Où est l’étoile ?

Homélie de l’abbé Marcel Villers
pour le 3ème dimanche de l’Avent (Année B – Jn 1,6-8.19-28)
Theux, le 17 décembre 2017

Où est la vraie lumière qui éclaire tout homme ? Telle est la question des Mages, celle de tous les chercheurs de Dieu. Vient aujourd’hui une étrange réponse.

Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas.

Les Mages ont vu et ont interprété le signe de l’étoile comme une annonce, un appel. Jean-Baptiste joue le même rôle.

Cet homme n’était pas la Lumière, mais il était là pour lui rendre témoignage.

C’est un annonceur, un donneur d’alerte, dirait-on aujourd’hui. Il proclame, il annonce la venue de Celui qui est attendu. Il appelle à interpréter les signes, ceux du ciel comme ceux de la terre, ceux de la nature comme ceux de l’histoire.

Dans les éléments naturels, on distingue aujourd’hui des signes graves et aux conséquences terribles sur l’avenir de nos enfants et le destin de l’humanité. Qui ne constate, à l’échelle mondiale, l’effet désastreux des activités humaines sur le climat ? C’est la question écologique qui, aujourd’hui, pose, dans des termes nouveaux, la question du salut.

Après avoir vu le signe, les Mages décident de répondre à l’appel et se mettent en route, acceptant ainsi de changer de vie. Ils se sont donc mis en route. Et le doute surgit : est-on sur le bon chemin ? À Jérusalem, on ne sait rien. Et puis, l’étoile a disparu. Où est l’étoile ? Où est le roi des Juifs ?

Où est le salut ? Où est Dieu ?

Et les questions se multiplient.

La foi n’est pas un état que l’on pourrait acquérir, elle est toujours un mouvement, un aller-retour entre des heures de lumière et des heures de doute. L’étoile, Celui que nous cherchons, nous échappe, il n’est pas là où nous l’attendons. Il n’est pas à Jérusalem ou dans les secrets de la nature.

Mais alors où est-il ?

L’étoile a disparu de la vue, comme Dieu que l’on imaginait si proche. Les débuts de la foi sont toujours enthousiastes et cela facilite les déplacements, les décentrements nécessaires. Va, quitte ton pays, ton passé. Et on se met en route joyeusement.

Mais arrive le test, l’épreuve.

La route est longue et son terme, la lumière entrevue, semble s’éloigner. C’est l’heure du doute, des ténèbres, de la nuit que tout croyant connaît comme les grands mystiques. C’est la grande crise de la foi, l’épreuve de la nuit que connut Thérèse de Lisieux, comme Mère Térésa. Et bien d’autres.

Et pourtant, le Seigneur est là, présent au milieu de nous, mais inconnu, ignoré, méconnaissable. Il est l’incognito par excellence. Mais comment se fait-il que Celui qu’on appelle la Lumière soit invisible ? Que Celui qui est la Vérité ne s’avance que masqué ?

Que Celui qu’on dit être partout n’apparaisse nulle part ?

C’est bien là une des réalités les plus étonnantes sur lesquelles les croyants butent immanquablement : Dieu ne se laisse jamais saisir. Il est comme la Lumière. Sans elle, tout est obscur, mais personne ne peut la saisir.

Dieu est insaisissable. Par définition, pourrait-on dire.

Mais alors, si Dieu ne se livre ni à nos sens, ni à notre raison, ni même à notre foi, sommes-nous condamnés à ne tendre vers lui que dans la nuit la plus noire, au risque de nous fourvoyer complètement et de ne courir qu’après une ombre ?

Il faut arriver à franchir le seuil de la nuit et du doute.

Alors, étape cruciale sur le chemin de la foi, le croyant accepte le grand renversement : ce n’est pas moi qui peut par mes propres forces atteindre et saisir Dieu. Je dois accepter de me laisser rejoindre par lui où et quand il le décidera.

Dieu, le salut, n’est pas une conquête, mais un don qu’il nous faut recevoir. 

Il faut nous laisser conduire, accepter la non-maîtrise de notre vie. Bref, accéder à l’humilité. C’est le secret de la foi, la nôtre comme celle de Marie dont témoigne son Magnificat.

Il s’est penché sur son humble servante.

Alors, au bout de l’épreuve, les Mages virent l’étoile qui les précédait et ils furent remplis de joie.

Abbé Marcel Villers

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