Dieu ne peut être assigné à un lieu !

Homélie de l’abbé Marcel Villers pour
le 3ème dimanche de carême (Année B, Jn 2,13-25)
Theux et Jehanster, 4 mars 2018

Pourquoi lire les dix commandements, que nous venons d’entendre dans la première lecture, et les marchands chassés du Temple ? Y a-t-il un lien entre les tables de la Loi énonçant les dix paroles et le Temple ?

En effet.

Au cœur du Temple, dans le Saint des Saints, un coffre contenait les tables de la Loi données par Dieu à Moïse. Ce coffre, c’est l’arche d’alliance. Ce coffre fut le premier sanctuaire d’Israël et il était portatif. Le peuple le transportait avec lui dans le désert. À un peuple nomade, un Dieu, lui aussi nomade, ambulant.

La leçon est claire : Dieu ne peut être assigné à un lieu.

Il n’est pas un Dieu de la nature, fixé quelque part : une montagne, une source ou une ville sainte. Il n’est pas un Dieu de l’espace, mais de l’histoire : Je suis le Seigneur ton Dieu qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude.

Dieu est un agissant, un acteur. Il ne peut donc être représenté par une image, fixe par définition. Tu ne feras aucune idole, aucune image.

Dieu est l’irreprésentable et son sanctuaire est le lieu de la non-représentation, un lieu vide.

Ce fut l’immense surprise de Titus, le grand général romain et futur empereur, vainqueur de la révolte juive et conquérant de Jérusalem, en 70 de notre ère. Après sa victoire, son premier désir ou curiosité était de pénétrer dans le Temple, s’attendant à y trouver une merveille. Il ne trouva qu’un lieu vide, ne découvrit que le rien. Rien derrière les rideaux ! Rien qu’un espace vide dénommé le Saint des Saints, le cœur même du Temple !

Vide ? Pas tout à fait.

Il y avait, gravées sur la pierre, les paroles de Dieu, ces dix commandements constitutifs de l’alliance.

Le sanctuaire est le lieu où réside la parole de Dieu et où il attend la parole de l’homme, sa réponse.

C’est la raison pour laquelle le premier sanctuaire est appelé « tente du rendez-vous, tente de la rencontre ». Le temple est une tente, un abri fragile et éphémère où celui qui y est assigné n’est pas tant Dieu que l’homme lui-même. Le temple est ce « non-lieu » où Dieu ne saurait être assigné à résidence, mais où l’homme, en revanche, est appelé et rappelé constamment à l’écoute et à répondre à la Loi, aux paroles de son Dieu.

Le véritable sanctuaire, le vrai temple est le lieu du dialogue entre Dieu et l’homme.

Encombré par les intérêts commerciaux, les manipulations de groupes d’influence et l’instrumentalisation au profit d’un certain clergé, le temple, comme nos églises, peuvent devenir une insulte à leur mission. Ce n’est pas pour rien que l’action de Jésus, ce jour-là, a donné l’expression : « marchands du Temple ».

Jésus fit un fouet avec des cordes et les chassa tous du Temple.
Il est scandalisé, soulevé d’indignation car on fait de la maison de son Père une maison de trafic.
Dévoré par son zèle, il jeta par terre la monnaie des changeurs et renversa leurs comptoirs.

La conclusion est évidente et claque comme une sentence :

Détruisez ce sanctuaire et en trois jours je le relèverai.
Il parlait du sanctuaire de son corps.
Quand il se réveilla d’entre les morts, ses disciples comprirent.

Le temple de Jérusalem fut détruit et jamais reconstruit. Ce que nous rappelle le mur des lamentations. Les Juifs ont, depuis, des synagogues ; les chrétiens, des églises qui ne sont pas des maisons de Dieu, des temples, mais des maisons du dialogue où les hommes sont invités à écouter et répondre à la parole de Dieu. N’est-ce pas ce que nous faisons chaque dimanche ?

Nous, chrétiens, n’avons pas de temple, de lieu sacré où Dieu résiderait. Nos églises sont des tentes de la rencontre et du dialogue avec Dieu qui nous donne à entendre sa parole et sollicite notre réponse.

Jésus est la parole définitive de Dieu. En lui, s’est noué le dialogue, l’union entre Dieu et les hommes. Il est le Verbe fait chair et son corps est le sanctuaire, la tente de la rencontre, de l’alliance entre Dieu et l’humanité. Il est le nouveau temple.

Quand il se réveilla d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela. Et ils crurent à l’Écriture.

C’est à quoi le carême nous engage.

Abbé Marcel Villers

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