18ème dimanche ordinaire. L’insensé

Grenier du pays dogon (Géo)

Gardez-vous de toute âpreté au gain.
La passion de posséder est de tous les temps. Nul n’échappe à cette gourmandise première à laquelle se réduit souvent notre recherche du bonheur. Comme si être heureux consistait à amasser, entasser, posséder. Vanité. Illusion. La vie d’un homme, fût-il dans l’abondance, ne dépend pas de ses richesses. Recherchez les réalités d’en haut, proclame St Paul. Et d’ajouter : faites mourir en vous cet appétit de jouissance qui est un culte rendu aux idoles.

Que dire alors de cet homme riche, aux affaires prospères, dont les placements ont beaucoup rapporté ?
Le voici avec un coffre bien rempli et vivant dans l’abondance. Enfin, la belle vie, se dit-il à lui-même, te voilà avec des réserves pour des années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.
N’est-ce pas ainsi que nous voyons le bonheur, la réussite d’une vie ? Cette belle vie que les jeux télévisés ou le Lotto nous font miroiter sans oublier la publicité qui n’a qu’un mot à la bouche : « Profitez ». « Profitez » : cette injonction, ce slogan résume bien pour nos dirigeants politiques et la plupart d’entre nous la source de tout bien et le moteur du progrès, réduit le plus souvent au pouvoir d’achat.

La richesse est vraiment une épreuve, l’occasion d’une tentation pour le chrétien. Tentation de mettre sa foi en ses richesses. Alors, on se sert de l’argent pour échapper à la condition humaine, tricher avec ses limites. L’argent donne l’illusion de la toute-puissance. On devient ainsi ce qu’on possède : on s’identifie à sa fortune, à son train de vie et on court derrière le profit car on a peur de manquer, d’argent, ou de moins en gagner.

Mais tu es fou, nous crie Dieu. L’infarctus te guette, le cancer te menace, la mort t’attend. Alors ce que tu auras mis de côté, qui l’aura ? Jésus ne brandit pas la mort comme un épouvantail. Il rappelle avec réalisme que le sens de la vie, le secret du bonheur est ailleurs. Même si l’argent peut y contribuer, la vie de l’homme, nous dit Jésus, ne dépend pas de ses richesses. Elles sont même un redoutable danger pour qui se laisse séduire par ses mirages. Nos années passent comme un songe, dit le psaume, comme l’herbe qui fleurit le matin, mais le soir se fane. Apprends-nous, Seigneur, la vraie mesure de nos jours pour que nos cœurs pénètrent la sagesse. Il s’agit de reconnaître notre fragilité humaine et de pratiquer l’abandon dans les mains d’un autre. Le croyant accepte la dépendance d’amour envers Dieu, ce qui lui permet de se libérer de toutes les fausses sécurités.

Gardez-vous de toute âpreté au gain, nous conseille Jésus.
Le Seigneur ne blâme pas l’économe, ni celui qui fait fructifier les biens de ce monde. Ce qu’il reproche, c’est la visée. Ce que tu auras mis de côté, qui l’aura ? C’est la mort qui arrive à celui qui amasse pour lui-même au lieu d’être riche en vue de Dieu. Ce que Jésus condamne, c’est la stérilité de cette existence. Nous dirions aujourd’hui le profit à tout prix, la spéculation financière sans lien avec la réalité du travail et de la production.
Autrement dit, pour qui le riche de l’évangile, chacun de nous, a-t-il travaillé ? Quels fruits ont porté ces richesses amassées pour soi-même ? Ceux que le Seigneur blâme, ce sont ceux qui ne font pas fructifier leurs richesses en les partageant avec leurs frères dans le besoin. Voilà ce que signifie être riche en vue de Dieu : partager.

Abbé Marcel Villers
Homélie du 18e dimanche ordinaire Lc 12, 13-21.

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