Où est-il ton Dieu ? – Homélie pour le jour de Noël

Où est-il ton Dieu ?

Voilà ce que nous crient nos amis, voilà ce qui gémit en notre cœur.

Depuis deux ans, nous subissons la propagation par vagues de la covid, cet agent invisible et mystérieux qui tourne autour de nous, nous assaille sans que nous nous rendions compte et on se retrouve, sans savoir pourquoi, les uns épargnés, les autres infectés, hospitalisés et mêmes décédés. Pourquoi elle ou lui, et pas moi ? En plus de l’effroyable des faits, la culpabilité du survivant.

Où est-il ton Dieu ?

Nul ne se sait à l’abri, que ce soit réfugié dans la solitude de son domicile ou d’un home, au télétravail à la maison ou respirant le grand air de la campagne.

Confinement, restrictions de circulation, suspicion de toute rencontre un peu chaleureuse, pas d’approche sensible, pas de proximité, chacun est condamné à lui-même.

Où est-il ton Dieu ?

Comme si ce n’était pas assez, la colère de la Hoëgne a anéanti combien de maisons, de biens et surtout de vies, submergées par les flots et se retrouvant sans rien, dans le vide, le désespoir et une dépendance totale, sans ressources, sans domicile, sans avenir. Pourquoi moi, pourquoi ?

Où est-il ton Dieu ?

La question ironique posée au croyant dans la détresse ne cesse de résonner à nos oreilles, mais aussi au plus intime de nous-même, au cœur de notre foi qu’elle questionne.

Où est-il ton Dieu ? devient alors : Où est-il mon Dieu ?

Bien sûr, nous connaissons la réponse.

Notre Dieu, il est au ciel, tout ce qu’il veut, il le fait (Ps 115).

Mais comment accepter une telle réponse ?

Confronté à notre vécu avec son lot de drames individuels et collectifs, cette affirmation de la toute-puissance de Dieu est choquante, incompréhensible.

Comment alors ne pas laisser grandir en nous la dérision : « Notre Père qui êtes aux cieux, restez-y et nous nous resterons sur terre » (Jacques Prévert).

Dans cet état de choses et d’esprit, comment célébrer Noël ? Comme le disent bien des sinistrés des inondations, bien des affectés par la covid, on n’a pas le cœur à fêter Noël, ni tout simplement à faire la fête en ces derniers jours de l’an.

Où est-il ton Dieu ? devient : Où est-il mon Dieu ?

Aujourd’hui, comme réponse, il nous donne un signe à interpréter.

Vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire.

Où est-il notre Dieu ?

Il est là couché dans une mangeoire, dépendant et plus que jamais, comme tout enfant.

Il est né comme un réfugié, un pauvre, un marginal, sans toit ni entourage.

Dieu peut-il être ainsi pris au dépourvu et laissé pour compte, abandonné de tous ?

Mais n’est-ce pas le sort de Dieu, aujourd’hui, dans notre société ?

Couché dans une mangeoire pour animaux, pendu à une croix pour subversion, que nous révèle, à propos de Dieu, cet homme Jésus ?

Qui est Dieu ?

Dieu, personne ne l’a jamais vu, le Fils unique qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître.

Autrement dit, nous ne connaissons pas Dieu alors que nous ne cessons d’enfermer ses pensées dans l’étroitesse des nôtres.

Noël nous invite à contempler la crèche et à reconnaître en cet enfant Jésus que les pensées de Dieu ne sont pas nos pensées, que la puissance de Dieu n’est pas celle dont nous rêvons, que Dieu ne se substitue pas à nous comme acteurs de notre histoire individuelle ou collective. Ce que nous appelons impuissance de Dieu n’est que l’écho de notre passivité.

Où est-il ton Dieu ?

Que veut-il notre Dieu ?

Il ne veut pas rester au ciel, mais descendre parmi nous, être à nos côtés non comme le grand magicien venu régler nos problèmes à notre place, mais comme un enfant qui nous réjouit de sa présence et attend de nous notre amour.

Noël, c’est le grand retournement.

Notre Sauveur est un enfant.

Voilà qui inverse l’image de Dieu que s’en font les hommes.

Noël, c’est le temps de la conversion.

Conversion de notre attente, de notre espérance.

Au fait, que pouvons-nous attendre d’un enfant ?

 

 

 

 

 

 

 

 


Abbé Marcel Villers

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