nous découvrons ainsi le mode de raisonnement de Jésus : remonter au fondement, au sens voulu par Dieu. Ce vouloir divin est le critère qui doit guider l’agir du croyant.

Est-il permis de renvoyer son conjoint ?
C’est « de retour à la maison » (10,10), c’est-à-dire au sein du groupe des disciples, que Jésus énonce les règles concrètes destinées à la communauté des chrétiens. Deux cas sont envisagés. Le premier est celui de l’homme qui renvoie sa femme et en épouse une autre (10,11). Il est connu dans la coutume juive. Le second cas est celui de la femme qui divorce et se remarie. Cette situation était peu envisageable en milieu juif, elle reflète plutôt la coutume gréco-romaine que la communauté de Marc connaît. Dans les deux cas, Jésus considère le remariage comme un adultère. Marc présente la radicalisation avancée par Jésus comme égalitaire dans la mesure où elle instaure un strict parallélisme entre l’homme et la femme. (Camille FOCANT, L’évangile selon Marc, 2011, p.375)

Abbé Marcel Villers