La chronique du 25 octobre 2020 de notre Curé

Je vais essayer d’aimer

Depuis quelques semaines, la liturgie du dimanche nous propose des images et des propos choc amenés par Jésus. « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton esprit et de toute ta force… tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Les deux commandements qui résument toute la loi et surtout l’enseignement du Christ résonnent-ils encore pour nous de manière frappante aujourd’hui ? Reconnaissons-le : pour diverses raisons, nous les réduisons à quelque prière ou quelque gentillesse ! A la foule, Jésus jette dans une parabole : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier centime ! (Mt 11, 25). Pourquoi cette rudesse alors qu’il y a peu il évoquait l’accueil presque inconditionnel au repas des noces ? « Vous savez interpréter l’aspect du ciel et de la terre, mais ce moment-ci, pourquoi ne savez-vous pas l’interpréter ? Et pourquoi ne jugez-vous pas par vous-même de ce qui est juste ? » Je suis convaincu que Jésus nous convoque à être comme lui, des éveillés et des éveilleurs, « des prophètes selon l’Esprit ».

En ces jours nous sommes plongés dans une situation dramatique et complexe. Cependant, la lassitude devant les chiffres, la complexité des lieux de décision, le scepticisme relayé par certains médias, la querelle d’experts, tout cela nous laisse pantois, angoissés, voire indifférents -ce qui est plus grave ! Or qui n’a pas encore été au plus près d’une personne contaminée ou supposée l’être ? En tout cas, nos maisons de retraite locales sont bien touchées : l’équipe funérailles peut en parler, hélas… Paul nous encourage à être disciples et témoins au sein de cette confusion. « Frères, vous savez comment nous nous sommes comportés avec vous pour votre bien. Et vous-mêmes, en fait, vous nous avez imités, nous et le Seigneur, en accueillant la Parole au milieu de bien des épreuves avec la joie de l’Esprit Saint… » (1Th 1. 5c-10).

Être prophète selon l’Esprit, n’est-ce pas simplement être porteur d’espérance ? Porteur de cette espérance concrète que l’on nomme charité, solidarité, fraternité, peu importe, pourvu qu’elle existe dans les faits. Mgr Emmanuel Laffont, évêque de Cayenne, dit quelque part : « Croire en Dieu et l’adorer ne nous garantit pas de vivre selon sa volonté. » C’est d’ailleurs pourquoi Jésus lie de manière indissociable l’amour de Dieu et du prochain.

Regarder vers Dieu est un fondement. François écrit dans son encyclique Fratelli Tutti : « Nous, croyants, nous pensons que, sans une ouverture au Père de tous, il n’y aura pas de raisons solides et stables à l’appel à la fraternité. » Pablo Servigne, ingénieur agronome, co-auteur de L’Entraide. L’autre loi de la jungle (les liens qui libèrent) appuie : « J’aime que le pape n’exclue pas la raison. Pour cultiver la fraternité, dit-il, il faut la raison, la foi et l’amour » (La Vie, 3919, p. 52).

Pour le disciple du Christ, la foi et l’adoration filiale est un fondement, la raison, un outil, et la fraternité, un essentiel qui se choisit et se décide en réponse à l’amour du Père.

Regarder vers le frère est plus qu’un devoir, c’est un choix de vie. Une dame me partageait les déboires de son fils qui avait accepté des locataires à la demande du CPAS… Au terme de détails navrants, elle me disait, avec une sagesse évangélique : « Et pourtant, il faut continuer à aider. On ne peut pas arrêter. » Oui, il y a quelque chose de crucifiant parfois à oser la fraternité. Le don, même réciproque, n’est pas que joie. Offrir et tenir est capital… surtout aujourd’hui. Le journaliste Bernard Henne constatait au terme d’un article sur la gestion de la crise sanitaire côté francophone que nous sommes devenus incapables de faire société ! C’est son avis. Toutefois, Pablo Servigne dénonce de manière plus large : « Aujourd’hui l’idéologie néolibérale a pris une ampleur folle, gravant la compétition et l’agression comme loi de la nature et des sociétés dans le marbre des institutions. La compétition invite à la méfiance, au repli, à l’agression et à la manipulation. Cela déstructure nos sociétés et fait vaciller notre sentiment de sécurité et de confiance… Défiance, injustice et insécurité sont les formules idéales pour détruire une société. » L‘expert en collapsologie (*) poursuit sur les crises et les pénuries toujours traversées par l’humanité. Il met en garde : « ce qui est dangereux (…) c’est d’arriver dans les pénuries avec une culture de l’égoïsme. »

Le signal d’alarme est bien là comme dans l’Évangile. Cependant, Servigne trace perspective, ouverture et solution : « Il y a un effort à faire dans l’imaginaire du récit pour battre en brèche cette soi-disant unique loi de la jungle rythmée par la compétition. Pour cela, il faut décomplexer les personnes qui ont un appétit pour l’entraide et l’altruisme : ce ne sont ni des naïfs ni des bisounours. Il est scientifiquement établi que ceux qui survivent aux crises ne sont pas les plus forts : ce sont ceux qui s’entraident le plus. »

« Un fait vaut plus qu’un lord-maire » dit-on. C’est dans le concret que tout se joue. Aujourd’hui, il nous appelle, nous interpelle sur le chemin de la fraternité. Mieux il nous offre des pierres d’attente et des points d’appui. Comment d’ailleurs pourrait-il en être autrement ? Notre Père n’est-il pas aussi le créateur ? Le Christ n’est-il pas venu sauver toute la création en vue de son accomplissement… ?

J’ai choisi l’auteur précité pour son analyse sans ambages, celle de François parce qu’il évoque le récit et le soutien mutuel. Cela est bien dans notre tradition. Je suis aussi touché par le réalisme et le concret de l’auteur sacré (Ex 22.20-26) qui invite à rendre le manteau emprunté avant le soir car l’autre, le frère, en a un besoin fondamental… « C’est le manteau dont il s’enveloppe, la seule couverture qu’il ait pour dormir. S’il crie vers moi, je l’écouterai, car moi, je suis compatissant. » Nous avons des besoins identiques et nous avons fondamentalement besoin les uns des autres. L’Homme est un animal, un être social : s’il perd en solidarité, il perd en identité. Cette semaine, je me sens prêt à accompagner Jésus dans le concret de petits gestes de fraternité. Je le remercie pour sa Parole qui me bouscule, je lui rends grâce pour son Esprit qui m’éclaire et m’accompagne. Cette semaine, comme disait l’abbé Pierre, « je vais essayer d’aimer. »

Jean-Marc,
votre curé

(*) Ndlr : La collapsologie est un courant de pensée récent qui étudie les risques d’un effondrement de la civilisation industrielle et ce qui pourrait succéder à la société actuelle (Source : Wikipédia).

Un commentaire sur « La chronique du 25 octobre 2020 de notre Curé »

  1. ________________________________ De : SAINT-JEAN-BAPTISTE EN LA FENÊTRE DE THEUX Envoyé : dimanche 25 octobre 2020 18:02 À : francoisedecheneux@hotmail.com Objet : [New post] La chronique du 25 octobre 2020 de notre Curé

    jacquesdelcour posted:  » Je vais essayer d’aimer Depuis quelques semaines, la liturgie du dimanche nous propose des images et des propos choc amenés par Jésus. « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton esprit et de toute ta force… tu aimeras ton prochain « 

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