La chronique de notre Curé du 4 juillet 2021

Dans nos lieux d’origine

Dans les textes proposés ce dimanche, il n’échappera à personne que c’est la figure du prophète qui est mise en avant ! Mais qu’est-ce qu’un prophète ? N’y a-t-il pas plusieurs manières de prophétiser ? Et aujourd’hui ?

Au temps d’Ézéchiel (2.2-5), les prophètes attachés à la cour ou à des sanctuaires ont fait leur temps, du moins en Israël ; place aux envoyés de Dieu, ceux qui ont une expérience personnelle du Seigneur et reçoivent de lui une mission. Forts de cette vocation, ils osent une parole forte faite d’oracles attribués à Dieu lui-même et aussi de propos et d’analyses très humaines. Si les prophètes nouveau genre accompagnent le peuple dans la période exilique, au retour, leurs voix s’estompent comme le souffle de l’Esprit. La nouvelle manifestation de celui-ci correspond à la venue de Jean le Baptiste et surtout du Christ Jésus ; le baptême de ce dernier rapporté dans les Évangiles l’atteste !

Jean est Élie « sur le retour » : il annonce l’imminence du Royaume et appelle à une conversion morale. Jésus incarne le prophète des temps nouveaux. Il ne parle pas au nom de Dieu. Il parle de son propre fond qui est ancré dans le Père. Ce qui fait son autorité, sa parole est appel à la vie en plénitude…

Ces dernières semaines, Jésus s’est adressé à nous en paraboles pour dire le Royaume. Puis il nous a interpellés à plusieurs occasions sur notre foi en la puissance de Dieu : sur les éléments (la tempête apaisée), sur les puissances du mal (un exorcisme) et sur les atteintes à la vie (la maladie et la mort). Quand je dis “nous“, c’est nous en tant que disciples. C’est Jésus qui nous prend pour compagnons de route… Ce qui induit que nous sommes appelés à prophétiser comme lui et avec lui. Grâce à Jésus, c’est Dieu qui se révèle à nous. Simplement, au rythme de notre chemin de foi. «Les révélations que j’ai reçues sont tellement extraordinaires» écrit Paul (2 Co 12. 7-10). Pour nous, l’extraordinaire, n’est-il pas de pouvoir reconnaître le Tout Autre comme Père et Seigneur à travers le Christ ? L’extraordinaire n’est-il pas que sa proximité et sa bonté fidèle se manifestent pour nous dans sa Parole et ses sacrements confiés à l’Église ? Plus notre foi grandit et se décante, plus ce mystère nous émerveille et nous conduit à l’humilité. Qui sommes-nous pour être l’objet de tant de grâces, de cadeaux ?

Un maître en Israël, fondateur de l’hassidisme, invitait ses disciples à regarder le ciel chaque jour, le plus longtemps possible. Le ciel, création, renvoie au ciel, espace spirituel où se tient Dieu : son immensité insondable indique, pointe vers le Tout Autre. Comment ne pas nous sentir petit et dépassé ? Cette expérience est d’ailleurs celle de tous les prophètes lors de leur vocation. Mais au baptême, nous n’avons pas reçu un esprit de crainte mais l’Esprit qui nous fait crier « Abba, Père » nous dit par ailleurs aussi saint Paul. « Ma grâce te suffit »: la parole de Dieu qu’il nous partage s’adresse à nous aussi. « Car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. » Dieu nous révèle ici sa manière d’agir ! C’est sans doute pourquoi Jésus dans l’évangile de ce jour nous prend avec lui à domicile, à Nazareth, « dans son lieu d’origine »? Chez lui, Jésus est connu socialement et considéré avec étonnement (version de Marc) jusqu’au rejet et la colère (selon Luc) lorsqu‘il accomplit des gestes de salut qu’éclairent des paroles de vie ! « Il s’étonna de leur manque de foi »: Jésus est là confronté à la limite ultime, celle qui touche Dieu lui-même. Cela induira plus tard le don sur la croix qui est la dernière prophétie, la révélation parfaite associée à la résurrection. « Dieu est amour. »

Aujourd’hui, Jésus nous conduit chez nous (Mc 6.1-6). Il est avec nous pour évangéliser ces terroirs qui nous sommes bien connus et où nous sommes aussi reconnus ! Des terroirs, sans doute, assez uniques dans l’histoire. Notre société n’est plus chrétienne et cela se traduit dans nos familles. La foi est hors champ, ce n’est plus une question pour la plupart. Pire, les bribes de religion enfantine empreinte de merveilleux et la présence régulière des affaires de l’Église dans les médias servent de repoussoir et de bouclier tout trouvés ?! Si l’étonnement est de mise, il est à dépasser cependant. « Nul n’est prophète dans son pays » dit Jésus selon Luc. Ce qui laisserait entendre que c’est mission impossible ? Je n’irai pas jusque-là, même s’il nous faut apprendre « à secouer la poussière de nos sandales » dans certaines situations pour aller vers un ailleurs. « Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa parenté et sa maison » selon Marc. Ce mépris s’adresse bien à tout prophète quel qu’il soitIci, n’oublions jamais que c’est notre attachement à Jésus qui nous conduit à être prophète pour aujourd’hui. Alors, faisons bien nôtre la parole incarnée de Paul : « C’est donc très volontiers que je mettrai plutôt ma fierté dans mes faiblesses, afin que la puissance du Christ fasse en moi sa demeure. C’est pourquoi j’accepte de grand cœur pour le Christ les faiblesses, les insultes, les contraintes, les persécutions et les situations angoissantes. Car lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort ».

Pendant que j’écris ces lignes, passent devant la fenêtre de mon bureau, quantité de cyclistes mais aussi des marcheurs ou encore des coureurs de fond quand ce ne sont pas des cavaliers. Depuis le début de la pandémie, une réappropriation de l’espace et du temps est en cours. En fait, ce phénomène était déjà là avant la crise qui l’a amplifié. Moi, j’y vois un signe du « monde d’après » tant attendu et déjà si vite oublié par certains. Pourtant le monde de demain se prépare dès maintenant. Comme toujours me direz-vous ; oui, à la différence près qu’il y a des chances pour que le monde de demain se fasse… sans notre humanité ! Toutefois, je ne veux pas être un prophète d’apocalypse, cela serait mal venu à cause du Christ, notre espérance ! Je vous propose un extrait du bloc-notes du 24 juin (st Jean Baptiste ???) de Jean-Claude Guillebaud : « Minées par les exclusions, le chômage et les précarités nouvelles, nos sociétés vivent tant bien que mal en reconstituant, à la base, des formes de liens et de micro-solidarités. Après 45 ans de crise, alors que la dislocation menace, la cohésion est sauvée par l’action de quelques centaines de milliers de travailleurs sociaux, bénévoles, animateurs de mouvements associatifs que l’on pourrait comparer à des sentinelles du désastre… Nos sociétés sont pourtant loin d’être passives ou découragées… Elles ont rarement été aussi inventives, têtues, mobilisées. Mais c’est à un autre niveau qu’elles agissent, celui de la proximité, de la quotidienneté, de l’urgence locale. C’est à travers ces micro-utopies, réalisées hors marché et hors médias que s’invente le monde de demain ». Plus loin, l’essayiste journaliste parle de « vie vivante » oubliée des médias  (in La Vie, 3956) ! Voilà en tout cas, me semble-t-il, un chrétien qui n’est pas prophète de malheur. Ouf, son regard sans compromis est réaliste et évangélique !

C’est vers ce monde fracturé mais en devenir que nous sommes envoyés. Car c’est dans ce monde que louvoient nos proches et prochains. Peut-être que c’est en nous montrant solidaires de leurs peurs et de leurs espérances que nous serons les meilleurs prophètes pour aujourd’hui ? Tout en nourrissant notre amour du Christ avec les moyens qu’il nous donne sans cesse. Ce qui est certain : ce n’est pas avec une attitude de surplomb ou de donneur de leçon que nous serons les bons témoins de la Parole de vie. Allons « dans nos lieux d’origine » avec nos faiblesses mais aussi nos talents et notre personnalité propre. N’omettons jamais que c’est aussi une communauté fraternelle et joyeuse dans le Christ qui est missionnaire et prophétique : c’est elle encore qui est une source pour notre mission et notre vocation de prophètes ! Alors, nous irons sans doute d’étonnement en étonnement positif ! De beaux moments de grâce ne seraient-il pas de nous voir avancer malgré nos pauvretés personnelles et communes ? De voir surgir des collaborations si pas des conversions en vue d’un avenir plus harmonieux ? Car pour tous, c’est finalement « la vie vivante » qui est en jeu !

Jean-Marc,

votre curé

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