SOURCES : 98. LE COMBAT SPIRITUEL

SOURCES

Dans cette rubrique, il est question de sources, celles qui nous font vivre, celles qui donnent sens à notre action, celles qui contribuent à construire notre identité.  Aujourd’hui comme hier, nous avons besoin de boire à ces sources pour vivre et donner sens à notre engagement.  Chaque jeudi, vous est proposé un texte à lire, méditer, prier.

Abbé Marcel Villers

98. LE COMBAT SPRITUEL

« Lorsque nous consultons la Bible et les écrits des Pères de l’Église,
le mot lutte ou militia est largement présent.
Les premiers moines sont convaincus que notre vie ne peut réussir
que si nous entamons la lutte contre les démons,
contre les pensées et les passions
qui veulent nous empêcher de vivre.

Pour eux, lutter ne signifie pas détruire les passions
mais batailler avec elles
afin de gagner en force dans ce combat lui-même.

Nous devons nous mettre à l’école des passions
et apprendre à utiliser
la force qu’elles contiennent.

Pour les moines, il n’y aucun doute :
sans lutte, notre vie ne peut réussir.
Sans lutte, nous sommes dominés
par nos lubies et nos états d’âme,
ou ballottés par les courants de pensée de la société.

Seul celui qui entame la lutte
contre tout ce qui l’empêche de vivre
obtiendra la vie. »

Anselm Grün, Le petit livre de la vie réussie, 2008

ANSELM  GRÜN, né en 1945, est moine bénédictin à Münsterschwarzacht en Bavière. Docteur en théologie, il découvre la tradition des moines de l’Antiquité et entrevoit leur signification nouvelle, en lien avec la psychologie moderne. Conseiller spirituel reconnu, il est l’auteur de nombreux ouvrages à succès car exprimant une douce sagesse chrétienne sans évoquer les dogmes de la foi.

CLÉS POUR LIRE JEAN : 39. LA CRISE

Clés pour lire l’évangile de Jean

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. Nous poursuivons la lecture continue de l’évangile. Jésus provoque au choix décisif : Jn 6, 60-69 du 21e dimanche ordinaire.

La crise
« Voulez-vous partir vous aussi ? » (Jn 6,67)

Jésus affirme qu’il est « descendu du ciel » (6,58), autrement dit qu’il est d’origine divine. Mais, « n’est-il pas le fils de Joseph ? Nous connaissons son père et sa mère » (6,41). L’incarnation est pierre d’achoppement. « Cela vous scandalise ? Qu’en sera-t-il quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant » (6,62), autrement dit « au ciel » ? Si les disciples sont scandalisés par l’incarnation, ils le seront encore davantage lors de l’élévation de Jésus sur la croix assimilée à un retour vers Dieu. « Voulez-vous partir, vous aussi ? » (6,67).

En réponse, trois positions sont présentées, celles d’hier et d’aujourd’hui.
Certains sont scandalisés par les prétentions de Jésus et « cessèrent de l’accompagner » (6,66). Nombreux aujourd’hui les baptisés qui ont cessé de croire en Jésus. D’autres, comme Pierre, demeurent fidèles à la personne et au destin de Jésus : « Nous croyons et nous savons que tu es le Saint de Dieu » (6,69). Enfin, il y a Judas, celui qui livra Jésus. Comme lui, nombreux qui ont été choisis par le Christ, mais ont un jour renié celui qu’ils ont servi et aimé.
Reste à chacun de se situer en écoutant la question posée par Jésus. « Voulez-vous partir, vous aussi ? » Puisse la réponse de Pierre être nôtre : « Seigneur, à qui irions-nous ? » (6,68).

Tu es le Saint de Dieu
La formulation de la confession de foi de Pierre est étonnante car elle recourt à un prédicat utilisé par Jean ici seulement : « le Saint de Dieu ». Dans la droite ligne de l’Ancien Testament, l’adjectif « saint » désigne l’appartenance de Jésus au monde de Dieu. Les synoptiques n’ignorent pas ce titre, mais il est proféré par les démons qui réagissent lorsque le « Saint de Dieu » les approche. Dieu est le seul Saint (Is 6,3) ; qualifier Jésus de « Saint de Dieu », c’est dire son caractère unique et divin. D’après les Actes 3,14, la communauté de Jérusalem invoque Jésus comme « le Saint ». Ce titre est sans doute la trace d’une christologie archaïque qui évoque Jésus comme le saint serviteur de Dieu (Ac 4,27.30). Cette confession de foi en Jésus comme manifestation de Dieu n’est pas une œuvre humaine, mais l’expression de l’élection divine qui n’assure cependant aucune sécurité, comme l’illustre le cas de Judas.

Abbé Marcel Villers

SOURCES : 97. LES NOIX

SOURCES

Dans cette rubrique, il est question de sources, celles qui nous font vivre, celles qui donnent sens à notre action, celles qui contribuent à construire notre identité.  Aujourd’hui comme hier, nous avons besoin de boire à ces sources pour vivre et donner sens à notre engagement.  Chaque jeudi, vous est proposé un texte à lire, méditer, prier.

Abbé Marcel Villers

97. LES NOIX

« Un petit enfant rencontre un vieux moine.
Avisant un bocal rempli de noix sur la table,
l’enfant y plonge la main et s’empare d’une poignée de noix.
Mais sa main pleine ne peut ressortir du bocal.

Le vieux moine lui dit alors :
Si tu en laisses tomber quelques-unes,
tu pourras profiter des autres.

Cette histoire est racontée par les Pères chrétiens du désert,
comme par les sages bouddhistes.
Elle montre, par-delà les cultures,
la clé de la vie réussie.

La clé que nous pouvons tous emprunter :
Je ne puis profiter que de ce que je suis prêt à lâcher. »

Anselm Grün, Le petit livre de la vie réussie, 2008

ANSELM  GRÜN, né en 1945, est moine bénédictin à Münsterschwarzacht en Bavière. Docteur en théologie, il découvre la tradition des moines de l’Antiquité et entrevoit leur signification nouvelle, en lien avec la psychologie moderne. Conseiller spirituel reconnu, il est l’auteur de nombreux ouvrages à succès car exprimant une douce sagesse chrétienne sans évoquer les dogmes de la foi.

CLÉS POUR LIRE JEAN : 38. COMMUNIER

Clés pour lire l’évangile de Jean

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. Nous poursuivons la lecture continue de l’évangile. Jésus s’offre en nourriture : Jn 6, 51-58 du 20e dimanche ordinaire.

Communier
« Comment celui-là peut-il nous donner sa chair à manger ? » (Jn 6,52)

« Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde » (6, 51) est la réponse à l’interrogation : comment cela est-il possible ? Cette question est comme un signal de l’évangéliste. Pour comprendre, il faut changer de registre, passer à un autre plan, quitter celui du réalisme pour entrer dans l’ordre de la foi et des réalités ultimes.

« Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui » (6, 56). Voilà qui dit ce dont il est question dans la communion. Communier, c’est habiter le Christ et le laisser nous habiter, corps et âme. De sorte que nous formons tous le grand Corps du Christ. Le pain que nous mangeons est le Corps du Christ, comme dit le prêtre en donnant la communion. L’assemblée que nous formons, tous unis par notre communion avec Lui, est le Corps du Christ, l’Église. Ce Corps du Christ, Teilhard de Chardin le voyait comme l’achèvement du phénomène humain. Cette communion universelle des humains est fondée sur le don, ce corps livré et ce sang versé par Jésus.

La chair du Fils de l’homme
Les Juifs s’avèrent incapables de comprendre le propos de Jésus car ils donnent un sens matériel à « chair » (sarx en grec) qui désigne l’être humain dans sa fragilité, son caractère mortel. Appliqué à Jésus, ce terme manifeste la vérité, le réalisme de l’incarnation : « le Verbe s’est fait chair ». Ainsi, la « chair » que Jésus donne à manger, le sang qu’il faut boire pour avoir la vie sont inséparables de tout l’être concret de Jésus, ses actes, ses paroles. Réalisme du don de la vie de Jésus, mais il s’agit de « la chair du Fils de l’homme et de son sang ». Or ce Fils de l’homme vient d’ailleurs et ne peut être le lieu d’une interprétation naturelle. La manducation de la chair et du sang permet une communion, une interpénétration avec Jésus qui est dans l’ordre de la foi. Bref, l’acte liturgique de la communion eucharistique est l’expression concrète et significative de l’acte de foi en Jésus, don du Père de vie.

Abbé Marcel Villers