Le prix du pardon, c’est, pour Jésus, sa propre vie

3-mars-2016_large

Homélie de l’abbé Marcel Villers
pour le 5° dimanche de carême (Jn 8, 1-11)
Theux et Jehanster, 13 mars 2016

Ne vous souvenez plus d’autrefois, nous recommande Isaïe. Le Dieu de la Bible n’est pas le Dieu du passé, mais de l’avenir.

Les scribes et les pharisiens sont des gens du passé, représenté ici par la Loi. Pour eux, la femme a fauté, elle doit mourir. Ses accusateurs l’enferment dans son passé comme ils se serrent en cercle autour d’elle qui se trouve ainsi prise comme dans un carcan : carcan de la Loi, carcan de la mort.

Personne ne lui parle, d’ailleurs. Elle est comme un corps sans voix. Elle est déjà comme morte. Cette femme est un pur prétexte. Il ne s’agit pas de prendre en considération son cas. Il s’agit de coincer Jésus. Elle est un simple moyen pour mettre Jésus dans l’embarras.

Jésus, lui, ne regarde pas cette femme avec les yeux d’un juge, fort de la Loi et des traditions du passé. Il ne regarde pas en elle ce qu’elle a fait, mais ce qu’elle peut encore faire, ce qu’elle peut encore être. Jésus, non seulement lui adresse la parole, mais il la lui donne. Elle est pour lui une personne, et une personne qui doit vivre. Il s’adresse à la femme. Il lui pose deux questions. Par ce fait, il la reconnaît en tant que telle. Et parce que la femme se sent reconnue, elle répond. Elle se met à parler. Et la parole, ça fait exister. Donner la parole, c’est donner la vie. Alors cette femme qui était morte, revient à la vie. Elle était prise au piège de la mort. Le Christ brise le cercle de ses adversaires et celui où l’enferme sa conscience coupable. Brisant le cercle, Jésus ouvre devant elle le chemin d’une vie nouvelle : Va et ne pèche plus. Va de l’avant.

Telle est la puissance du pardon. Cette femme, qui était destinée à mourir, est appelée à renaître, à vivre. Le pardon libère, remet debout et en route. Il manifeste la miséricorde du Seigneur ; il est une des 7 œuvres de miséricorde spirituelle qui toutes témoignent de cet amour qui remet debout, en route, en vie. Ainsi il nous est demandé non seulement de pardonner mais aussi d’aider l’autre à sortir du doute qui engendre la peur, et bien souvent la solitude ; mais aussi d’enseigner les ignorants, de nous faire proches de celui qui est seul et affligé ; de rejeter toute forme de rancœur et de haine qui portent à la violence, d’être patient à l’image de Dieu qui est si patient envers nous ; enfin, de prier pour les vivants et les morts.

Mais tout cela, en particulier pardonner, est coûteux. Il y a un prix à payer. Ainsi le prix du pardon offert par Jésus est bien indiqué par notre texte. Les pharisiens lui tendaient un piège. S’il pardonne, il s’oppose de fait à la Loi, et c’est lui alors qui mérite la mort. Pour Jésus, faire renaître cette femme par-delà la mort, celle de son péché et celle qu’on veut lui infliger, c’est prendre le risque de subir lui-même le châtiment prévu : la mort.

Le prix du pardon, c’est, pour Jésus, sa propre vie. En pardonnant, il accepte de prendre sur lui le supplice destiné à cette femme. Il consent à sa propre mort pour qu’elle vive, pour que nous vivions. Car nous voyons bien ce qui se joue ici : rien de moins que le mystère de la rédemption. Tel est bien le sens de la croix : il a pris sur lui la mort que nous méritaient nos péchés. C’est ce que propose à notre contemplation et notre foi le tableau, accroché au fond du chœur. Voilà qui nous prépare à entrer dans la Grande Semaine, celle de la Passion et de la Mort de Jésus.

C’est pour nous et notre salut qu’il souffrit sa Passion. Tel est le prix du pardon, le prix de la miséricorde !

Abbé Marcel Villers

Illustration :
http://www.croire.com/Textes-du-dimanche/2016/5e-dimanche-de-Careme-dimanche-13-mars-2016

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