SOURCES : 103. DÉSINTÉRÊT

                    Désintérêt

 « Plus j’avance dans la vie,
plus je sens que le vrai repos consiste à se renoncer soi-même,
c’est-à-dire à admettre résolument que cela n’a aucune importance
d’être heureux ou malheureux.

Réussite ou satisfaction personnelle
ne méritent pas qu’on s’y arrête si on les a,
ni qu’on se trouble si elles échappent ou tardent.
Seule vaut l’action fidèle, pour le monde, en Dieu.

Pour arriver à voir cela et à en vivre,
il y a une sorte de pas à franchir,
ou de retournement à faire subir
à ce qui paraît l’habitude générale des hommes.

Mais ce geste, une fois exécuté,
quelle liberté pour travailler, et pour aimer !
Ma vie est maintenant toute envahie par ce désintérêt
que je sens grandir pour moi-même,
en même temps que continue à croître
le goût profond qui m’appelle
pour tout ce qui est réel au fond du réel. »

Pierre Teilhard de Chardin, Lettres de voyage, 30/10/1919

Pierre TEILHARD DE CHARDIN, (1881-1955), prêtre jésuite français, paléontologue, théologien et philosophe. Autant scientifique que mystique, il voit la résurrection comme un événement cosmique qui fait du Christ le centre universel et le point Oméga de l’histoire.

CLÉS POUR LIRE MARC : 44. CHUTER

Clés pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 9, 38-48 du 26e dimanche du temps ordinaire.

La chute
Celui qui entraînera la chute d’un seul de ces petits …
qu’on le jette à la mer (Mc 9,42)

L’expression « entraîner la chute » traduit bien le grec « scandale » qui signifie l’obstacle, le piège tendu sur le chemin pour y faire tomber le passant, hommes ou bêtes. Soit le piège vise à faire tomber l’autre, ici « un seul de ces petits qui croient en moi » (9,42), soit tomber soi-même car la main, le pied, l’œil peuvent être « occasion de chute » pour soi.

Tout dans notre existence « peut être occasion de bien ou de mal agir : la main peut donner ou prendre, l’œil peut contempler ou contrôler, le pied peut avancer ou s’arrêter » (A. Fossion et J-P Laurent, Lire pour vivre, 2016, p.113).

On peut penser aux persécutions que connaissaient les chrétiens de Rome au temps de Marc et qui sont les destinataires de son évangile. Entraîner la chute, faire tomber équivaut à dénoncer un frère ; tomber soi-même signifie alors trahir le Christ et l’Église.

La géhenne
« La géhenne, là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas » (9,48). La géhenne est opposée à la vie éternelle et au royaume de Dieu, comme la mort est opposée à la vie.« Primitivement, le mot géhenne désigne la vallée de Ben-Hinnom qui entourait Jérusalem à l’ouest et au sud et dans laquelle se pratiquaient des sacrifices d’enfants par le feu en l’honneur de Moloch (2 R 23,10). Le prophète Jérémie annonce que les Judéens y seront massacrés par Nabuchodonosor et ce lieu deviendra la vallée du carnage (Jr 7,30-32). Isaïe reprend cette image dans un contexte eschatologique, on pourra y voir « les dépouilles des hommes qui se sont révoltés contre moi : leurs vers ne mourront pas et leur feu ne s’éteindra pas » (Is 66,24). A partir de là, la Géhenne devint, dans la littérature apocalyptique, le symbole d’un châtiment éternel qui a donné naissance à l’image du feu éternel de l’enfer. » (Philippe BACQ, Un goût d’Évangile, 2006, p.143)

Abbé Marcel Villers

SOURCES : 102. QUELLE EST TA FAIM ?

        Quelle est ta faim ?

« J’enverrai une faim sur la terre.
Non pas une faim de pain, ni une soif d’eau,
mais la faim de la parole de Dieu » (Am 8,11)

Vois-tu quelle est la faim qui obsède les pécheurs ?
Vois-tu quelle est la faim qui s’étend sur la terre ?

Pour les justes, la Sagesse dresse sa table.
Ceux qui ont appris du Christ à être humbles de cœur,
ceux qu’il appelle les pauvres de l’Esprit,
mais qui sont riches par la foi,
que ceux-là viennent au banquet de la Sagesse
et chassent la famine qui s’est appesantie sur la terre.

Veille donc à ce que la faim ne t’obsède pas.
Ne te laisse pas envahir par l’agitation du siècle,
ni enchaîner par les liens de la cupidité.

Si tu es de la descendance d’Abraham,
Alors tu trouveras toujours ta nourriture
dans la loi et les prophètes,
et les apôtres t’offriront de somptueux festins.
Les évangiles t’inviteront à t’asseoir à table
dans le royaume du Père
pour que tu y manges de l’arbre de vie
et que tu boives le vin de la vigne véritable.

Origène, Sur la Genèse, XVI,4.

ORIGÈNE (185-254) reçoit une solide formation biblique et théologique à Alexandrie où il va exercer une fonction d’enseignement à l’École catéchétique. Suspecté par l’évêque d’enseigner des doctrines aventurées, il est interdit à Alexandrie. Il poursuit son enseignement en Palestine et Syrie. Il meurt martyr à Tyr.

CLÉS POUR LIRE MARC : 43. PREMIER ET DERNIER

Clés pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 9, 30-37 du 25e dimanche du temps ordinaire.

Le premier, c’est le dernier
En chemin, ils avaient discuté pour savoir qui était le plus grand. (Mc 9,34)

Pour trancher ce débat entre les disciples, Jésus s’assied et, avec l’autorité d’un juge, il énonce la loi nouvelle : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. » (9,35)
Subversion du code hiérarchique qui organise la vie sociale, ici la communauté des disciples. L’ordre des grandeurs est inversé : le plus grand, c’est le plus petit ; le premier, c’est le dernier.
Comment assurer la vie en société, en Église selon un tel retournement de l’échelle des valeurs ?
Mais c’est la logique du chemin suivi par Jésus : lui, le premier de tous, s’est mis à la dernière place pour servir les hommes. « Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront. » (9,31)

Le signe de l’enfant
« Quiconque accueille en mon nom un enfant, c’est moi qu’il accueille. » (9,37) Spontanément, nous accueillons ce qui a fait ses preuves, ce qui est important, qui a du poids. L’enfant n’est rien de tout cela. Il n’a encore rien fait ; c’est un débutant en toutes choses et on ne le prend pas au sérieux. Il est insignifiant, incapable de s’imposer ou se faire valoir.
L’enfant symbolise tous ces êtres sans richesse, sans pouvoir social et sans droit, ceux qu’on rejette, qu’on exclut, les sans défense. C’est l’exclu que Jésus met au centre du cercle de ses disciples et auquel il s’identifie. « Prenant un enfant, il le plaça au milieu et l’embrassa. » (9,36)
Les deux corps, de Jésus et de l’enfant, sont confondus dans le centre du cercle.

Abbé Marcel Villers